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jeudi 21 septembre 2017
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Pourparlers d’Alger: c’est terminé

Les pourparlers inter maliens à Alger, censés reprendre le mois de février prochain, se trouvent pris dans un grand tourbillon, en raison du regain de violences entre les groupes armés et surtout les récentes déclarations du mouvement séparatiste du MNLA de suspendre sa collaboration avec la MNUSMA, suite au raid mené par celle-ci sur ses positions dans la localité de Tabankort, mais également de se retirer du processus de paix inter malien en cous à Alger.
Au regard des derniers développements sur le terrain, tout semble indiquer que les négociations en cours semblent irrémédiablement comprises.

Les négociations de paix en cours dans la capitale algérienne se trouvent, aujourd’hui, dans un tournant décisif au regard de la dégradation de la situation sécuritaire au Nord du Mali qui ne plaide pas du tout en faveur d’une résolution rapide de la crise. En tout cas, pas pour l’instant, en considération des positions et déclarations du mouvement indépendantiste du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) qui ne sont pas de nature à calmer le jeu surtout à ce moment où tous les regards sont tournés vers Alger qui doit, en principe, accueillir, en février prochain, les protagonistes de la crise pour le cinquième round des négociations.

Versions divergentes
Et pour cause: le 20 janvier 2015 à Tabankort, la MINUSMA a ouvert le feu sur des positions des groupes armés, en réaction, dit-elle, à des tirs qu’elle impute à ceux-ci.
La Minusma a été « contrainte de recourir à la force, en riposte à des tirs directs à l’arme lourde sur ses casques bleus à Tabankort (…) conformément à son mandat qui l’autorise à user de la force pour protéger les populations civiles, son personnel et ses biens, en cas d’attaque ou de danger imminent », indique-t-elle dans un communiqué.


Après avoir affirmé qu’«il n’y a pas d’autre choix en dehors de la solution pacifique à la crise dans le Nord du Mali», le nouveau chef de la Minusma, Mongi Hamdi, a souligné, en fin de la semaine dernière, dans la capitale algérienne, que toute action menée par la Minusma sur le terrain a pour objectif de «mettre un terme à la crise et pour ne pas compromettre les chances de réussite du processus de paix globale dans la région nord du Mali».
Cette version est réfutée par le MNLA qui soutient que ce sont les forces onusiennes qui ont tiré en premier.
En ne contribuant plus à entretenir la confusion autour de cet événement, le secrétaire général du Gatia, Fahad Ag Almahmoud, a indiqué qu’il n’y a pas eu de tirs de la Minusma contre les groupes séparatistes et que ce sont plutôt leurs combattants qui ont infligé ces lourdes pertes en vies humaines et matérielles aux indépendantistes considérés d’ailleurs comme des terroristes.
«Aucun véhicule du camp adverse n’était à 15 Km de nos positions et nos combattants n’ont vu aucun hélicoptère de la Minusma dans les airs à Tabankort. Donc, il ne pouvait pas y avoir de tirs aériens sur les éléments de la Coordination», a expliqué M. Fahad.
En attendant d’en savoir plus sur la véracité de ces trois versions, l’on peut déjà faire le constat que cet incident a provoqué 11 morts et 21 blessés du côté des combattants des groupes armés, si l’on en croit le MNLA.

La diplomatie au secours
Il n’en fallait pas plus pour susciter la colère des habitants de Kidal qui, en guise de représailles, s’en sont pris violemment aux installations des forces onusiennes.
Une situation qui n’est pas sans provoquer des réactions, au plan diplomatique.
L’Algérie, chef de file de la médiation dans le dialogue inter malien, représentée par son ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, et l’Onu par la voix de son représentant au Mali, Hamdi Mongi, chef de la Minusma, ont souligné, jeudi soir dans un communiqué conjoint, que les développements « extrêmement préoccupants » survenus au Nord du Mali sont « de nature à mettre
en péril le processus de paix en cours à Alger ».
Ils ont exhorté les différentes parties à « favoriser la création d’un climat de sérénité et de confiance, nécessaires à la reprise, dans le courant du mois de février, du processus de paix en cours en vue de parvenir dans les meilleurs délais à un accord global et définitif, seul à même de permettre le rétablissement de la paix et la lutte efficace contre le terrorisme et le crime organisé ».
Des déclarations qui prouvent, si besoin en était, de l’état de vives tensions qui règnent dans le Nord du pays et de la dégradation sécuritaire qui interpellent les acteurs impliqués dans le processus de paix en cours dans notre pays.
Certes, les parties maliennes, concernées (gouvernement et groupes armés) étaient, lors des dernières consultations, unanimes sur la reprise du dialogue inclusif et la conclusion d’un accord global final. Aussi, ont-elles tenu à réaffirmer leur engagement pour la paix et souligné leur attachement aux dispositions de l’accord de cessez-le feu du 23 mai 2014 et ses modalités de mise en œuvre du 13 juin 2014 ainsi que la déclaration de cessation des hostilités du 24 juillet de la même année.

Les représailles du MNLA
Mais, ces déclarations cachaient mal la réalité de la situation qui prévaut sur le terrain et surtout la mauvaise foi des responsables du MNLA de torpiller le processus.
D’abord, le MNLA déclare suspendre sa collaboration avec la Minusma jusqu’à nouvel ordre.
Pour une éventuelle reprise de sa coopération avec la mission onusienne, il exige de la MINUSMA, des explications et des excuses publiques et officielles. Le groupe rebelle exige ensuite le dédommagement de toutes les victimes ainsi qu’une « véritable neutralité de la Minusma » dans la crise du Nord du Mali. Le MNLA ajoute à sa liste, la demande de l’ouverture d’une enquête internationale pour faire la lumière sur ces tragiques événements de Tabankort.

Selon le mouvement, la Minusma s’est rendue « coupable de dérapages incroyables et inexplicables qui sont en contradiction avec sa mission ».
En prétextant du bombardement des forces de la MINUSMA sur ses positions, le mouvement séparatiste menace aussi de quitter la table des négociations. Ce qui, du reste, n’est guère surprenant. Car, ce mouvement, qui n’a pas encore renoncé à son projet de fédération, a toujours cherché un alibi pour faire obstruction aux négociations en cours à Alger dont on sait qu’elles ont écarté d’office toute idée de sécession de l’Azawad.
De ce point de vue, les incidents de Tabankort ont été instrumentalisés à cette fin pour justifier leur éventuel retrait des négociations d’Alger. Et l’alibi, il semble l’avoir trouvé en provoquant les forces onusiennes, convaincus que celles-ci ne resteront pas les bras croisés.

Menace sur le processus

Les revendications du MNLA sont-elles de nature à compromettre le processus d’Alger dont une étape décisive commence bientôt?
Au regard de la réalité de la situation sur le terrain, tout semble indiquer que le processus de dialogue en cours est irrémédiablement compromis. Car, au regard des positions tranchées des parties à la fin du quatrième round sur le statut politique de l’Azawad, la crise de confiance entre les acteurs et les récents développements sécuritaires intervenus au Nord du Mali, consécutifs à l’incident de Tabankort, il y a de sérieuses hypothèques qui pèsent sur ces pourparlers inter maliens, lesquels, malgré quelques péripéties, sont passés par quatre rounds sous la conduite d’une médiation internationale menée par l’Algérie avec une certaine avancée.
Et partant de ces faits, on est donc fondé de croire, qu’à partir de ce qui se passe sur le terrain, il y a un certain pessimisme sur l’aboutissement du processus.
Par Mohamed D. DIAWARA




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