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mercredi 29 janvier 2020
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‘‘Pays dogon’’: amalgames et stigmatisation

Le conflit actuel entre peuls et Dogon a créé une situation d’amalgame et de suspicion en mettant en mal le vivre ensemble des deux communautés. Ainsi, l’appellation « Pays Dogon » suscite polémique et amalgame, depuis peu. Selon des témoignages convergents, il est consécutive au boom touristique qu’a connu la région dans les années 80-90. Les « Tours Operators », principalement français proposaient trois destinations en direction du Mali : Tombouctou, Djenné et le « Pays Dogon » avec Mopti et le Lac Débo. C’est ainsi que le vocable « Pays Dogon » est parti et s’est propagé. Lié au tourisme, qui profitait à tous y compris à l’Etat et à toutes les populations de la zone, le vocable avait valeur de marketing et dans ce sens était inoffensif. Aujourd’hui, la situation est toute autre. Car, pour beaucoup d’observateurs et d’intellectuels peulhs, surtout ceux qui sont originaires de la zone, ce terme a été récupéré par des militants radicaux, pour s’approprier la zone et justifier l’expulsion en cours des Peuls. C’est le sens de cette réaction du Dr Bouréima Gnalibouly DICKO, Professeur d’université à la retraite, qui juge important de revenir sur cette question de l’appellation « Pays Dogon » et d’informer sainement les Maliens, sur la réalité des faits et sur les enjeux liés à cette appellation. Lisez plutôt son analyse !

Ceux qui lisent et suivent attentivement la presse malienne, parlée comme écrite, perçoivent aisément une certaine hésitation, une certaine gêne dans l’utilisation de l’appellation « Pays Dogon » pour désigner les cercles de la zone exondée de la région de Mopti. Les journalistes ne savent pas souvent ce qu’il faut retenir quand ils ont conscience que certains de leurs lecteurs approuvent, tandis que d’autres sont contre, et qu’il n’y a aucune préconisation officielle de la part de l’Etat. C’est que ce terme « Pays Dogon » suscite passions et crispations entre les habitants du même terroir, peulhs et dogons, suite à la revendication ostentatoire du terme par Dan Nan Ambassagou et ses partisans dans les circonstances tragiques de la cruelle guerre menée contre les peulhs de la zone. La polémique sur le bien-fondé de cette appellation va bon train par presse et réseaux socio interposés. Aussi, avec le présent article, nous apportons humblement et nous souhaitons de manière constructive, notre contribution aux discussions sur le sujet, en espérant que lorsque les passions se seront estompées, cela permettra aux uns et aux autres d’avoir des éléments plus solides pour discuter, s’entendre et sortir de la crise que nous vivons dans notre région.

L’amalgame
En effet, depuis l’éclatement de la crise au centre du Mali, les partisans zélés de Dan Nan Ambassagou et leurs soutiens tapis dans l’ombre, parfois au sein des institutions, brandissent partout et à chaque occasion, le vocable « Pays Dogon », comme pour déclarer face au monde, aux Maliens, et spécifiquement aux peulhs « ces terres sont nôtres, nous dogons, et on a le droit d’en faire ce qu’on veut ». C’est ainsi que, tout ce qui ressemble à une opinion qui ne va pas dans ce sens, ou qui essaye de rappeler que ces terres ne sont pas que seulement dogon, cette opinion est combattue avec véhémence, quelques fois même, avec férocité. Pour eux, partisans de Dan Nan Ambassagou, la véracité et la moralité des arguments avancés n’ont aucune importance. L’essentiel est de faire prévaloir leurs points de vue. C’est ce qui ressort de la publication de M Isaïe Dougnon, intitulée «Adam Ba Konaré et Ogossagou-peul : la face cachée d’une « historienne engagée ». M. Dougnon et ses compagnons interviennent énergiquement, dans la presse, pour attaquer frontalement Tabital Pulaaku et ses responsables, notamment sa marraine Madame Adame Ba Konaré et son Président, Abdoul Aziz Diallo. Leur seul tort, c’est d’avoir dit aux Maliens et au monde entier, la vérité sur les évènements d’Ogossagou et sur la crise au Centre du Mali, spécialement dans la zone exondée de la Région de Mopti que Dan Nan Ambassagou et ses partisans ont péremptoirement décrétée « Pays Dogon ». Aussi, le grand crime de Abdoul-Aziz Diallo, crime de lèse-majesté et impardonnable à leurs yeux, c’est d’avoir affirmé « qu’il n’existe pas au Mali de Pays Dogon officiellement parlant » et encore d’avoir sous-entendu, que les peuls auraient des droits sur ces territoires qu’eux, dogons, revendiquent pour eux seuls. Pour les partisans de Dan Nan Ambassagou, cette vérité évidente est un mensonge sournoisement fabriqué par Tabital Pulaaku pour des desseins inavoués. Aussi, parlent-ils de « provocations », de « revendications monstrueuses » de la part des peulhs ! Et pourtant, il y a lieu de se poser des questions, d’interroger l’histoire et de voir le présent. C’est pourquoi, c’est important de revenir sur cette question de l’appellation « Pays Dogon » et d’informer sainement les Maliens, sur la réalité des faits et sur les enjeux liés à cette appellation.
