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samedi 16 décembre 2017
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non Fermeture des frontières pour cause d’Ebola: le président IBK a-t-il eu tort ?

Le mal est là, difficilement mesurable. Le nombre de décès déjà enregistré et celui des personnes mises en quarantaine crée moins de panique que le déficit d’information et de sensibilisation, les folles rumeurs insidieuses et les conjectures bamakoises. La ville des 3 Caïmans est depuis mercredi dernier devenue la Cité de la peur et de l’angoisse. Après les interrogations, les accusations : Qui est responsable ? La vieille grand-mère ? Le Vieil Imam ? Ou le Président IBK qui a laissé les frontières avec la Guinée ouvertes ?

Les Maliens n’avaient de connaissance d’Ebola que de lointains échos venant de très loin (Sera-Leone, Libéria, Guinée, RDC). Pour beaucoup, c’est une maladie lointaine, une « maladie forestière » qui ne pouvait prospérer sous le soleil du Mali.

Le mauvais réflexe

C’est avec les deux cas de décès enregistrés à la Clinique Pasteur que les Bamakois se sont véritablement rendus compte que Ebola n’est pas une maladie lointaine, une maladie guinéenne (« la Guinée bana ») qui ravage la Guinée, pourtant voisine, frontalière, juste derrière Woyowoyanko, ou même avant.

Comme à l’accoutumée, les vacarmes de la rue cherchent un bouc émissaire. Au lieu de suivre les consignes de sécurité, d’adopter les bons réflexes ; on se disperse à vouloir chercher un coupable. Celui par la faute de qui Ebola est arrivée dans notre pays. Déjà, lors du cas de la fillette décédée à Kayes, une opinion versatile s’était fortement attaquée à la vieille «sorcière » qui a délibérément introduit la maladie dans notre pays. D’aucuns en étaient allés jusqu’à demander des poursuites judiciaires contre la vieille grand-mère qui, par manque d’information, avait cru bien faire.

IBK condamne et reste ferme

Suite au décès de l’Imam de Kourémalé, Oussou Keïta et d’un infirmier de la Clinique Pasteur, qui avait soigné le vieux marabout venu de la Guinée, d’interrogations en inquiétudes, beaucoup se demandent aujourd’hui, pourquoi ne pas fermer la frontière avec notre voisin. L’argument avancé est simple : à partir du moment où la maladie vient de la Guinée, il faut donc bloquer la frontière guinéenne. Le débat dans les ‘’grins’’ et les réseaux sociaux vont dans tous les sens. Ebola vient de la Guinée (« la Guinée bana »), nous sommes frontaliers de la Guinée, donc il faut fermer la frontière avec la Guinée comme le Sénégal l’a fait. Or, justement, il se trouve que le Président IBK a été clair sur la question. Dans une récente interview sur RFI, il avait condamné l’imprudence de la grand-mère qui s’était rendue en Guinée avec tous les risques, mais avait tenu à rassurer les Maliens quant aux mesures prises et quant à la fermeture de la frontière : « Depuis le déclenchement de cette épidémie, nous avons pris au Mali toutes les mesures pour que nous soyons à l’abri, mais nous ne sommes jamais hermétiquement fermés à ce mal-là, la preuve (…) la Guinée est un pays voisin du Mali, nous avons une frontière commune que nous n’avons pas fermée, que nous ne fermerons pas non plus ».

La Commission par omission ?

Cette décision présidentielle alimente aujourd’hui toutes les polémiques et controverses. Pour ceux qui plaident pour la fermeture des frontières et qui accusent le Président IBK, Ebola est venue chez nous par la frontière, si le Président IBK n’avait pas interdit la fermeture des frontières, on n’aurait pas eu aujourd’hui Ebola dans les rues, ici même à Bamako. Le Président pouvait et devait fermer les frontières pour empêcher son entrée sur le territoire malien. En ne le faisant donc pas, comme Macky SALL, le Président IBK devrait être tenu comme le premier responsable de la situation périlleuse.

Il parait que les juristes appellent ça la commission par omission dans l’établissement de la chaine de responsabilité. Sauf, voulant coûte que coûte trouver des poux sur la tête d’IBK on théâtralise une tragédie qui ne fait que commencer. L’argument est simpliste et tient difficilement la route : la frontière n’est pas fermée, IBK est le premier responsable du pays, il est le premier coupable.

Cette politique de recherche frénétique d’un bouc émissaire ne sied pas en la circonstance. Parce qu’il faut se poser la question du pourquoi et du comment de la décision du Président IBK. Le Mali pouvait-il fermer sa frontière avec la Guinée ? Le Mali a-t-il intérêt à fermer ses frontières avec la Guinée et d’autres pays infectés par Ebola ? Le Mali, seul pays continental avec le Burkina et le Niger, peut-il vivre en vase clos  et ses frontières hermétiquement fermées ?

