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mardi 1 décembre 2020
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Neutralisation de Bamoussa: dernière désertion ou dernière diversion ?

C’est une figure historique des rébellions touareg des années 1990. Converti au jihadisme vingt ans plus tard, il est aussi le plus célèbre des déserteurs de l’Armée malienne. C’est lui que l’Armée française, annonce avoir neutralisé le mardi 10 Novembre 2020, suite à l’interception, par des soldats de « Barkhane », du véhicule dans lequel il se déplaçait, à 150 km au nord de Ménaka. Ainsi, le colonel Ba Ag Mossa dit Bamoussa s’en va pour sa dernière désertion, celle de ses compagnons Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (JNIM, ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM), lié à Al-Qaïda. Cette nouvelle alimente deux réflexions : les annonces de neutralisation de chefs jihadistes à la faveur de visites d’officiels français ; et les probables mesures de représailles de Iyad Ag GHALY suite à l’exécution d’un de ses plus fidèles lieutenants.

Dans un communiqué daté du 24 novembre 2018, le ministère de la Défense et des anciens combattants informe : ‘’le ministre de la Défense et des Anciens Combattants informe l’opinion nationale et internationale que les FAMa et Barkhane ont mené une opération coordonnée, dans le Centre du Mali le 23 novembre 2018, sur une base abritant le commandement de la Katiba d’Ansar Eddine du Macina.
Cette opération coordonnée a permis de neutraliser une trentaine de terroristes, dont Djourétou, le chef de la base ; Bobala, le chef des opérations ; et Amadou KOUFFA.
Le ministre félicite les FAMa et leurs partenaires de Barkhane pour leur engagement et leur détermination, à traquer les terroristes et sécuriser les populations et leurs biens sur toute l’étendue du territoire national’’.

Dans son propre communiqué, l’armée française avait annoncé au même moment avoir mené dans la nuit de jeudi à vendredi une opération dans le centre du Mali qui avait permis la « mise hors de combat » d’une « trentaine de terroristes ». La ministre française des Armées Florence PARLY a salué « une action d’ampleur, complexe et audacieuse qui a permis de neutraliser un important détachement terroriste au sein duquel se trouvait probablement l’un des principaux adjoints de Iyad ag Ghali, Amadou Koufa, chef de la katiba Macina ».

Des coïncidences stratégiques
Cette annonce, qui a été accueillie avec soulagement par une frange importante de la population malienne, se situait dans le sillage de la visite de la ministre française des Armées, Mme Florence PARLY, dans notre pays du 12 au 13 novembre 2018.
Mais revirement spectaculaire. Amadou KOUFFA n’était pas mort. «Plusieurs médias internationaux ont rapporté que le cheikh Muhammad Koufa avait été tué aux côtés de 34 autres dans une opération aéroportée. Toutefois, le cheikh n’était pas sur le site de l’opération et il n’a été ni tué ni blessé», indique la retranscription, traduite en anglais et diffusée par Alakhbar, d’un enregistrement audio d’Abdelmalek Droukdel.
«De même, le nombre de frères (morts en) martyrs n’est pas celui du mensonge du ministère (français), mais il est de 16 moudjahidines» (combattants djihadistes), poursuit la même source.
Cette fois-ci encore, la même Florence PARLY débarque à Bamako. Son voyage intervient une semaine après celui de son collègue Jean-Yves Le DRAN. Le 2 novembre 2020, elle est reçue par son homologue malien, le Colonel Sadio CAMARA. Lors de sa première rencontre avec les autorités de la Transition, Florence PARLY a fait état de frappes vendredi sur une importante colonne de jihadistes liés à Al Qaîda. L’opération « a permis de neutraliser plus de 50 jihadistes, confisquant également des armes et du matériel », a-t-elle déclaré.
Comme pour la neutralisation de Amadou KOUFFA, quelques jours après son départ de Bamako, le 13 novembre 2020, la ministre française des Armées, Florence PARLY, annonce que les forces armées françaises au Mali engagées dans l’opération Barkhane ont abattu Ba Ag Moussa, le 10 novembre en fin de journée dans la région de Ménaka. Cette fois, des interrogations légitimes fusent des milieux bien avertis. Ne s’agit-il pas d’un autre bluff ? La question demeure.
Pour le profane, les coups d’éclat de Barkhane ne sont connus des Maliens que dans le sillon d’une visite de Florence PARLY. La coïncidence qui est loin d’être anodine participe, d’une part, d’une légitimation de la Force française Barkhane qui a subi une véritable volée de bois vert de la part de populations directement confrontées au terrorisme au quotidien, d’autre part, de briser les velléités des autorités de la Transition à formaliser le dialogue avec les jihadistes, conformément à une recommandation de la Conférence d’Entente Nationale et du Dialogue National Inclusif.

De possibles représailles
La seconde réflexion, c’est qu’on ne dézingue pas le fils spirituel de Iyad Ag GHALY, le « chef militaire » du Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (JNIM, ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM), et prétendre à des jours tranquilles. Plusieurs indicateurs laissent croire à des mesures de rétorsion de la part du Chef jihadiste à des fins de dissuasion.
Bamoussa DIARRA, après avoir bénéficié d’une formation militaire en Libye, il participe à la rébellion touarègue de 1990-1996, au terme de laquelle il est intégré dans les rangs de l’armée malienne. Il reprend cependant à nouveau les armes lors de la rébellion de 2006, puis réintègre encore l’armée après les accords d’Alger de 2006. Il reçoit le grade de colonel et est désigné commandant des unités spéciales chargées de combattre l’insécurité dans la région de Kidal.
En 2012, il déserte à nouveau. Il aurait d’abord rallié le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), mais, considéré comme proche d’Iyad Ag Ghali, il rejoint rapidement le groupe djihadiste Ansar Dine, puis le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans en 2017.
Si la mort de celui qui a pris le surnom d’’’Abou Charia’’ était avérée, ce serait alors sa dernière désertion.

PAR BERTIN DAKOUO




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