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samedi 16 février 2019
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Politique et religion: la compromission

La démonstration de force du Président du Haut conseil islamique, avec la bénédiction du Chérif de Nioro, ce dimanche 10 février, au Stade du 26 Mars, constitue le énième épisode des relations incestueuses entre politiques et religieux.

Le meeting de prière pour la paix et la cohésion sociale transformé en tribune de remise en cause de l’ordre public républicain, de contestation de la gouvernance et des principales autorités du pays, marque, d’une part, l’intrusion et l’interférence désormais incontestable des religieux dans la sphère politique et, d’autre part, une étape supplémentaire dans la sujétion des politiques envers notamment les Ulémas, Imams, Cheikhs, autres Muftis… Tous ceux qu’on désigne par la généreuse expression de « notabilité religieuse » ou « leader religieux ».

Sur la terre bénite du Mali, les ‘’dieux ne sont pas tombés sur la tête‘’ (référence au film botswanais et sud-africain -The Gods Must Be Crazy- écrit et réalisé par le Sud-Africain Jamie Uys), mais c’est un monde qui change. Un monde dans lequel désormais, la Demeure de Dieu devient celle de l’exhibition où on étale un chapiteau pour tenir meeting. Un monde dans lequel les fidèles sont désormais conviés non dans la mosquée, mais dans les gradins des stades pour prier…

Désormais, dans le Mali des Cheickhs, au nom de Dieu, le Tout puissant, que nous avons toujours en partage, la politique déserte, abdique et fait allégeance au religieux ; la liberté est conditionnée à la foi ; la légalité et la légitimité démocratiques s’effacent face au cultuel et au culturel, les démocrates et les patriotes s’aplatissent devant les légitimités religieuses, tandis que hélas, le sacré est sacrifié au profane.

Cheickh Mahmoud DICKO n’est pas le seul à se tromper de préceptes et d’époque. La procession situationniste de politiques qui a accouru à ce meeting pourrait demain porter la responsabilité de la cession de la démocratie aux religieux et la liquidation prochaine de la séparation du temporel et du spirituel. Parce qu’on ne peut se proclamer démocrate et républicain, avoir le parcours qu’on a dans le mouvement démocratique (comme Oumar MARIKO, Tiébilé DRAME) se vendre ainsi aux religieux, pardon s’aplatir, abdiquer et se rendre complices d’une telle invasion des religieux dans la sphère politique. Ils se sont alignés comme des militants gentils et fidèles de Mahmoud DICKO. Sauf que le ver était dans le fruit bien avant.

Le Président IBK ne s’est-il pas vanté du soutien du Chérif de Nioro, de Mahmoud DICKO et des autres, avant d’être lâché par eux ? Au summum de ses relations avec Bouyé, le Président IBK n’a-t-il pas affirmé : « le Cherif me demande de me retirer de la course présidentielle, je n’hésiterai pas un seul instant ». Pour l’aider à accomplir son destin national, le très respecté leader religieux avait débloqué la somme de 100 millions de F CFA. Il avait également invité ses fidèles, les militants de Sabati-2012, d’autres groupes et associations de musulmans à soutenir sa candidature.

Après lui, Alou Boubacar DIALLO ne s’est-il pas accroupi pour être béni par le Chérif de Nioro ? Soumaïla CISSE qui a accouru à Nioro entre les deux tours de la présidentielle pour recevoir la bénédiction de Bouyé n’a-t-il pas encore compris que l’onction religieuse ne pèse pas assez dans le libre choix des citoyens ? Comme lui, ses camarades de l’Opposition CofoP (Poulo, Sinko, Mariko) continuent de croire qu’il leur faut une bénédiction pour faire aboutir leurs ambitions…

De quoi sera-t-il fait demain de la démocratie malienne ? Inévitable sera la confrontation entre ceux qui prônent le « retour à l’Islam », et les partisans de la laïcité. Tandis que ceux-ci prôneront le libre choix des dirigeants, l’État de droit, le suffrage universel, le fait pour l’élu d’avoir à rendre des comptes devant ses électeurs, et la séparation des pouvoirs, ceux qui estiment que seul un dirigeant musulman bénéficie donc de la légitimité pour gouverner un pays où l’islam est majoritaire, prôneront que l’autorité religieuse et l’autorité de l’État doivent être uniformisées. Parce que, pour eux, l’autorité est unique et se traduit par la loi, la Charia. L’objectif d’un État islamique et de son autorité politique étant d’appliquer cette loi divine et son rôle d’assurer l’ordre et la sécurité de façon à ce que les musulmans puissent accomplir leurs devoirs religieux et remplir leurs obligations quotidiennes.

Quelle sera l’issue de la guerre ouverte pour le contrôle du pouvoir ? La bonne question est : en faveur de qui Dieu fera balancer le rapport de force ?

Affaire à suivre.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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