Double contrainte

D’abord, contrairement à ceux qui préconisent la fermeture de la frontière, le Président IBK sait  que la mise en œuvre d’une telle mesure est matériellement et opérationnellement impossible. Combien de soldats, de gendarmes le Mali va-t-il mobiliser pour surveiller ses 858 kilomètres de frontière commune avec la Guinée ? Va-t-on redéployer ces soldats du Nord pour aller contrôler une frontière guinéenne que tout le monde sait poreuse et incontrôlable comme partout ailleurs en Afrique ? Comment entretenir cette petite armée déployée à la frontière guinéenne, même si on prenait 2 soldats (policiers ou gendarmes, et des volontaires) par kilomètres, il faudrait à l’Etat malien plus de 1 700 bonhommes. Avons-nous les moyens de cette autarcie préconisée ? Mais puisqu’il y a eu aussi un cas au Sénégal, il faut peut-être aussi songer à boucler la frontière avec ce pays voisin aussi. Et finalement, ne va-t-on pas se retrouver seul, dans notre tour d’ivoire, à vivre en vase clos ? Est-ce cela la volonté et l’engagement du Mali ?

Ensuite, au-delà de notre serment en faveur de l’unité et de l’intégration des peuples (« Nous faisons ce serment, nous ferons le Mali, nous ferons l’Afrique, même s’il faut notre sang, nous irons de l’avant, nous irons en courant » (Hymne des Pionniers du Mali), la fermeture de la frontière exige la mobilisation de moyens dont le Mali ne dispose pas et la violation de la libre circulation des personnes et des biens. Du reste, à partir de Djikoroni, comment faire la différence entre un Malinké guinéen et un Malinké malien ? Les familles sont de part et d’autre de la frontière chez elle.

Au risque de voir notre pays se couvrir de ridicule, la sagesse commandait au Président IBK de ne PAS faire le choix de la fermeture de la frontière. En cela, notre pays reste conforme aux recommandations de l’OMS, de la Croix rouge, de Médecins sans frontières, de toutes les organisations humanitaires, de l’ONU, de l’UA et de la CEDEAO.

Le danger de la réciprocité

Si le Président IBK décidait de fermer la frontière avec la Guinée, parce que Ebola vient de la Guinée (comme si elle en avait la nationalité), et que les autres pays décidaient aussi de fermer leurs frontières avec le Mali parce qu’il a aussi enregistré des cas mortels (par réciprocité), comment ferions-nous pour survivre quand on sait que pays continental, nous dépendons presqu’entièrement de nos voisins pour notre approvisionnement et pour nos exportations. Que l’on ferme seulement les yeux et qu’on imagine un seul instant que le Sénégal, la Mauritanie, la Cote d’Ivoire et la Guinée nous ferment leurs frontières, leurs portes, leurs ports… Comment allons-nous vivre ?

Comme on le voit, le Président IBK n’a pas eu tort de laisser la frontière ouverte, au contraire sa décision est sagesse et procède de la défense et de la sauvegarde des intérêts vitaux du Mali : la garantie de l’approvisionnement du pays et la poursuite de nos exportations.

Le Président IBK n’y est pour rien. Avec ou sans sa décision, au regard de l’interpénétration des peuples et des familles, c’était une question de jour. Ce jour-là est arrivé désormais. Le Mali ne pouvait pas échapper à Ebola. Les accusations gratuites ne servent à rien. La polémique insidieuse et la controverse stérile doivent céder à la raison, à la sérénité, surtout dans le contexte présent, à retenue, à la cohésion, à la solidarité dans l’épreuve et à la mobilisation unitaire contre le Mal suprême qui n’est pas une maladie guinéenne, ni une malédiction malienne.

Le défi à relever

Il fallait se préparer. L’avons-nous fait ? Si oui, renforçons le dispositif, intensifions la campagne de sensibilisation, trouvons les mots justes pour apaiser les peurs et calmer les esprits, comme est actuellement en train de faire le Pr Samba Sow, arrêtons d’instrumentaliser la panique, et d’entretenir la polémique inutile et de chercher un coupable en la personne du Président IBK.

Nous avons une bataille à livrer et à gagner, contre un ennemi impitoyable, Ebola. D’autres pays y ont fait face, dans l’unité, avec des résultats probants. Pourquoi pas nous ? Le premier remède contre Ebola est et sera la détermination et la résilience de notre peuple. Il faut avoir la volonté de vaincre, avoir comme on dit la « nyak » pour gagner sur Ebola.

Par Bertin DAKOUO

 




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