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samedi 23 mars 2019
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Opposition, Accord et Réformes: le Plan de déstabilisation du Mali

En faisant du bruit, aussi fort que possible, pour masquer sa conspiration ; déchaîner, partout, la fureur en prenant l’opinion à témoin d’un pseudo-acharnement de l’Etat, l’Opposition met en œuvre une redoutable stratégie de la terre brûlée. Objectif : exploser tous les verrous de légitimité institutionnelle et ouvrir la porte à un consensus, sous la coupe réglée de la Communauté internationale. Adieu alors la souveraineté qui n’est qu’un exutoire, pour certains, pour un hold-up politique planifié.

Après l’effilochement des manifestations de contestation d’institutions légitimes et légales de la République, (Président de la République, Gouvernement, Cour constitutionnelle), l’Opposition dite républicaine et démocratique reprend du service, avec l’annonce du projet de redécoupage territorial. Elle avance ses pions, d’abord, par la case déclaration de boycott des Concertations régionales sur le projet de redécoupage territorial ; ensuite, par la case meeting, en bravant l’interdiction du Gouverneur du District de Bamako.

La marche non autorisée est dispersée par les Force de l’ordre et le casus belli est tout trouvé.

Une conférence de presse est organisée au pied levé pour annoncer une flopée de mesures aux plans judiciaire, politique, et de la manifestation. Il faut jeter de l’alcool à brûler sur des plaies pas cautérisées. Cela, les stratèges du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) et de la Coalition des forces patriotiques (CoFoP), y excellent.

L’offensive abracadabrantesque

L’offensive de ces alliés de circonstance n’est donc pas banale. La batterie de mesures annoncées, lors de leur conférence de presse, laisse peu de place au doute quant à leur dessein de mise sous tutelle du Mali. Il s’agit, de façon pernicieuse, de mettre le bâton dans les roues (faire obstacle, en tout cas retarder considérablement) de toutes les mesures envisagées par le Gouvernement : prorogation du mandat des députés ; redécoupage territorial ; réforme constitutionnelle ; application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger…

Lesdites réformes, il faut le reconnaître, ne sont pas exemptes de tout reproche. Elles comportent des insuffisances et donnent parfois l’impression d’un bidouillage.

Mais, il est aussi vrai que l’Opposition a son agenda qui ne met pas à l’abri des manipulations et des récupérations. D’autant plus qu’elle dispose d’armes létales contre le Gouvernement pressé par le timing.

En effet, la dernière résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies ne lui laisse plus qu’une marge de manœuvre de 6 mois pour conduire à bon port les réformes nécessaires, y compris la révision constitutionnelle, pour l’application de l’Accord. En ne tenant pas ce délai, le Gouvernement deviendra l’obstacle à la mise en œuvre de l’Accord ; donnant ainsi quartier libre aux Mouvements armés, beaucoup plus à l’aise dans le désordre.

Pour ce qui est de la prorogation du mandat des députés, elle doit prendre fin, en juin, avec l’organisation de nouvelles élections.

En l’absence de nouvelles élections, des actes posés par le Gouvernement pourraient être frappés d’illégitimité.

Une deuxième prorogation du mandat impliquerait nécessairement une gestion consensuelle du pouvoir. Une hypothèse qui a d’ailleurs été émise dans ce sens, avec des nuances, par un membre influent de la CoFoP. Cela sonnerait le glas de la légitimité politique actuelle et ouvrirait grand la porte à l’ingérence étrangère, en fait la mise sous tutelle du Mali.

C’est à cela que concourent les actes posés par l’Opposition qui procède par un jeu de quille, au moment même où il est impératif de taire nos égos et nos inimitiés.

Le blocage

institutionnel

Un élément du dispositif de tutéllisation du Mali était le boycott des Concertations régionales sur le projet de découpage territorial. A en croire des sources concordantes, ce boycott a fait chou blanc. Les assises n’ont pas outre mesure souffert de l’absence de l’Opposition. D’ailleurs, les indisciplinés qui ont bravé le mot d’ordre de boycott ont été vertement rembarrés par les participants.

L’ancien ministre d’IBK, Konimba SIDIBE, peut témoigner de son traitement à Dioïla, lors des pré-concertations sur le découpage territorial.

Mais avec plus d’une corde à son arc, l’Opposition s’empare de la question de la prorogation du mandat des députés. Sur ce plan, elle annonce, à l’issue de son point de presse du samedi 19 novembre dernier : ‘’les partis membres du FSD et de CoFoP boycotteront les séances d’écoute programmées par l’Assemblée Nationale sur le projet de loi organique relative à la prolongation du mandat des députés’’.

Selon des sources bien informées, l’Opposition ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle planifierait de rallier à sa cause les députés frustrés du RPM pour faire barrage au Projet de loi organique qui doit avoir l’aval de la majorité des députés pour passer. ‘’Le texte ne peut être adopté qu’à la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale. Les lois organiques ne peuvent être promulguées qu’après déclaration par la Cour constitutionnelle de leur conformité à la Constitution’’, (article 70 de la Constitution du 25 Février 1992).

Un blocage de cette loi plongerait le pays dans une situation inédite, avec l’absence d’Assemblée nationale. D’autant plus que la gouvernance par Ordonnance est strictement règlementée. En effet,

l’article 74 de la Constitution est sans ambages : ‘’le Gouvernement peut pour l’exécution de son programme ou dans les domaines déterminés par la loi, demander au parlement l’autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité ou entre les deux sessions, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi’’. Ainsi, faute d’Assemblée nationale, point d’ordonnance. Et le pays est bloqué. En tout cas, il faudra une intense gymnastique juridique pour épargner au pays ce scenario catastrophe.

Le va-tout

Tenant son sucre d’orge, l’Opposition fait d’une pierre plusieurs coups. Elle porte à la puissance N des récriminations qu’elle diversifie et s’inscrit plus que jamais dans une logique (plutôt chimérique) de paralysie du pays. Elle en annonce les couleurs dans sa déclaration du 19 novembre dernier : ‘’une grande marche populaire de protestation et de résistance contre la répression, la violation de la constitution, les dérives anti-démocratiques et autocratiques, les projets de découpage territorial et de déstabilisation du Mali et l’insécurité sera organisée après la semaine du Maouloud’’.

C’est clair que l’Opposition joue son va-tout. Aucun coup fourré ne sera de trop pour créer un blocage institutionnel.

Est-ce cela le sens d’un combat démocratique ? Est-ce cela l’intérêt supérieur du Mali ? Qu’on se détrompe : la hargne avec laquelle l’Opposition mène son combat pour être associée à la gestion de l’État n’a d’égale que ses crises d’estomac.

Le plus sidérant reste que des personnes se soient emparées des sinistres fariboles de ces opposants et adhèrent sans ciller à un imaginaire aussi délirant que haineux.

A chaque maladie, sa thérapie. Ainsi, après avoir essayé la calinothérapie, avec les nombreuses offres de dialogue, le Gouvernement semble avoir désormais opté pour une stratégie de durcissement face à un dessin manifeste de liquidation du pays sur l’autel d’intérêts égoïstes.

Peut-il en être autrement, lorsque c’est un plan de bradage de la souveraineté nationale qui est concocté et mis en marche par ceux-là qui se distinguent comme étant les premiers à jeter la pierre aux autres ?

Le Gouvernement à la lourde responsabilité de mener à port les indispensables réformes et ce faisant de préserver la fierté nationale des Maliens dans leur plus grande expression.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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