Dans une de mes précédentes interventions dans la presse, bien qu’étant peulh, j’avais déjà écrit que je n’ai aucun complexe à utiliser le terme Pays Dogon, étant né et ayant grandi entre Douentza et Bandiagara. Cependant, vu le forcing entrepris par certains milieux liés à Dan Nan Ambassagou, pour officialiser et légitimer cette appellation au détriment des autres communautés autochtones de ces terroirs, il y a lieu d’être regardant sur la question. Le conflit en cours et les passions qui accompagnent les propos des partisans de l’appellation « Pays Dogon et de ceux qui s’opposent à cette appellation ne facilitent pas, présentement, une discussion sereine et constructive. En témoigne cette sortie dans le journal Aujourd’hui-Mali du 24 Août 2019, où il est noté « A propos de l’appellation “pays dogon” qui suscite la colère de certains, le président du Mouvement Baguiné Sô, Hamidou Djimdé, est formel : “Le pays dogon a existé, il existe et existera. Il n’est à cacher à personne qu’il existe un conflit entre les Dogons et leurs frères Peulh. Ce conflit nous a été transporté par eux et nous ne faisons que nous protéger. Ce conflit a créé une situation d’amalgame et de suspicion en mettant en mal le vivre ensemble des deux communautés”, a-t-il ajouté ».
Nous aurons l’occasion de revenir sur la genèse et le développement du conflit pour présenter notre vision et compréhension de ce qui est arrivé. Présentement, ce qui nous préoccupe, c’est l’utilisation abusive de l’appellation « Pays Dogon » par la presse sous l’influence des partisans et soutiens de Dan Nana Ambassagou. Visiblement, beaucoup de personnes qui interviennent dans ce débat et dans la presse n’ont pas une connaissance approfondie de la question et ne mesurent pas les enjeux de ce qu’ils avancent. Par contre, pour certains militants, comme Hamidou Djimdé et autres, c’est le moment ou jamais de mettre la pression sur l’Etat et l’opinion publique nationale, pour manipuler les consciences et changer définitivement la donne. Et cela, grâce à une campagne de communication habilement menée. Cependant, ils devraient se rappeler qu’une telle campagne rencontrera toujours une réponse appropriée au niveau des idées. Toutefois, nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de mettre le débat à un niveau de bas étage comme « Le pays dogon a existé, il existe et existera ! » Les dogons ont toujours existé, c’est juste et Gloire à Dieu! Mais le pays Dogon n’a pas toujours existé sur ces terres que Dan Na Ambassagou et ses partisans revendiquent aujourd’hui par la force. Les dogons n’ont-ils pas laissé leurs terres et leur Pays au Mandé ? Ou bien ce n’était que fables et légendes ? Les telems, les peulhs, les dafings et les mossis que les dogons ont trouvés sur ces terres quand ils venaient du Mandé, c’est où leur pays ? Nous posons exprès ces questions pour attirer l’attention des uns et des autres que la question n’est aussi simple qu’on pourrait le croire à première vue et qu’il est nécessaire de ramener le débat sur des bases saines et scientifiquement admises. Aussi, au lieu de se disputer de manière abstraite, la paternité du territoire que tous, nous réclamons, posons-nous la question de savoir, traditionnellement comment on détermine les relations d’appartenance d’un pays à un peuple ou à un autre. Dans ces cas, en plus de tout ce qui est connu, l’indice universellement admis est l’attestation de la présence d’une institution « étatique » de gestion dudit territoire et qui émane de ses habitants. Ceci étant, il est généralement admis dans les milieux scientifiques, que l’histoire n’a retenu aucune structure de gestion territoriale dogon au-delà du niveau village. Aussi, il est indéniable que sur ces terroirs, il n’y a jamais eu d’embryon d’Etat dogon organisé, administrant la zone et ayant noué des relations d’Etat à Etat avec un autre Etat. Donc historiquement, il y a des villages dogons, mais il n’y a pas eu d’Etat dogon, donc de Pays Dogon dans le sens juridique du terme, un village ne faisant pas un pays dans le sens d’Etat organisé.
