Opérations de paix de lUA: vers un financement de l’ONU

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Il y a tout juste quelques jours, les 15 membres du Conseil de sécurité se disaient favorables à un texte qui, au-delà de renforcer la coopération entre l’ONU et l’UA, veut aller vers un financement plus « prévisible » et moins « ponctuel » des Opérations de paix de l’Union africaine, qui n’a pas toujours les moyens de ses ambitions. Dans un « délai de six mois, à compter de l’adoption » de cette résolution 2320, l’Union africaine devra d’ailleurs présenter au Conseil de sécurité « un compte rendu détaillé » sur les opérations de paix concernées, sur leur déroulement, leurs objectifs, etc.

En janvier 2015, à l’occasion de sa 24e session ordinaire, la Conférence de l’Union africaine (UA) s’engageait à financer 25 % du coût total de ses Opérations de paix et de sécurité. Un engagement réaffirmé quelques mois plus tard à Johannesburg, suivi d’une décision adoptée lors du Sommet de Kigali en juillet 2016. Une histoire qui se poursuit avec l’adoption de la résolution 2320, après examen du projet de résolution déposé par le Sénégal et les États-Unis.
Vendredi 18 novembre dernier à New York, les 15 membres du Conseil de sécurité se disaient ainsi favorables à un texte qui, au-delà de renforcer la coopération entre l’ONU et l’UA, veut aller vers un financement plus « prévisible » et moins « ponctuel » des Opérations de paix de l’UA, qui n’a pas toujours les moyens de ses ambitions. Toujours est-il que ce Fonds aura besoin d’un « système de gestion solide ». Dans un « délai de six mois, à compter de l’adoption » de cette résolution 2320, l’Union africaine devra d’ailleurs présenter au Conseil de sécurité « un compte rendu détaillé » sur les opérations de paix concernées, sur leur déroulement, leurs objectifs, etc.
C’est à l’unanimité que la résolution 2320 a été adoptée ce vendredi 18 novembre à New York, par les 15 membres du Conseil de sécurité, qui ont dû examiner le texte ou le projet de résolution qui leur a été soumis sous la cote S/2016/977. Une résolution obtenue après quelques « très difficiles négociations », pour reprendre les propos du ministre sénégalais des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur N’Diaye…
Concrètement, le texte, qui devrait renforcer la coopération entre l’Organisation des Nations Unies (Onu) et l’Union africaine (Ua), est la suite logique du Sommet de Kigali de juillet dernier, où les chefs d’Etat africains s’étaient une fois de plus engagés à verser, « d’ici à 2020, 25 % du coût » de leurs Opérations de paix, pendant que les 75 % seraient quant à eux financés par les Nations Unies et par les autres partenaires de l’Ua.
Et si ce texte est important, c’est peut-être parce que l’essentiel des Opérations de paix des Nations unies, notamment, au Mali, en République démocratique du Congo (Rdc), en République Centrafricaine (Rca), ou au Darfour, se déroulent sur le continent africain, qui représenterait à lui seul 9 de ces 16 Opérations, et plus de 80 % du « personnel en uniforme ».
Sans oublier que depuis sa mise en place effective en 2004, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Ua ainsi que les mécanismes de l’Architecture africaine de Paix et de Sécurité (Aspa) ont été sollicités sur un certain nombre de crises, entre le Burundi, la Côte d’Ivoire, les Comores… Dans des situations où ils se sont souvent heurtés à la lancinante question du financement » et surtout à l’absence de financement prévisible et durable.
Mankeur Ndiaye, qui estime qu’il faudrait peut-être que l’Onu et l’Ua coopèrent davantage, à travers le Conseil de sécurité de l’une, et le Conseil de paix et de sécurité de l’autre, sous la forme de « missions conjointes sur le terrain » par exemple, laisse entendre que les interventions de l’Onu et de l’Ua devraient être soumises à une « évaluation périodique », dans la mesure où les crises et autres conflits en Afrique « sont devenus de plus en plus complexes, parfois imprévisibles ».

Prévenir plutôt que guérir
À cela s’ajoute au fait qu’il faudrait, selon le ministre sénégalais des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, pouvoir anticiper sur certaines questions et situations, en misant peut-être sur la prévention ou sur la diplomatie préventive, qui coûterait « moins cher », en fin de compte, que les interventions après-coup.
Au cours des discussions qui ont précédé l’adoption de cette résolution 2320, l’Observateur permanent de l’Union africaine auprès des Nations Unies, Tete Antonio, qui s’adressait aux membres du Conseil de sécurité, a rappelé toutes ces situations où l’Ua a dû se lancer dans des « missions offensives », dans des conditions où l’Onu n’était pas « en mesure de déployer assez rapidement ses forces ». Mais si l’Union africaine, dit-il, a le « mandat », « l’expérience » et la « volonté », elle n’a malheureusement pas toujours les moyens de ses ambitions. Tete Antonio, qui donne l’exemple de la Mission conjointe des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (Minuad), devenue une mission hybride Onu-Ua, « faute de moyens », dit d’ailleurs que le financement des Opérations de paix n’est pas toujours « très fiable ou prévisible », et qu’il faudrait justement faire autre chose que du financement « ponctuel », ad hoc ou « au cas par cas ».
Au-delà du mode de financement, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Union africaine, Haile Menkerios, va surtout s’intéresser à la façon dont il faudrait gérer ces 25 %, qui auront surtout besoin d’un « système de gestion solide », histoire de créer un climat de « confiance » entre l’Union africaine et ses partenaires.
Toujours est-il que « dans un délai de six mois à compter de l’adoption » de cette résolution 2320, l’Union africaine va devoir présenter au Conseil de sécurité « un compte rendu détaillé sur la définition des opérations de paix concernées », sur leur déroulement, leurs objectifs, les échéances fixées pour la mise en œuvre de ce Fonds, etc.
De l’avis de plusieurs experts, l’adoption de cette résolution intervient aussi dans un contexte où aucune organisation ne peut, « à elle seule », faire face à la « complexité des défis sécuritaires », en Afrique ou ailleurs, entre la piraterie, l’extrémisme violent ou la « criminalité transnationale organisée », avec à la clé parfois, comme dirait Haile Menkerios, quelques « situations humanitaires désespérées ».

Par Mohamed D. DIAWARA

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