Niveau de vie de la population: 47,2 % des Maliens sous le seuil de la pauvreté

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C’est du moins, une révélation faite par la quatrième édition de l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP), qui s’est déroulée entre le 1er avril 2015 et le 31 mars 2016 dans l’ensemble des régions du Mali, excepté Kidal, ainsi que dans le District de Bamako. Sur un échantillon de 6 258 ménages, 5 881 ont participé avec succès à l’enquête, soit un taux de réponse de 94 %. Le présent rapport dérive de l’exploitation des résultats des 4 passages, et est focalisé sur l’analyse de la pauvreté. Et pourtant les Maliens ne sont pas plus pauvres en 2015 qu’en 2006.

Le document qui vient d’être ainsi publié, traite de l’état de la consommation des ménages, du niveau de la pauvreté et du bien-être de la population malienne.
Bien au-delà, ledit document donne des informations plus détaillées sur l’état des dépenses au sein des ménages, le lien entre la pauvreté et certaines considérations socio démographiques et culturelles, l’état sanitaire de la population et sa distance d’avec un centre de santé, la dynamique de la possession de certains biens matériels et la consommation énergétique.

Niveau de la pauvreté
L’incidence ou taux de la pauvreté, c’est-à-dire la proportion de la population malienne qui n’arrive pas à dépenser 177 000 FCFA/an nécessaires pour satisfaire leurs besoins de base, est estimée à 47,2 % en 2015.
Selon les résultats contenus dans le document, la pauvreté est largement répandue en milieu rural où plus de la moitié des populations sont pauvres avec 53,1 %. Il ressort également de la même enquête que les ménages dirigés par les hommes contiennent plus de pauvres que ceux dirigés par les femmes, 48,3 % contre 28,5 %.
L’effort d’investissement nécessaire pour éradiquer la pauvreté, mesurée par sa profondeur, c’est-à-dire le déficit collectif moyen des dépenses des pauvres par rapport à la ligne de pauvreté pour l’ensemble de la population est estimé à 434 milliards de FCFA, indique l’enquête.
L’ampleur de la pauvreté mesurée par son incidence, c’est-à-dire la proportion d’individus pauvres dans la population est estimée à 47,2 % au niveau national en 2015. Ce pourcentage correspond à 8 334 442 d’individus. Il est important d’apprécier la valeur de cette estimation entre 44,7 % et 49,8 % avec un niveau de confiance de 95 %.
Les résultats de l’enquête révèlent une incidence de la pauvreté, estimée à 11,2 % à Bamako contre respectivement 47,7 % et 53,1 % dans les autres villes et en milieu rural.
On observe la même tendance au niveau de la profondeur aussi bien que de la sévérité, c’est-à-dire qu’il y a plus d’efforts à fournir en termes de ressources pour réduire la pauvreté dans les autres villes et en milieu rural qu’à Bamako.
Les résultats régionaux montrent que l’ampleur de la pauvreté est la plus élevée à Sikasso, Mopti et Ségou avec des incidences respectives de 65,1 %, 63,6 % et 59,1 %.
Aussi, ces résultats corroborent-ils ceux de 2014 qui classaient également ces trois régions parmi les plus pauvres du Mali.
Le classement est similaire à celui qui avait été observé pour l’ELIM 2006 positionnant Sikasso comme étant la région qui a l’incidence de la pauvreté la plus élevée.
Il est à noter qu’au regard de cette statistique, les Maliens ne sont pas plus pauvres qu’il y a 10 ans. En effet, en 2007, la pauvreté qui était considérée comme stagnante touchait 68 % de la population malienne depuis une décennie.
En 2006, la même enquête EMOP estimait à 47,4 % le nombre de Maliens touchés par la pauvreté, soit une amélioration de 0,2 % par rapport à l’année de cette dernière enquête (2015).

Possession de biens durables
L’enquête montre qu’un ménage sur trois, soit 32,1 %, possède un téléviseur. C’est le milieu urbain qui explique en grande partie cette possession avec 66,3 % contre 19,2 % en milieu rural. Le pourcentage de ménages possédant un téléviseur a connu une augmentation significative entre 2006 et 2015, passant de 21,5 % à 32,1 %.
La possession du téléphone portable par les ménages a enregistré une progression significative entre 2006 et 2015, passant de 22,5 % à 82,7 %. Les proportions des ménages possédant ce moyen de communication sont estimées respectivement à 95,5 % et 77,8 % pour les milieux urbain et rural.

Accès aux services de base
Par ailleurs, on enregistre une amélioration constante, depuis 2006 de la proportion de ménages ayant accès à l’eau potable qui est passée de 78,7 % à 84,6 % entre 2006 et 2015.
L’enquête montre également que le bois reste la principale énergie utilisée par les ménages comme moyen de cuisson même si la proportion des ménages ayant recours à ce combustible a connu une baisse passant de 83,8 % à 75,3 % entre 2006 et 2015. Ce sont les ménages ruraux qui sont les plus grands utilisateurs de ce moyen (87,7 %) alors qu’en milieu urbain, ce taux est de 42,5 %.
L’analyse révèle un progrès significatif quant à l’accès à l’électricité en réseau. En effet, au Mali, le taux d’accès est passé de 20,1 % en 2006 à 23,7 % en 2009 et 44,8 % en 2015.
Quant au taux d’alphabétisation, il est élevé dans les ménages où la situation financière du ménage est meilleure. Ainsi, parmi les personnes âgées de 15 à 24 ans, le taux d’alphabétisation des pauvres est estimé à 39,3 %, soit 28,1 % chez les femmes contre 50,6 % pour les hommes. Cette disparité entre les hommes et les femmes pauvres doit inciter des actions pour réduire cet écart dans la mesure où le taux d’alphabétisation est considéré comme un indicateur stratégique de lutte pour la réduction de la pauvreté.
Sur le plan de la santé, l’EMOP montre que le CSCOM demeure le service de santé auquel les Maliens ont le plus recours (58,0 %), suivi du Guérisseur ou marabout (14,6 %) et autres privés ou ONG (6,6 %).

Par Sidi Dao

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