En outre, il faut noter que les différents Etats, empires et royaumes qui se sont succédé dans la zone, ont tour à tour administré ces territoires. Il s’agit notamment des empires du Ghana, Mali, Songhay, des royaumes et états de Ségou, du Yatenga (royaume mossi) et du Macina. L’espace dont il est question a toujours fait partie intégrante des royaumes et empires peulhs du Macina et de l’Etat toucouleur de Bandiagara, avant la conquête coloniale française. C’est pourquoi, historiquement, vu sous cet angle, ces territoires sont également des territoires peulhs. Et les peuls ont parfaitement le droit de se réclamer d’eux. C’est là un fait historique que certaines personnes de bonne foi au Mali peuvent ne pas connaitre. C’est l’occasion pour elles d’apprendre et de connaitre la vérité. Mais ce n’est pas le cas des partisans de Dan Nan Ambassagou, pour la plupart, militants ouvertement négationnistes, qui s’en offusquent à gorge déployée.
Vous êtes en France M. Dougnon, si vous doutez de ce que nous avançons en ce qui concerne l’histoire de la zone, vous pouvez aller consulter, dans les bibliothèques, les journaux de campagnes de soldats français qui ont conquis le territoire du Haut-Sénégal-Niger. Les écrits de Lois Faidherbe, d’Archinard, de Gallieni, de Delafosse et beaucoup d’autres, ainsi que les journaux de campagnes militaires vous renseigneront indubitablement sur les questions permettant de savoir à qui ces territoires ont été repris, quels sont les pouvoirs que les troupes coloniales y ont combattu. Ce n’étaient assurément pas des structures étatiques dogons qui n’existaient pas à l’époque. Le Haut-Sénégal a été plus tard renommé Soudan Français, puis République du Mali après l’indépendance.
Pour ceux qui sont au Mali et qui pourraient avoir des doutes, comme Djimdé et consorts, ils ont le loisir de consulter les documents administratifs de l’époque coloniale aux Archives Nationales du Mali, au niveau du fonds clos d’archives coloniales de 1800 à 1960 situé dans un bâtiment à Koulouba (Palais présidentiel).
