Organisation des Nations unies: les défi qui attendent Antonio Guterres

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Antonio Guterres va prendre la succession de Ban Ki-moon à la tête de l’Organisation des Nations unies (ONU) à partir du 1er janvier 2017. Le Portugais a été élu par acclamation par le Conseil de sécurité, le 6 octobre dernier. Il n’y aura donc pas eu de surprise. En effet, il a tenu la corde lors des opérations de sélection et aucun membre permanent du Conseil de sécurité ne s’est mis en travers de sa voie. Dès lors, sa désignation officielle n’était plus qu’une formalité. C’est fait à présent. Une des choses que l’on peut noter de prime abord, c’est que nombreux sont les défis qui attendent le nouveau secrétaire général de l’ONU.

En attendant, on peut dire que le nouveau Secrétaire général a le profil de l’emploi. Celui qui est ancien Premier ministre de son pays et qui a dirigé le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, connaît bien la maison ONU et a pu faire l’unanimité autour de sa personne. Ses qualités et compétences ne font l’ombre d’aucun doute. Ce qui, du reste, s’est reflété dans son élection par acclamation. Cette capacité à faire l’unanimité, il en aura bien besoin tout au long de son mandat. Car tout compétent qu’il est, il sera toutefois soumis à de rudes épreuves. Celles notamment consistant à faire des Nations unies, une organisation davantage respectable et respectée. Ce d’autant plus que l’organisme onusien a été maintes fois pris dans la tourmente avec des accusations d’abus sexuels visant ses soldats envoyés sur les théâtres des opérations de maintien de la paix. Des faits avérés qui ont provoqué colère, consternation et dégoût au sein même du monde des Nations unies.
Un autre défi important, c’est le fait pour Antonio Guterres, sous cette nouvelle ère, de faire des Nations unies une Organisation qui puisse gagner plus de succès dans ses actions, surtout dans la préservation de la paix, son objectif majeur. Car après sept décennies d’existence de l’ONU, la paix mondiale demeure un serpent de mer.
En effet, le monde est aujourd’hui en proie à toutes sortes de guerres et de crises armées et les vies des Casques bleus sont de plus en plus exposées dans les missions de l’organisation mondiale. Des voix s’élèvent pour demander que les opérations onusiennes soient de plus en plus musclées par exemple dans notre pays où la mission onusienne est citée comme la plus meurtrière.
L’ONU est aussi fragilisée par les vives tensions au sein du Conseil de sécurité. En effet, il embaume aujourd’hui, un parfum de guerre froide dans les allées du Conseil. Ce parfum se transforme en odeur de poudre et de gaz sur les théâtres des conflits comme en Syrie. La Russie, qui, pendant longtemps, a observé les États-Unis d’Amérique régenter le monde, semble désormais vent debout. En effet, le pays de Poutine n’entend plus céder la moindre once de leadership à son vieux concurrent américain, s’érigeant en obstacle rédhibitoire à l’Oncle Sam dans la résolution de certaines crises qui secouent le monde. En Syrie, restés longtemps en retrait, les Russes ont pris de court les stratèges occidentaux, désormais réduits à négocier avec Moscou, jusque-là, sans trop de succès. En somme, les tensions américano-russes mettent à nu une certaine impuissance des Nations unies. Elles révèlent à quel point ce sont les grandes puissances, surtout ces deux géants, qui dictent leur conduite à l’ONU et in fine, au monde. C’est scandaleux du point de vue éthique. À l’image de ce droit de veto, détenu par une poignée d’États qui font la pluie et le beau temps aux Nations unies. On voit bien que dans les faits, le nouveau Secrétaire général des Nations unies n’aura pas toutes les cartes en main pour la résolution de certaines crises dans le monde. Si ses propositions de solutions ne rencontrent pas l’assentiment des deux grandes puissances aux visions généralement opposés, ce sera peine perdue. La diplomatie se révèle, à bien des égards, impuissante face aux tout-puissants Russes et Américains. D’où, la nécessité de remettre au goût du jour, le vieux débat sur la réforme de l’institution, pour limiter, à défaut de l’anéantir, la trop grande puissance des pays membres permanents du Conseil de sécurité. Seulement, il ne saurait y avoir de justice politique sans justice sociale. Tant que l’essentiel des ressources des Nations unies proviendra des membres permanents, il sera difficile que les opinions des « petits contributeurs », à l’image des pays africains qui réclament un ou deux sièges, pèsent suffisamment dans la balance, à l’heure des grandes décisions.
En effet, jusqu’à présent, les détenteurs du droit de veto ont coutume de snober l’ONU et la légalité internationale, chaque fois que celles-ci se mettent en travers de leurs intérêts. C’est ce qu’on aura constaté avec l’intervention de l’Amérique de Georges Bush Junior en Irak. On se rappelle que malgré l’opposition d’autres membres permanents comme la France à cette opération, les États-Unis y sont allés, sous le regard médusé et impuissant du reste du monde. La suite, on la connaît. À présent et comme pour se venger de n’avoir pas été écouté à propos de l’Irak et de la Libye, c’est la Russie qui, à son tour, en fait voir des vertes et des pas mûres aux Nations unies, pour ce qui est de la crise en Syrie. C’est dire que dans bien des situations, l’ONU est cantonnée au rôle de simple spectatrice. Ainsi, l’organisation mondiale traîne encore bien des tares et fait face quasiment aux mêmes problèmes qu’à sa création. Guterres est donc un nouveau pilote aux commandes d’un vieux machin. Il fera face aux mêmes difficultés que son prédécesseur Ban Ki-moon. Ses marges de manœuvre sont objectivement limitées. C’est dire toute l’immensité de la tâche qui l’attend.

Par Mohamed D. DIAWARA

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