Politique nationale des frontières: un plan d’action décennal en gestation

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Le ministère de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la réforme de l’Etat organise, depuis mardi dernier, au Palais de la culture Amadou Hampathé BA de Bamako, l’atelier national de concertation sur la relecture de la politique nationale des frontières (PNF). Objectif: rechercher une meilleure implication des acteurs nationaux, régionaux et locaux en vue d’un début d’appropriation du processus pour une mise en œuvre efficace et inclusive de la PNF.

L’ouverture des travaux de 3 jours était présidée par le secrétaire général du ministère de l’Administration territoriale, Allaye TESSOUGUE, en présence de l’Ambassadeur du Japon au Mali; du représentant du chef de la MINUSMA, de la MISAHAL, de l’OIM; du chef de la Mission d’EUCAP Sahel; de la représentante du PNUD, etc. Prennent part aux travaux, plus de 120 participants. Au plan national, nous avons : les représentants des institutions de la République, les départements ministériels, les gouverneurs de région ; les président des conseils de région, les représentants des organisations de la société civile, etc. Au plan régional international, la coopération allemande, à travers la GIZ ; le gouvernement japonais, à travers l’OIM ; la MINUSMA ; EUCAP SAHEL ; et le Programme des nations unies pour le développement (PNUD).

La nécessité d’une relecture
La dernière Politique nationale des frontières du Mali a été élaborée en octobre 2000. Après 15 ans, et à la suite de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, cette politique semble montrer ses limités avec l’apparition de nouvelles menaces sécuritaires.
Ainsi, depuis 2014, le département en charge de l’Administration du territoire s’est engagé dans un processus de renforcement de la stratégie de gestion concertée des frontières, marqué par des changements politiques, institutionnels, sécuritaires et socioéconomiques, intervenus au Mali.
Le présent atelier qui fait suite à des séries de consultations régionales auxquelles ont pris part plus de 500 acteurs étatiques et non-étatiques, doit aboutir à la production d’un plan d’action qui permettra aux partenaires de réaliser les attentes des populations en termes de sécurité et de développement local en soutien à l’Etat.
En effet, lors de ces rencontres, les acteurs des niveaux national, régional et local se pencheront sur des thématiques principales comme: la délimitation et la démarcation des frontières ; la coopération administrative ; la défense et la sécurité frontalières.
De même, les participants auront à débattre des question de développement des zones frontalières et la coopération transfrontalière ; le financement et la mobilisation des ressources.

Fruit des consultations régionales
Selon le représentant de l’EUCAP SAHEL, les consultations menées dans toutes les régions du Mali n’ont pas seulement révélé le besoin d’harmoniser l’approche gestion frontalières au niveau du territoire national, mais elles ont prouvé aussi la nécessité d’intégrer le niveau sécuritaire dans toute marche stratégique.
Pour lui, l’impact de la porosité des frontières et l’absence d’un Etat de droit affectif jusqu’aux frontières dépassent le niveau local et contribuent à l’instabilité générale du pays.
C’est pourquoi, a-t-il soutenu, la prise en compte de la dimension sécuritaire dans la politique nationale est, pour l’EUCAP Sahel Mali, une priorité car elle constitue une condition essentielle au retour des services de base et à une meilleure gouvernance nécessaires à la stabilité de l’ensemble du pays.
Quant au secrétaire général du ministère de l’administration territoriale, il a fait savoir que cette révision de la Politique nationale en la matière, va permettre à l’Etat de trouver des solutions idoines aux conflits fréquents de cohabitation et aux contestations territoriales.
De même, a-t-il souligné, ces conflits sont exacerbés par la non-matérialisation de la plupart de nos frontières, objets de convoitises à travers l’exploitation des ressources naturelles et l’intensification des activités économiques de part et d’autre de la zone.

Une frontière de 7 561 Km
Par ailleurs, a-t-il indiqué, la relecture de notre politique nationale de frontière est d’autant nécessaire que les 7 561 Km de ligne de frontière que notre pays partage avec 7 pays limitrophes, à savoir : le Niger, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, la Mauritanie, l’Algérie, la Guinée Conakry, sont devenus des espaces de prédilection du radicalisme violent, de la criminalité organisée transfrontalière et du grand banditisme avec son corollaire de trafics de tout genre.
A cela, s’ajoutent les souffrances de nos populations frontalières victimes, parfois de l’absence de l’administration locale dans certaines zones, l’insuffisance de surveillance des zones frontalières et la dégradation des conditions de vie socioéconomique.
La réussite de la stabilisation de nos espaces frontaliers passe par la dotation de nos pays d’outil efficace de référence en procédant à l’approfondissement des axes et orientations de notre politique adoptée depuis 2000, estime M TESSOUGUE.
A son avis, le renforcement de la stratégie devra contribuer à relever les défis majeurs auxquels le gouvernement est confronté, à savoir : la préservation de l’intégrité territoriale, la sauvegarde de la souveraineté nationale du Mali et la restauration de l’autorité de l’Etat. Il s’agit aussi de faire la promotion de la sécurité pour la stabilité, la paix et la cohésion sociale ; la promotion des initiatives de développement socioéconomique dans les espaces frontaliers en lien avec la régionalisation.
Par ailleurs, a précisé M TESSOUGUE, la nouvelle politique qui sera bientôt adoptée vise la relance de la dynamique d’intégration entre les communautés frontalières en vue d’un développement territorial harmonisé.
A travers l’organisation de cette rencontre, il s’agit pour le département de porter la question frontalière et transfrontalière au rang de ses priorités. Elle s’inscrit dans une dynamique de collaboration avec l’ensemble des parties prenantes. Cette relecture de la stratégie sera suivie de l’élaboration d’un plan d’action.

Par Abdoulaye OUATTARA

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