Ce qui est important de savoir et de se rappeler, c’est que dans la région de Mopti, surtout dans la zone exondée (qui correspond grosso modo au dit « Pays Dogon ») tous les terroirs occupés par les peulhs sont des terroirs conquis de haute lutte. Dans ces zones, et les pâturages et les terres de cultures relèvent de leur gestion, de la gestion de leur Etat. Dans ces terroirs, les peulhs ne sont pas comme le véhicule l’ « imagerie populaire du peulh toujours étranger là où il vit » ; ils ne sont ni installés, ni tolérés par d’autres. Ils sont maîtres chez eux. Cette conquête et organisation de l’espace vital pour l’élevage et par conséquent pour les Peulhs a été rendue possible des siècles durant, par la présence et l’utilisation d’une redoutable cavalerie et des lanciers intrépides qui ont sécurisé les couloirs de transhumance et permis la gestion des terroirs que vous appelez aujourd’hui « Pays Dogon ». C’est vrai que plus tard, vers 1893, le colon français est venu, comme on le dit, « mettre tout le monde d’accord », reprendre le pays et l’organiser à sa façon. Sinon, avant et bien longtemps après, il était impensable qu’on puisse parler de « Pays Dogon » en référence aux deux Séno et au Hairé. Il n’existait que le plateau habité par les dogons et qui relevait des différents Etats qui se sont succédé, notamment les Etats peulhs. Ce sont là des faits historiques intangibles, datés et documentés. Il ne sert à rien de les nier. Et les rappeler quand c’est nécessaire comme aujourd’hui, n’est en rien insultant pour les dogons et ne devrait pas susciter un tel tollé.
Pour continuer le rappel historique, il faut noter qu’au Soudan Français et plus tard au Mali, pour le découpage administratif, les régions ont été numérotées et appelées par les noms des chefs-lieux, de même que les cercles. On a évité les noms traditionnels des terroirs comme le Mandé, le Wassoulou ou le Kaarta. Dans les appellations traditionnelles, il n’y avait pas de région connue appelée « Pays Dogon ». Et pour cause, il n’en existait simplement pas. En fait, il est indéniable que l’apparition et surtout la diffusion de l’appellation « Pays Dogon » est récente. Les témoignages convergent pour noter qu’elle est consécutive au boom touristique qu’a connu la région dans les années 80-90. Les « Tours Operators », principalement français proposaient trois destinations en direction du Mali : Tombouctou, Djenné et le « Pays Dogon » avec Mopti et le Lac Débo. C’est ainsi que le vocable « Pays Dogon » est parti et s’est propagé. Lié au tourisme qui profitait à tous y compris à l’Etat et à toutes les populations de la zone, le vocable avait valeur de marketing et dans ce sens était inoffensif. Et il n’y avait pas de raisons de le contester. Mais aujourd’hui la situation est toute autre. Pour beaucoup d’observateurs et d’intellectuels peulhs, surtout ceux qui sont originaires de la zone, ce terme a été récupéré par des militants radicaux, pour s’approprier la zone et justifier l’expulsion en cours des Peuls. Ces observateurs et intellectuels contestent donc l’utilisation qui est faite de ce terme par les partisans de Dan Nan Ambassagou et cela de manière ostentatoire et récurrente sur les médias d’Etat. Tout se passe comme si l’Etat était d’accord que la zone s’appelle « Pays Dogon », alors qu’il n’en est rien. Pour aider à comprendre l’état d’esprit de beaucoup de peulhs, nous reproduisons in extensio les réactions de deux cadres peulhs sur la question. Les thèses qu’ils défendent sont dans une large mesure partagées par l’auteur de cet article.
Le premier écrit : « Il faudrait être clair, il n’existe pas de Pays dogon et il n’en existera pas. C’est une appellation des «tours operators» pour vendre cette destination de cette partie du Mali. Sinon, elle n’est ni géographique, ni historique et ni sociologique. C’est un terroir occupé par les peuls, les telems, les dogons, les mossis, les dafings, etc. Cette coexistence date de plus de huit (8) siècles nous a dit un vieux traditionaliste quand Tabital Pulaaku- Mali et Ginna Dogon s’occupaient de régler les graves et violents conflits nés de la réforme de la décentralisation dans l’ex arrondissement de Diankabou entre les dogons de Saou et de Berdossou. Après cette médiation, la paix est revenue au KASSA.
Il est juste de dire qu’au départ la majorité des Dogons étaient dans les falaises sur les anciens sites des Télems et les peuls dans les Seno, les plaines. Très vite, des problèmes de terres vont se poser aux Dogons dont certains vont descendre dans la plaine où un modus vivendi est conclu avec les Peuls et autres autochtones. Des liens multiples vont se créer entre les communautés peule et dogon.
