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lundi 16 octobre 2017
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Obligation d’accord avec les rebelles en janvier: retour au partenalisme néo-colonial ?

Bas les masques : le problème du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) n’est pas qu’une question de développement de la région ; mais c’est aussi et surtout une question de racisme vis-à-vis des noirs. Aucun procès d’intention, c’est l’implacable réalité étalée au grand jour par Mossa Ag Attaher  intervenant pour le compte du MNLA et de l’Azawad au second forum international des droits de l’Homme à Marrakech, au début de ce mois.

Chasser le naturel, il revient au galop, a-t-on coutume de dire. Contrairement à tout ce que les rebelles du MNLA tentent de faire croire son combat ne vise pas une correction du retard de développement qu’accusent les régions du Nord. D’ailleurs, abstraction faite d’un dessein expansionniste, les autres régions sont le cadet des soucis des rebelles de Kidal qui ne se sont pas encombrés de signer, en 2006, un accord pour la « Restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la région de Kidal ».

Le plan d’épuration ethnique

Aucun doute n’est plus permis : les réflexes sécessionnistes des rebelles du MNLA qui s’illustrent comme les plus radicaux lors des pourparlers inter-Maliens d’Alger, sont sous-tendus par une haine incompressible à l’encontre des noirs. Ils ont annoncé les couleurs de cette haine, en début juin 2013, à travers une expulsion massive de Kidal de toutes les personnes qui avaient la peau noire. Ce qui a donné lieu à une riposte immédiate de l’armée malienne stoppée à Anéfis dans son élan, par l’armée française, d’aller faire le ménage à Kidal. Pourquoi des noirs devraient-ils quitter Kidal où ils ont toujours vécu ?

La réponse coule de source : parce qu’ils sont noirs.

Voici le MNLA, à peine remis en scelle par l’armée française qui lui a royalement ouvert la voie du retour à Kidal, après en avoir été chassé par ses anciens alliés de Ansar Eddine et du Mujao, qui se livre à une purification ethnique. Les timides condamnations de ses mentors ont-elles eu raison de son projet « xénophobe » ? Assurément non. Le MNLA n’avait fait que mettre en veilleuse ses ambitions, non seulement parce que militairement il n’était pas capable d’affronter les conséquences de ses actes ; mais également parce que son mode opératoire était si abject (entasser les noirs dans des camions et aller les déverser au « Sud ») qu’il ne pouvait pas ne pas heurter la sensibilité de leurs plus fervents défenseurs.

Les arguments historiques

A présent que le groupe rebelle peut se gargariser d’être le vainqueur de Kidal (avec l’appui du HCUA, du MAA et de colonnes de jihadistes), le fruit « xénophobe » est-il suffisamment mûr pour être cueilli ? Tout porte à le croire au regard de cette Déclaration de Mossa Ag Attaher  pour le MNLA et l’Azawad au second forum international des droits de l’Homme à Marrakech : « Vous n’êtes pas sans savoir que les Etats-Nations africains sont tous issus de ce que l’on appelle abusivement les indépendances africaines, et ce, à la suite de tracés de frontières, arbitrairement décidés par l’administration coloniale de l’époque.

Le découpage territorial de l’ancien Soudan français a été décidé par la seule volonté de la France coloniale qui n’a tenu compte, ni de la réalité des peuples en présence, ni de l’opposition des confédérations de tribus de la zone qui correspond à l’actuel Azawad, alors-même que celles-ci l’avaient clairement exprimé par un courrier officiel, adressé aux autorités coloniales de l’époque, c’est-à-dire au Général De Gaule.

Malheureusement, nos ainés n’ont pas été entendus, et inexorablement, ce qui devait arriver arriva car, comme le disait si justement Nelson Mandela : «Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi»».

