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jeudi 22 juin 2017
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Politiques publiques de développement: en quête d’un dispositif efficace d’évaluation

Les projets et programmes d’investissement public ont rarement fait l’objet d’une évaluation d’impact, malgré des performances jugées globalement mitigées. C’est le constat fait au ministère de la Planification, de l’aménagement du territoire et de la population qui s’attèle à l’élaboration d’un cadre méthodologique pour l’évaluation des politiques publiques au Mali, à travers un atelier national qui s’est tenu, hier, à l’Hôtel Salam, sous la présidence du Premier ministre, Moussa MARA.

Des sommes très importantes sont englouties chaque année dans la mise en œuvre de projets, programmes ou politiques de développement. L’objectif est l’amélioration des conditions de vie des populations. Mais qu’en est-il réellement ? Nos programmes ou projets produisent-ils les effets escomptés ? Quelles politiques apportent des changements adéquats et voulus ? Dans quels secteurs est-il nécessaire d’opérer  des améliorations dans un programme donné ? Quels types d’ajustements sont-ils désirables pour améliorer les performances ? Ce sont là, quelques questions auxquelles devrait trouver des réponses l’atelier National sur l’élaboration d’un cadre méthodologique et institutionnel pour l’Evaluation des Politiques Publiques au Mali.

Organisé par le ministère de la Planification, de l’aménagement du territoire et de la population, la rencontre, qui s’est déroulée les 13 et 14 novembre dernier, avait pour objectif d’aider à la définition et à la mise en place d’un système national d’évaluation des politiques publiques au Mali, assorti d’un cadre institutionnel et de règles et procédures régissant ledit système.

De façon spécifique, il s’agissait de définir une méthodologie appropriée permettant aux autorités de disposer d’un cadre institutionnel et de procédures éprouvées d’évaluation des politiques publiques dans un contexte de performance et de gestion axée sur les résultats ; définir le cadre institutionnel adapté permettant la réalisation des évaluations  et le partage  des pratiques  et résultats d’évaluation  entre les acteurs  de la plateforme d’évaluation ;  proposer un plan d’actions définissant les priorités de politiques publiques à évaluer, assorti d’un calendrier de leur évaluation.

Pour ce faire, l’atelier a examiné en séances plénières et en groupes de travail les thèmes portant sur la proposition de cadre méthodologique formulée par le Consultant en mettant en exergue les différentes étapes du processus, les rôles et responsabilités des différents acteurs, les produits et la/les périodicités dans ledit processus ; les options de cadre institutionnel proposées par le Consultant qui évaluera en fonction des mandats institutionnels des différentes structures concernées la solution optimale permettant d’exécuter au mieux les évaluations de politiques publiques ; la proposition de plan d’actions et la définition d’une liste de politiques publiques prioritaires à évaluer, assortie d’un chronogramme  et des mesures d’accompagnement.

L’évaluation des politiques publiques, en tant que nouvel outil d’aide à la décision publique, est apparue aux États-Unis dans les années 1960 avant de se développer au Royaume-Uni, dans les pays scandinaves puis dans les autres démocraties occidentales, vingt ans plus tard, notamment à l’initiative de la Commission européenne, qui en a fait une exigence règlementaire systématique dans le cadre des financements, alloués aux États membres à partir des années 1990.

Fortement liée à la rationalisation de l’action publique, l’évaluation vise à déterminer, dans quelle mesure, une politique publique qui a atteint les objectifs à elle assignés, et produit les impacts escomptés auprès des publics concernés.

Dès lors, la pratique d’une évaluation des politiques publiques, a fait savoir le ministre  Cheickna Seydi Ahamady DIAWARA, est devenue incontournable et s’avère une condition indispensable pour que les effets et résultats escomptés desdites politiques soient réellement visibles dans l’amélioration des conditions de vie des populations.

