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samedi 8 mai 2021
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OPI: des réformes urgentes attendues

L’organisation patronale des industriels du Mali (OPI) a tenu le samedi dernier, dans un hôtel de la place, son Assemblée générale avec deux points inscrits à l’ordre du jour : la présentation du rapport d’activité et du bilan financier et le renouvellement du bureau qui est désormais dirigé par Mamadou YATTASSAYE, PDG de TRANSFOPAM.

La cérémonie d’ouverture qui a enregistré la présence du ministre de l’Industrie, du commerce et de la promotion des investissements, Arouna NIANG, a été émaillée de deux interventions, à savoir celles du Président sortant de l’OPI, Cyril ACHKAR, et du ministre.

Les faiblesses de l’industrie
Pugnace jusqu’à la dernière heure de son mandant, Cyril ACHKAR n’a pas montré de lassitude quant à égrener les importantes faiblesses et contraintes de l’industrie dans notre pays. Il s’agit de : un PIB de la manufacture de 6 % contre 11% pour la moyenne UEMOA, 15% pour le Sénégal, 19% pour la Cote d’Ivoire ; un nombre d’unités industrielles autour de 900 (source : dernier recensement) dont 200 relèvent du secteur formel, quand nos voisins sénégalais et ivoiriens sont à 3000 et 6000 unités ; le 1er importateur de produits industriels dans l’espace UEMOA ; un déficit de la balance commerciale de près de 400 milliards de FCFA depuis plus 10 ans ; une mauvaise application des textes nationaux et communautaires ; l’absence d’infrastructures adéquates, routes, zones industrielles, électricité (…) ; un déficit de la culture industrielle ; un retard dans la prise de réformes en faveur de l’industrie ; un arbitrage budgétaire défavorable à l’industrie avec moins de 1% quand l’Agriculture est à 15% du budget national ; des politiques industrielles timides face aux potentialités de ce secteur en termes de retombées sur l’emploi, la création de richesses et la structuration de notre économie.

Les avancées du Livre blanc
Quant aux préoccupations du Livre blanc de l’industrie, Cyril ACHKAR a cité les avancées suivantes : l’accord du gouvernement pour l’application d’une TVA à taux réduit de 9% à la vente sur les produits industriels fabriqués localement dans une dizaine de filières tests ; l’adoption du décret N° 2018 -0478 du 28 mai 2018 portant adoption des mesures d’orientation de la commande publique vers les PME et la Production Nationale et sa mise en œuvre progressive via le fonds filet social ; la poursuite de la systématisation de la procédure de la consignation dans le cadre des règles d’origine de l’UEMOA sur six (06) produits ; la création de l’observatoire national de l’industrie ; la création d’une autorité de conciliation fiscale sous l’Autorité du Ministre des Finances dans un premier temps ; la déductibilité de la taxe sur les activités financières (TAF) sur les investissements productifs avant une généralisation sur l’ensemble des investissements réalisés par nos industries ; la poursuite des travaux du comité Douane–CNPM chargé de lutter contre la concurrence déloyale, présidé par l’OPI ; la relance du Bureau de Restructuration et de Mises à Niveaux des unités industrielles présidé par l’OPI.
Les attentes
Nonobstant ces avancées, stimule M. ACHKAR, quelques réformes urgentes doivent être entreprises : la mise en place d’un tarif préférentiel d’électricité pour les industriels ; l’amélioration de la compétitivité des entreprises afin de leur permettre de conquérir des marchés sur le plan national, régional, voire continental ; la mise en place de la politique des 4P à savoir les partenariats Public-Privé-PTF pour transformer les produits agricoles ou miniers de nos filières prioritaires au développement rappelée dans le Livre Blanc ; la mise en place de ressources longues pour nos investissements industriels à des taux compétitifs, notamment la création de fonds souverains d’investissement ; la promotion de l’industrie nationale via le made in Mali, la commande publique peut immédiatement doubler le PIB national si elle est bien orientée ; l’augmentation des investissements dans le secteur industriel grâce à une fiscalité intérieure spécifique, de longue durée, portée par un Code fiscal de l’industrie ; la compétitivité des entreprises industrielles grâce à la centralisation des dédouanements concurrençant la production nationale dans un seul bureau de douane, le 820 !
Pour terminer, il a fait cette citation : « lorsque nous achetons un bien à l’étranger, nous avons le bien et l’étranger à l’argent. Mais lorsque nous achetons un bien chez nous, nous avons le bien et l’argent ». Abraham Lincoln, 1861, ancien Président des États-Unis d’Amérique.

La nécessaire complémentarité
Pour le ministre NIANG, « Gouvernement et industriels doivent convenir ensemble d’une stratégie d’industrialisation pour que, comme dans une symphonie, chacun joue bien sa partition ». Le ministre relève qu’il y a beaucoup de secteurs où nous avons des avantages concurrentiels, mais qui ne sont pas valorisés. Il estime que l’agro-industrie pourrait booster considérablement le secteur de l’Agriculture, en prenant soin de mettre l’accent sur la recherche appliquée. « Il faut de la complémentarité entre les industriels ; il faut renforcer le dialogue entre l’Etat et les industriels », a-t-il conseillé.
M. NIANG a révélé vouloir mettre la priorité sur l’industrie agroalimentaire où il y a de nombreux secteurs où nous avons des avantages concurrentiels, à savoir, entre autres, la gomme arabique, la mangue, la viande rouge, le karité. « Chacun de ces secteurs peut avoir un impact sur le monde rural, en termes de création d’emplois », a-t-il souligné.
Un autre domaine prioritaire est celui des mines. Le ministre de l’Industrie, du commerce et de la promotion des investissements veut mettre en place une politique de contenu local. Aussi projette-t-il créer une Bourse de sous-traitance.
En termes de perspectives, M. NIANG compte œuvrer pour l’émergence d’une classe moyenne en prenant appui sur le secteur industriel qui gagnerait à avoir une meilleure gouvernance pour prendre les bonnes décisions. Ce d’autant plus que l’horizon ne doit plus être le marché national, les populations ayant un pouvoir d’achat faible ; mais sous régional, africain…
Après l’adoption du rapport d’activité et du bilan financier, un nouveau bureau a été mis en place. Il est dirigé par Mamadou YATASSAYE PDG de TRANSFOPAM. Le premier vice-président est Thierno BAH de Fofy Industries.

PAR BERTIN DAKOUO




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