Port d’acheminement de sable de Kalaban-Coro: un nouveau calvaire pour les filles rurales

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Prostitutions, viols de mineurs, proxénétisme, vente de stupéfiants, prolifération des MST/IST… la liste des maux qui sévissent le port d’acheminement de sable et de gravier de Kalaban- Coro sont loin d’être exhaustives. Le pire, c’est que c’est de jeunes filles rurales qui sont les plus touchées, dans cette ‘’mine’’ où les activités d’exploitation battent leur plein malgré la saison hivernale.

L’extraction du sable et du gravier était un métier jadis réservé aux hommes. Mais de nos jours, les femmes aussi maîtrisent parfaitement la pratique. Le drame sur les rives du Djoliba au niveau de Kalaban-Coro, c’est la ruée des aides ménagères venues des villages hameaux du pays pour se faire des trousseaux de mariage.
Depuis quelque temps, les jeunes filles rurales qui viennent à Bamako pour chercher leur trousseau de mariage, en faisant la servante dans les familles, ont décidé de changer d’activités. Désormais, la destination la plus connue pour sœurs qui ont décidé de ne plus se faire appeler « 52 », c’est les bords du fleuve à Kalaban-Coro, pour extraire le sable et du gravier toute la journée.
Nous y avons fait un tour la semaine dernière pour tenter de comprendre cet afflux massif des filles vers cette rive, un autre sanctuaire de toute sorte d’individus. Sans tuteurs, elles y élisent domicile dans les maisons inachevées, malgré les intempéries et les risques d’insécurité de toute sorte.

Un véritable monde à part
À l’entrée, des dizaines de camions-bennes sont alignés entre les tas de sables et de gravier. Non loin de là, des garrottes construites en pailles et couvertes de bâches en plastique. Ce port d’acheminement du sable et du gravier localisé à Kalaban-Coro est à l’image des sites des mines d’or. À l’image de ces mines d’or fréquentées par les orpailleurs, le port de Kalaban-Coro est devenu une véritable menace, malgré son apport dans l’économie nationale.
Il est dix heures, lorsque les abords du fleuve sont toujours mouvementés par les vendeurs ambulants qui produisent des bruits assourdissants. Les filles qui attendent une pirogue se mêlent des vendeuses ambulantes sous les roues des camions-bennes. À quelques mètres de là, Oumou, Kia, Mamou et Tata discutent avec un piroguier qui cherchait des clients pour transporter son sable sur la digue. Le marché conclu, ces filles se jettent dans la pirogue et chargent leur tasse en plastique et forment une file indienne vers la digue.
Ce travail rude est le quotidien de ces filles à l’instar des dizaines d’autres qui sont confrontées à tous les dangers et aléas de la vie. Deux de ces filles ont bien voulu nous relater leur vie diurne et nocturne au bord de ce fleuve pollué, non seulement par des excréments humains visibles, mais aussi par des pratiques prohibées. C’est-à-dire que l’activité du jour diffère de celle du jour.
AC, une ressortissante de la région de Mopti, enceinte de cinq mois, âgée seulement de 17 ans raconte : « Je suis arrivé là il y a une année. Je travaillais dans une famille à Baco-Djicoroni ACI. Je m’y plaisais vraiment. Mais ma copine m’a dit que les 10.000 FCFA que je gagnais chaque mois étaient petits. Elle m’a ensuite rassuré que nous pouvions gagner 3000 FCFA par jour. Ce qui nous fait 600 000 FCFA par mois, soit six plus que ce que je gagnais. J’ai tout de suite imaginé ce que je gagnerai en une année. Donc, je ne me suis pas faite prier pour la suivre. Une fois arrivée, elle m’a suggéré de prendre une chambre que nous payons ensemble. Depuis, nous sommes là. Mais j’ai réalisé que la vie d’ici coûte très cher. Car, tout s’achète ici. Et puis, ce n’est pas évident de gagner 3000 FCFA par jour. Souvent, nous ne gagnons que 2000 FCFA et il faut se prendre en charge avec la somme gagnée. Cette grossesse est arrivée comme ça. Je ne l’avais pas désirée ». Le hic, c’est qu’AC ne connait même pas l’auteur de sa grossesse.
Plus lion, nous voyons une fille qui était allée engager une discussion avec piroguier. C’est MD, elle aussi est dans cet enfer depuis deux ans. MD est originaire de San. Elle n’est pas allée au village, depuis qu’elle a commencé cette histoire d’extraction de sable. Sur la plage, MD vie en concubinage avec ce piroguier, depuis quelques mois. Comme les autres, elle est venue au bord du fleuve dans le but de gagner beaucoup de sous et rentrer très vite au village. Cependant, elle y a découvert une autre vie sûre dans ce port.
Prise au piège de son concubin qui la maltraite souvent, MD ne sait plus à quel saint se vouer. Elle nous raconte sa mésaventure : « Je travaille ici et j’ai pu envoyer quelque chose au village deux fois seulement. L’homme avec lequel je vis m’a proposé de lui donner mon argent pour qu’il le garde pour moi. Mais il ne m’a rien donné, depuis 7 mois. La fois dernière que je le lui ai demandé de me donner mes sous, il m’a battue. Je lui ai demandé de me donner un peu de sous pour aller me soigner, il m’a donné une poudre de décoction en me disant que c’est une maladie d’eau qui attrape tous les travailleurs ici, tout en me rassurant que ça va guérir. Il refuse de me donner de l’argent. Pire, il me menace de me chercher et me tuer si toute fois je le quittais. Je dis à toutes les filles qui n’ont pas encore découvert les bords du fleuve de ne jamais l’essayer. Ici, c’est un gouffre. Si tu y entres, il te sera très difficile de t’en sortir ».
Malgré tout, même demain de nouvelles candidates viennent y poser leurs valises à la recherche du gain facile. Si les autorités compétentes ne font pas quelque chose, les abords du fleuve Niger à cet endroit deviendront un nouveau refuge pour des bandits de toutes les pointures.
Pourtant, les bords du fleuve ne sont pas loin de la gendarmerie de Kalaban-Coro. Mais ils s’y font rares : « Si on voit des gendarmes ici, c’est qu’il y a un crime ou une bagarre collective entre les filles et les piroguiers et cela même est très rare », nous dit un vendeur ambulant. Les autorités sont en tout cas averties !

Par Christelle KONE

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