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mercredi 25 mai 2022
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Pourparlers d’Alger: IBK va-t-il se laisser trimbaler ?

Les Maliens qui attendent de tous leurs vœux une issue définitive à cette crise qui les occupe et préoccupe depuis trois ans, se sont depuis fait leur religion. Pour le citoyen lambda : ces interminables discussions en cours à Alger n’ont qu’un seul objectif : contraindre le régime d’IBK à accepter l’inacceptable, qui n’est autre que la division du pays et des Maliens en deux catégories de citoyens.

Après des mois de va-et-vient, le gouvernement à travers ses représentants dûment mandatés est de nouveau à Alger. Cette fois-ci, pour, dit-on, finaliser un accord de paix dit global et inclusif. Suspendues jeudi dernier dans une atmosphère orageuse, les négociations entre notre délégation et celle des groupes armés ont repris lundi 16 février dans la capitale algérienne après les frictions et les volte-face habituelles de ces derniers.
Sur la dernière ligne droite, les groupes armés fortement malmenés sur le terrain au plan militaire par leurs adversaires de la Plateforme ont exigé, via la Mission onusienne une cessation des hostilités et l’établissement d’une zone tampon dans le secteur disputé depuis plusieurs mois. Pour les groupes de la Coordination des mouvements de l’Azawad,mettre un terme aux affrontements qui tournent systématiquement en leur défaveur, depuis décembre, est non seulement un préalable à la poursuite du processus, mais bien plus, c’est une équation de survie.
Aussi, depuis le début du mois, notamment l’échec de l’imposition de l’accord d’exclusive de la ZTS de Tabankort, une intense pression est exercée sur le gouvernement malien qui est accusé à tort d’être le mentor de ces groupes nationalistes et patriotiques. La Minusma, discréditée pour avoir trempée dans la connivence, a appelé le Conseil de sécurité à la rescousse qui, non seulement presse le gouvernement d’aller rapidement dans le sens d’un accord définitif, mais aussi de consentir à nouveau des «mesures de confiance» pour y parvenir.
À la suite du Conseil de sécurité de l’ONU, ce sont l’Union européenne et l’UA, ainsi que les grandes chancelleries qui entonnent le refrain de l’urgence à parvenir à un accord. Toutes choses qui sont des pressions à peine violées sur l’État malien, accusé ouvertement par certains de vouloir traîner le pas pour gagner du temps et par d’autres d’avoir armé des milices progouvernementales pour compliquer le cours du processus de paix.
Par la voix du Premier ministre, Modibo Keïta, présent à Alger pour le démarrage officiel de ce 5ème round en 8 mois de processus, le Mali a réaffirmé sa volonté de parvenir à un accord, donné des gages de bonne volonté et lancé un appel aux «frères» de mauvaise foi à écouter les messages d’outre-tombe et de se convertir aux vertus de la paix. Mais, cela suffit-il à convaincre et à décider l’ensemble des protagonistes d’œuvrer en toute impartialité et en toute inclusivité pour l’avènement de la paix et de la réconciliation dans un Mali uni et indivisible ? Notre pays, suivant les conseils de ses partenaires loyaux et sincères, est-il prêt à concéder sur les réserves qu’il a formulées sur l’Accord ?
Le Mali dit comprendre l’impatience, voire la nervosité de certains membres de l’équipe internationale de la Médiation, qui dure depuis 8 mois. Notre pays, reconnaissant envers tous les efforts déployés par les uns et les autres, continue de faire confiance à la médiation, notamment à son chef de file algérien. Mais il ne peut ne pas tenir compte aussi de sa propre opinion nationale qui a des raisons légitimes d’être inquiète. Si la conduite du processus par Alger avait suscité beaucoup d’espoir au Mali, au regard de la tournure et des incertitudes qui entourent les pourparlers, les Maliens sont de plus en plus dubitatifs, inquiets et pessimistes.
Leur pessimisme n’est pas tant lié à la longueur des pourparlers (cela fait plus de huit mois que ça dure). Ils savent qu’ailleurs, en Afrique, sur certains foyers de tension, par exemple le cas rwandais, les protagonistes ont fait plus d’un an de dures discussions afin de parvenir à un accord de paix. Ce n’est pas non plus le contexte tendu de la reprise de ces discussions, caractérisé par une escalade de la violence dans de nombreuses localités des régions nord du pays, qui motive leur pessimisme. Là aussi, en comparaison avec ce qui se passe en Ukraine,où la phase cruciale des négociations coïncide généralement avec une montée du mercure qui amène les protagonistes à étendre leur zone d’influence avant d’être sur la table de négociation en position de force, l’opinion nationale peut s’alarmer moins.
Ce qui fait douter les Maliens de l’issue d’un accord de paix durable, ce n’est nullement la surenchère coutumière de la Coordination des séparatistes qui, à chaque cycle, multiplie propagande et chantage en exigeant, avant toute reprise des discussions, le désarmement du camp d’en face, à savoir le Gatia qui ne fait plus mystère de sa volonté d’étendre son emprise dans les confins de Kidal, la zone supposée être le fiel des séparatistes du Mnla.
En fait, ce qui plombe l’enthousiasme des Maliens quant à un accord de paix définitif, global et inclusif, c’est bien toute cette pression insoutenable actuellement exercée sur le régime du président IBK de signer, au plus vite, donc d’entériner, un préaccord qui ne peut ni établir et garantir la paix, ni restaurer et sauvegarder l’unité nationale et l’intégrité du territoire malien. Toute chose qui voudrait dire qu’on presse le président IBK, sous prétexte d’urgence, d’accepter ce que personne n’accepterait chez lui-même.
Or, par courtoisie et par reconnaissance envers la Communauté internationale, le président IBK peut se laisser trimbaler sur le dossier, mais il n’est pas homme à accepter que le Mali soit divisé sous son mandat. Les paris sont ouverts !
PAR SÉKOUBA SAMAKÉ




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