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mardi 19 septembre 2017
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Paix et réconciliation: le pari osé des autorités

Le Gouvernement, dans le cadre des négociations du processus d’Alger, n’a pas lésiné sur ses offres contenues dans le document intitulé ‘’Eléments pour un accord pour la paix et la réconciliation au Mali’’ dont beaucoup pourraient heurter des sensibilités.

Au-delà des offres de paix en elles-mêmes, ce qu’il convient de souligner, c’est l’exceptionnel courage du Gouvernement d’oser faire encore confiance à ses interlocuteurs des groupes rebelles.

Le challenge de la confiance

Entre le début des négociations d’Alger en août dernier à aujourd’hui, l’on aura assisté aux volte-face les plus spectaculaires sur des principes intangibles comme la forme républicaine et laïque de l’État ; mais aussi subsidiairement sur la cessation des hostilités, la communication de la paix. Sur ce dernier point, il convient juste de rappeler le communiqué du Gouvernement en date du 27 octobre dernier: « Le Gouvernement de la République du Mali informe l’opinion publique nationale et internationale que les leaders des trois groupes armés constituant la Coordination des Mouvements de l’Azawad ont tenu un meeting à Kidal le 23 octobre 2014 au cours duquel ils ont incité les populations à la haine et à la violence vis-à-vis de tous les autres Maliens. En qualifiant le Mali et les Maliens « d’ennemis », ces mouvements, qui sont parties prenantes aux négociations d’Alger, compromettent les efforts de la Communauté internationale visant au rétablissement de la sécurité dans le Nord du pays et à la signature d’un accord de paix global et définitif… »

Il faut rappeler également que les groupes armés de Kidal, à savoir le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), comptent parmi leurs rangs des déserteurs des Forces armées et de sécurité et dont nombre d’entre eux ne sont d’ailleurs pas à leur première désertion.

Autant d’éléments qui devraient logiquement conduire à mettre entre parenthèses la bonne foi des groupes armés de ramer dans le même sens des efforts nationaux et internationaux pour le retour de la paix et un développement harmonieux du pays.

Vaincre les réticences

Pour autant, parmi les mesures audacieuses du Gouvernement se trouve la création d’une Force de Sécurité intérieure (police territoriale) qui sera placée sous l’autorité des collectivités locales, dans le cadre de leurs pouvoirs de police. Voilà qui prend en compte le souci de réintégration des rebelles et de servir dans les régions du Nord. Selon les sources officielles, cette police territoriale, en ce qui est des régions du Nord, en particulier pour Kidal, sera composée prioritairement d’anciens combattants. Mais, assure-t-on, il ne s’agira pas du seul niveau de réintégration puisque les portes des forces armées leur seront aussi ouvertes.

Ce pari est d’autant plus osé pour les autorités politiques qu’il va falloir travailler au corps l’armée qui traine les séquelles profondes de morts de compagnons sous les balles d’autres compagnons qui ont tourné casaque pour se retrouver dans le camp de la rébellion. La confiance a été passablement laminée par les anciens frères d’arme qui se sont tirés dessus faisant des morts et des blessés de part et d’autre.

Mais la force de toute armée étant la discipline et l’armée étant par principe soumise au pouvoir politique, il est permis de croire que les réticences les plus farouches à la réintégration des anciens rebelles seront vaincues.

Une discrimination positive

En passant au plan national, le Gouvernement se propose de favoriser une plus grande représentativité des populations locales au sein des institutions nationales, à travers la mise en place d’une deuxième Chambre (Sénat), représentant les collectivités territoriales et les notabilités traditionnelles et religieuses et constituant, avec l’Assemblée nationale, le Parlement du Mali. Le Sénat pourrait créer, en son sein, une Commission chargée de la défense des spécificités culturelles régionales. Un quota de sénateurs pourrait être réservé aux notabilités traditionnelles régionales et aux femmes.

Cette offre qui est l’émanation directe des recommandations des États généraux de la décentralisation et des Assises nationales sur le Nord est chargée d’un contenu à même de mieux répondre aux besoins d’intégration de toutes les communautés nationales. Sans fausse hypocrisie, cette disposition vise à valoriser la ‘’minorité touareg’’. Ce qui représente une discrimination positive dans la mesure où il existe au Mali de nombreuses autres minorités dont l’existence est à la limite ignorée. Il conviendrait cependant à veiller à ce qu’en corrigeant une ‘’injustice’’, l’on ne fasse le lit à d’autres injustices.

La démarche de plus grande représentativité des populations locales au sein des institutions nationales pourrait se faire aussi à travers la représentation à l’Assemblée nationale qui sera améliorée. Le Gouvernement propose en effet que le ratio habitants/député qui est actuellement de 60 000 habitants pour les régions du Nord, passera à 30 000.

Il est aisé de réaliser que la proposition vise à booster le nombre de députés des régions du Nord en passant outre le ratio national édicté par la loi. En traduisant cette offre dans les faits, les régions du Nord auraient alors deux députés quand les autres n’en auront qu’un pour le même nombre d’habitants.

Un jeu qui en vaut la chandelle

Pourtant le jeu en vaut la chandelle. Les régions du Nord avec un nombre important de députés à l’Assemblée nationale disposent  davantage de voix pour se faire mieux entendre et participer ainsi mieux pleinement au débat démocratique. Normalement cela devrait contribuer à minimiser le risque de recours aux armes pour exprimer ses préoccupations.

Une autre proposition courageuse du Gouvernement, pour favoriser une plus grande représentativité des populations locales au sein des institutions nationales porte sur une représentation équitable des ressortissants des communautés du Nord du Mali dans les institutions et grands services de la République (Gouvernement, diplomatie, sociétés d’État, etc.). A cet égard, un nombre minimum de postes ministériels, y compris dans les secteurs de Souveraineté, devront revenir à des personnalités issues du Nord, de même que certaines fonctions électives. Le Gouvernement s’engage à présenter au Sénat des rapports annuels sur les progrès accomplis à cet égard.

Par rapport à ce point, l’on apprend dans les coulisses la possibilité, dans les années à venir, de confier le poste de Président de l’Assemblée national à un élu du Nord, si le Président de la République n’en était pas issu. Il s’agirait là d’un équilibre des pouvoirs démocratiques qui reposerait sur un consensus.

Le défi présent

Le document peut être à juste titre qualifié de catalogue d’engagements précis et non de vœux pieux comme certains seraient tentés de le faire croire sur la base d’un préjugé défavorable qui ne devrait en aucune manière frapper le régime actuel. Par le passé beaucoup d’engagements ont été pris. Certains d’entre eux ont été respectés ; alors que d’autres ne l’ont pas été, simplement parce qu’ils étaient intenables. Il est évident que chacune des parties a tiré les enseignements de cette situation, le défi actuel étant d’œuvrer de concert à surmonter les insuffisances antérieures.

Relativement aux offres faites par le Gouvernement, au-delà des apparences, il n’y a ni abdication, ni forfaiture. Il y a juste le souci du Mali, de son unité, de son intégrité territoriale, du respect de sa forme républicaine et laïque qui a présidé au choix hautement politique des autorités nationales en ce qui est de leurs offres de paix aux groupes armés du Nord. Le Président IBK l’a toujours dit: «Seul compte le Mali et pour ce Mali, aucun sacrifice ne sera de trop». C’est dans cet esprit qu’il faudrait accueillir les propositions du Gouvernement qui n’a pas d’autre choix que d’œuvrer à la construction de la paix et de la réconciliation nationale.

 

Par Bertin DAKOUO

 




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