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vendredi 22 septembre 2017
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Orpaillage traditionnel à Farabacoura: les risques pourla santé et l’environnement

En marge de l’atelier de formation de l’ONG Wetlands International, tenu du 15 au 20 août dernier, à Selingué, les participants audit atelier se sont rendus le jeudi dernier sur le site d’orpaillage de Farabacoura, situé dans la commune rurale de Baya. Ce site est le nouvel eldorado des orpailleurs traditionnels qui attire depuis près de 6 ans, en pleine saison, plus de 2 000 orpailleurs venant notamment du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée-Conakry, du Nigéria et du Sénégal.

De milliers d’excavations faites par les orpailleurs jonchent le long des terres de cette localité. Les orpailleurs, sans aucune protection, bradent les conséquences des produits chimiques d’extraction des minerais mettant en danger leur propre santé, sans compter les risques sécuritaires et sanitaires qu’encourent les populations riveraines.
Force est de constater que ces dernières années, la vie chère couplée à la crise sociopolitique que traverse notre pays a centuplé les sites d’orpaillage. Le site de Farabacoura, situé dans la commune rurale de Baya, est l’un des grands sites de la zone sur lequel des milliers de personnes piochent tous les jours, portés par l’espoir de trouver un jour ‘’le précieux trésor’’.
Moussa MAGASSA, le visage serré par la fatigue et suant de grosses gouttes sort d’un trou, après un tour de la main sur son visage, il épousseta ses mains et échangea des salamalecs timides. À la question de savoir les motivations qui l’ont conduit sur le site d’orpaillage, il répond de façon laconique que c’est par manque de boulot.
« Tout ce que je gagne, je le consomme et je n’arrive même pas à faire des économies. Cela fait bientôt trois ans que je suis là, mais j’y resterai, car ça vaut mieux que voler », renchérit-il.
À quelques pas de Moussa, Vincent GOUBA, cet autre jeune burkinabé scolarisé a décidé de se lancer à la recherche de l’or. Il gère un moulin pour broyer les minerais extraits des terres. Vacillant entre les bruits assourdissants du moteur et la poussière étouffante, sans protection, il s’adonne à fond à son activité.
« Je préfère ce travail que de rester à la maison pour pouvoir assouvir les besoins au quotidien. Aussi, tout le monde ne peut pas travailler dans l’administration, donc je ne vois pas de problème à ce que je mène cette activité», déclare-t-il.
À côté, Sitan KAMISSOKO, est l’une des femmes du village de Faraboucoura, qui vient le matin travailler et renter le soir au village avec le magot de l’activité journalière. Elle malaxe les amas de terre et les lave avec les produits chimiques comme le mercure ou le cyanure. Sans aucune protection, elle se donne à cœur joie à cette activité ignorant tout le risque auquel elle est exposée.
De l’avis des experts, c’est l’introduction du mercure ou du cyanure ainsi que de nouvelles techniques permettant d’accroître la productivité qui est en train de causer d’énormes problèmes environnementaux.
Selon le Dr Baba Faradji N’DIAYE, expert à l’Agence du Bassin du Fleuve Niger, l’utilisation de ces produits chimiques cause d’énormes torts à l’écosystème à travers la destruction de la faune et de la flore, la contamination des orpailleurs ainsi que des populations riveraines des zones d’orpaillage. Pourtant, il a précisé que sur les 70 tonnes d’or produites par an, le secteur informel, difficilement quantifiable prend une importante part oscillant entre 10 à 36 tonnes.
Méconnaissant les impacts environnementaux et sanitaires de leur activité, ces hommes s’adonnent à ce travail sans tenir compte des mesures de protection individuelle et collective. Ces mesures sont pourtant vitales, nous confie le Lieutenant-colonel Thiam SAMAKE, chef du service coopération et relations publiques de la Direction nationale de la protection civile. Il déconseille les activités d’orpaillage sans le port des gangs, des cache-nez, des bottes ainsi que le balisage et le remplissage des trous après exploitation. Selon lui, le respect de ces mesures peut contribuer à réduire les conséquences sanitaires liées à l’exercice de cette activité.
Au-delà de ces conséquences, sur ce site à perte de vue, sont installées des petites huttes faites de paille et couvertes de plastique servant de dortoirs pour les gens qui y mènent des activités. Impossible de résister aux intempéries, selon le Lieutenant-colonel Thiam SAMAKE. Ces habitats ne sont pas conseillés pour être des logements, affirme-t-il.
Mais Seydou DOUMBIA, l’un des orpailleurs, ne trouve pas d’inconvénients à ce qu’ils passent des moments sous ces huttes.
« Personne ne vient sur un site d’orpaillage et penser y construire une maison avec certaines commodités», raisonne Seydou DOUMBIA. Selon lui, c’est un choix qu’ils ont fait de façon délibérée.
À notre passage, la quasi-totalité de ces huttes n’était pas habitée.
D’après Seydou DOUMBIA, la richesse tant convoitée se raréfie et à cause de la saison pluvieuse, les puits dans lesquels ils extraient l’or s’inondent. Sinon quelques années plutôt, rappelle-t-il, ils pouvaient compter de milliers de personnes qui y cohabitaient.
« Le site est dépeuplé à cause de la rareté de l’or et l’inondation d’excavations, sinon ce n’est pas à cause de l’interdiction de faire l’orpaillage pendant la saison pluvieuse », a déclaré Seydou DOUMBIA.
Cependant, les orpailleurs se glorifient de l’appui financier qu’ils apportent à leur famille et les activités génératrices de revenus avec l’argent issu de l’orpaillage. À cet effet, beaucoup d’acteurs déconseillent l’interdiction de l’orpaillage en raison de la contribution de ce secteur informel à l’économie du pays et surtout à la lutte contre le chômage dans le pays. En lieu et place de son interdiction, ils pensent à l’organisation du secteur, afin de minimiser ses impacts environnementaux.

Par Sikou BAH




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