Rappelons, pour désengorger cette partie du Mali et régler cette situation, un ancien Président du Mali, le Général Moussa TRAORE avait encouragé l’installation des Dogons dans le cercle de Yanfolila région de Sikasso où ils vont révolutionner l’agriculture locale. Pensée pieuse à mon ami feu Emmanuel TOGO qui gérait l’ONG Association pour l’Insertion des Dogons (AID) qui deviendra Association pour l’Insertion des Déplacés (AID). Nous avons personnellement participé aux travaux d’intégration Dogons – Peuls du Wassoulou qui les traitaient «d’étrangers». Nous leur avons conseillé «Développez des liens de mariage et créez des liens de sang entre vous». Je pense aujourd’hui, à ma connaissance, le problème ne se pose plus entre les deux groupes ».
Le deuxième, note « Je m’excuse si je heurte des personnes parmi nous, surtout les amis et voisins Dogons, mais moi, j’ai fait mon choix: je ne dis plus « Pays Dogon ». Je l’ai fait dans le passé, car ça ne faisait pas de mal. Tout le monde bénéficiait du boom touristique de la région. Mais aujourd’hui, ce terme a été récupéré par des radicaux de Dan Nan Ambassagou, pour justifier l’expulsion des Peuls. Tout comme l’Azawad, le pays Dogon n’existe pas comme entité unifiée et sacrée.
Nous avions une superbe région, faite de brassages, de richesses diverses. C’était le pays de tous. Si l’appeler Pays Dogon sert à enlever le droit d’autrui, alors moi je n’emploierai pas ce mot. Je peux dire « Plateau Dogon » sans problème, ou même espace de vie des Dogons. Nous verrons quels mots employer lorsque la folie actuelle passera. Et que les radicalismes auront arrêté de pirater toute discussion publique.
Aucun d’entre nous n’est véritablement autochtone. Souvenons-nous que les Dogons aussi ont trouvé avant eux des populations, les Télems. Ceux-là aussi ont été accueillis par des peuples plus anciens ».
M. Dougnon, dans votre argumentaire pour combattre les opposants à vos thèses vous avez écrit dans votre article cité plus haut « Récemment, Abdoul Aziz Diallo, le président de Tabital Pulaaku, affirmait avec véhémence sur un média mauritanien qu’il n’existe pas de Pays Dogon ». Faut-il vous rappeler que sur le plan administratif, officiellement au Mali, il n’y a pas de Pays Dogon, comme il n’y a pas de Pays Peulh ou de Pays Bambara! Ceci correspond à la réalité. Où est alors, le problème ? Vous poursuivez « Il y a, selon lui (Abdoul A Diallo), deux zones distinctes à considérer : le Plateau pour les Dogons et la Plaine pour les Peuls. Que les Dogons ne seraient descendus dans la Plaine, alors entièrement occupée par les Peuls, qu’après l’arrivée du colon français. Selon lui, parler de Pays Dogon comme une unité ethno-géographique est une déformation historique. Quelle revendication monstrueuse ? ». M. Dougnon, vu le niveau d’instruction que vous avez, il faut d’abord s’étonner de votre « monstrueuse ignorance » de l’histoire de votre propre terroir! C’est vraiment ubuesque que vous trouviez que cette « revendication » ou plus exactement cette remarque soit monstrueuse. On pouvait attendre cette réaction épidermique de quelqu’un d’autre, mais pas de vous, grand intellectuel. Et pourtant, ce n’est là qu’un constat des faits réels et élémentaires pour celui qui connait ne serait-ce qu’un peu l’histoire de cette zone. Par votre posture et vos déclarations, vous ne contribuez pas à éclairer les Maliens et à les aider à s’entendre.