Le porte-parole du MNLA ajoute : « Le peuple de l’Azawad veut maintenant sa liberté. Il ne demande aucune faveur et ne fait que réclamer l’exercice de son droit légitime; un droit garantie par les lois internationale relatives aux droits des peuples qui est le droit à l’autodétermination garantie par les textes internationaux des nations unis et, qui plus est, ratifié par le Mali ».

Tout sauf les Noirs et les Arabes

Il est important de rappeler ce que leurs aînés avaient demandé au Président De Gaule : « Puisque vous quittez le pays touareg, rendez-nous notre bien tel que vous nous l’avez arraché […]

Nous ne voulons pas que les Noirs ni les Arabes nous dirigent […] Puisque l’indépendance s’annonce et que vous la donnez, alors nous, les Touareg, nous voulons nous diriger nous-mêmes et rassembler notre société tout entière là où elle se trouve, dans notre pays. Nous voulons que notre pays soit un seul pays » (Cf :Mohamed Tiessa Farma Maiga : Le Mali, de la sécheresse à la rébellion nomade. Chronique et analyse d’un double phénomène du contre développement en Afrique sahélienne ; Éditions L’Harmattan, 1997 ; 306 pages).

Il est clair que les impératifs d’auto-gestion des Touareg sont étroitement liés, ceux de bouter hors d’une zone qui serait à dominance touareg tous les noirs. Avec une haine aussi viscérale, il faut se rendre à l’évidence que toute réconciliation ne serait que factice.

Quid alors du Projet d’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) par une loi adoptée par l’Assemblée nationale française, le 10 janvier 1957?

Selon Mohamed Tiessa : « Cette instance, destinée à définir et conduire une politique commune à l’ensemble du « Sahara français », devait englober les départements sahariens d’Algérie (des Oasis et de Saoura, créés en août 1957), les régions saharo-sahéliennes du Soudan (devenu le Mali, en 1960), du Niger et du Tchad. Dès février 1959, le champ fut restreint aux seuls départements algériens. Car, le statut d’autonomie des territoires d’Afrique subsaharienne adopté en 1956 interdisait d’interférer dans l’administration de leur bande saharo sahélienne.

Tandis que certains Touareg approchaient (en vain) le FLN pour lutter en commun pour leurs indépendances respectives, des chefs des grandes fédérations avaient écrit, en 1960, au président de la République française une lettre destinée à demander un statut politique au sein de l’OCRS ».

La camisole de force

Au regard de la sortie musclée du missi dominici, le Drian : «La perspective c’est janvier, avec la pression nécessaire pour que ça aboutisse. Pas uniquement en terme politique. Il y a aussi une dimension économique, un développement nécessaire du nord-Mali». «Il faut que la feuille de route soit validée» en janvier à Alger, des interrogations légitimes se posent. A travers le pré-accord qui, à plus d’un égard confère l’autonomie à Kidal, il n’y a-t-il pas une volonté de l’ancienne puissance coloniale de parachever un projet vieux de plus de 50 ans ? Le Mali fragilisé militairement après son revers sans appel du 23 mai à Kidal ; mais aussi politiquement avec la floraison des affaires, les unes aussi scandaleuses que les autres, a-t-il d’autre choix que d’avaler la couleuvre ?

L’heure est plus que jamais critique, l’unité nationale est sacrifiée sur l’autel d’un racisme immonde.  Un sursaut national s’impose aux Maliens. Ce, d’autant plus que le document de pré-accord soumis aux parties même expurgé des mentions « Azawad » et « fédéralisme » ne changerait rien à la réalité.

L’auteur, un politologue malien soutient : « En tout état de cause, la doctrine du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes relève de la modernité politique et une telle revendication ne peut reposer uniquement sur des arguments historiques. Les opposants à cette revendication ont tôt fait de souligner que les Touareg ne sont pas les héritiers d’une forte et ancienne tradition étatique et qu’il y a même opposition entre la notion d’État et le phénomène nomade ».

Par Bertin DAKOUO

 




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