Cependant, du constat fait par le premier responsable du département de la Planification, de l’aménagement du territoire et de la population, cette évaluation reste très embryonnaire malgré l’existence de la fonction  d’évaluation de politiques publiques dans les missions de certaines structures et institutions.

En fait, il n’existe pas encore au Mali de dispositif national permettant des évaluations, selon une méthodologie communément admise et auxquelles participent toutes les parties prenantes.

Toutefois, en janvier 2011 et avril 2012, la direction nationale de la Planification du développement a organisé deux ateliers de sensibilisation des cadres nationaux à la problématique  de l’évaluation.

L’absence d’un tel outil est forcément un handicap majeur à l’optimisation des résultats des interventions, et de façon corollaire, à l’amélioration réelle des conditions de vie des populations.

C’est pour cette raison, et aussi pour donner plus de visibilité aux effets des interventions dans le domaine du développement, que le Programme de renforcement des capacités nationales pour une gestion stratégique du développement (ex-PRECAGED) avait initié en décembre 2012, avec l’appui du PNUD/Mali, une étude visant à proposer un cadre méthodologique pour l’évaluation des politiques publiques de développement au Mali.

Ce cadre méthodologique devrait permettre aux autorités de disposer d’un mécanisme approprié pour l’évaluation des politiques publiques dans un contexte de performance et de gestion axée sur les résultats.

Aussi, devrait-il permettre aux structures nationales de pouvoir se référer à des procédures et à des normes consensuelles en matière d’évaluation des politiques publiques.

Le Premier ministre, Moussa Mara, qui présidait la cérémonie d’ouverture, a souligné la grande importance de l’exercice car, reconnaît-il, chaque année, des sommes importantes sont investies pour l’amélioration des conditions de vie des populations.

Pour le chef de l’exécutif, le Gouvernement attache une priorité de premier rang à l’évaluation des politiques publiques. C’est dans ce sens que dans sa Déclaration de politique générale et le Programme d’action du gouvernement (PAG 2013-2018), il a instruit aux départements ministériels de procéder à une évaluation rigoureuse et permanente de l’action gouvernementale, à travers les contrats de performance qui leur ont été assignés.

Aussi, a-t-il rappelé, le Programme d’actions du gouvernement (PAG) traduit la vision du changement du Président de la République qui s’articule autour de six Axes stratégiques, à s’avoir : la mise en place d’institutions fortes et crédibles ; la restauration de la sécurité des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire national ; la mise en œuvre d’une politique active de réconciliation nationale ; la reconstruction de l’école malienne ; la construction d’une économie émergente ; la mise en œuvre d’une politique active de développement social.

« Le Gouvernement est pleinement engagé dans la mise en œuvre efficace de ce programme et veillera donc au choix judicieux des politiques publiques qui traduiront dans les faits les résultats concrets, permettant de changer le quotidien des citoyens et des populations bénéficiaires », a déclaré  le Premier ministre qui ajoute que la mise en place d’une plateforme d’évaluation des politiques publiques, assignée au ministre chargé de la planification s’inscrit dans ce cadre.

Mais d’ores et déjà, plusieurs de ces politiques sont en cours de mise en œuvre, à travers différentes générations ; et elles sont maintenant à leur phase de croisière.

Parmi celles-ci : les politiques nationales de décentralisation, de population, de santé, de protection sociale, de protection de l’environnement, d’éducation, de développement agricole, du genre…

En tous les cas, a conclu le premier ministre, le moment est venu de s’accorder sur une démarche méthodologique consensuelle, un cadre institutionnel adapté, des procédures claires et des rôles et responsabilités bien répartis entre toutes les parties prenantes, qui permettent aux décideurs de soumettre les politiques publiques à un jugement objectif, impartial, accepté de tous ou d’une large opinion, et qui met au centre de ses appréciations, le bien-fondé, la pertinence, la cohérence la validité, et l’efficacité desdites politiques.

Par Mohamed D. DIAWARA




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