Dans votre diatribe vous poursuivez : « Le Pays Dogon n’a jamais été défini, par qui que ce soit, comme un territoire ethniquement monolithique, tout comme le Wassoulou, le Kénédougou, le Macina, le Mandé, etc. Sa revendication a cependant un sens caché. Celui des relations territoriales et politiques entre les deux communautés qu’Abdoul Aziz Diallo se donne pour mission de modifier ». Modifier en quoi ? Dans quel sens ? Edifiez les lecteurs s’il vous plait ! M. Dougnon, vous connaissez très bien ceux qui se sont donné l’objectif de modifier les relations territoriales et politiques entre les deux communautés. Ne prêtez pas aux autres vos propres intentions. Personne n’est dupe. Et puis n’essayer pas de noyer, comme on le dit, le poisson dans l’eau ! Ne confondez pas les torchons et les serviettes. L’appellation « Pays Dogon » n’est pas du même niveau, ni de la même nature que les appellations Wassoulou, Kénédougou, Macina, Mandé, etc. Ces dernières appellations reposent sur une base historique et territoriale attestée depuis des siècles et des générations. Elles n’ont à priori aucune connotation ethnique. Ce sont des entités unifiées, sacrée et consacrées historiquement. Alors que l’appellation « Pays Dogon » doit être confrontée et comparée aux appellations « Pays Mandingue », « Pays Sénoufo », « Pays Peulhs » ou « Pays Soninké ». Et vous savez très bien qu’administrativement et officiellement, le Mali n’a jamais été dans cette logique. Ce qui n’a pas été accepté pour les autres groupes ethniques du Mali, pourquoi le serait-il pour les seuls dogons ? Ne profitez pas de l’inattention des lecteurs ou du public ou de leur faible connaissance des problèmes institutionnels pour tricher et leur faire admettre des positions erronées.
M Dougnon, ci-dessus, vous reconnaissez vous-même, que dans la zone, du point de vue de peuplement, les dogons sont en partage avec plusieurs autres groupes ethniques. Dès lors, pourquoi s’étonner que les autres réclament des droits sur le territoire, si vous, vous vous en donnez le droit de le faire et même plus, de vous l’approprier ? Est-ce par mépris pour les autres ? Ignorance ? Ou serait-ce que parce que les dogons sont aujourd’hui démographiquement archi dominant? Cela leur donne-t-il plus de droits que les autres ?
MM les partisans de Dan Nan Ambassagou, il faut être logique et conséquent jusqu’au bout. Surtout quand on est intellectuel. Nous attirons votre attention sur le fait que nulle part, à aucun niveau, dans les schémas institutionnel, organisationnel ou administratif du Mali, il n’est fait mention de « Pays Dogon ». Donc, officiellement, jusqu’à preuve du contraire, cette partie du Mali n’est ni « Pays Dogon », ni « Pays Peul », ni « Pays X ou Y ». Quand l’Etat décidera officiellement que la zone se nomme « Pays Dogon », tout le monde se conformera à cette appellation. Naturellement, l’Etat dans ce cas, devra de manière convaincante et juste, motiver son choix et en prenant les mesures règlementaires requises. En ce moment vous pourrez, MM les partisans de Dan Nan Ambassagou, contester aux autres le droit de ne pas être d’accord avec cette dénomination « Pays Dogon ». En attendant, l’appellation Pays Dogon n’est qu’une dénomination tolérée, mais nullement officielle. Aussi, nous pensons pour notre part, que par les temps qui courent, il n’est pas nécessaire d’attiser inutilement les passions autour de cette appellation. Rien ne presse pour la question. Il est préférable et plus utile de s’occuper de choses autrement plus importantes pour nous tous, comme par quels moyens, sincèrement et efficacement, arrêter la machine de guerre qui s’est emballée de nouveau et comment restaurer la paix et le vivre ensemble dans la zone. Au jour d’aujourd’hui, la vérité est que le cultivateur dogon a un besoin vital de cultiver paisiblement et sereinement son champ ; dans le même temps, l’éleveur peulh de la zone a le même besoin pour faire paitre ce qui lui reste de ses animaux et développer son élevage dans la sécurité. L’un et l’autre ont objectivement besoin de se retrouver en paix dans les foires, sur les marchés et dans les villages pour renouer leur vivre ensemble et développer leur terre commune. Comment celle-ci doit être appelée n’est certainement pas, dans les circonstances actuelles, leur préoccupation première, même si c’est une question importante.
Dr Bouréima Gnalibouly DICKO,
Professeur d’université en retraite
Bamako, septembre 2019




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