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lundi 16 octobre 2017
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Pourparlers d’Alger: le jeu trouble de nos amis…

Un pays « ami » du Mali qui l’a démontré récemment à travers deux visites historiques de son chef suprême et qui assure la prise en charge de 620 Touareg pour aller créer le surnombre à Alger IV et conditionner ainsi l’opinion publique internationale ; le MNLA qui choisit le 20 novembre dernier pour la reprise de la  distribution des cartes d’identité de l’Azawad, sont des actes qui mettent à rude épreuve le politiquement correct et l’engagement à préserver l’unité et l’intégrité territoriale du Mali.

Notre pays est devenu le champ d’expression d’une rivalité historique entre ce pays « ami » dont le Mali a sollicité l’implication pour une sortie de crise heureuse et cet autre pays « ami », l’Algérie, tous les deux maghrébins.  Cela n’a échappé à personne depuis l’éclatement de la crise multidimensionnelle en 2012.

Les accointances douteuses avec le MNLA

Le premier pays dont il est question avait pourtant annoncé les couleurs de ses ambitions sans que l’on ne s’en préoccupe outre mesure. En recevant le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), officiellement pour leur demander de renoncer à leurs velléités autonomistes,  le 29 août dernier. C’est le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération ainsi que la ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, qui étaient chargés d’accueillir, avec la solennité la plus formelle et une diplomatie due aux hôtes de marque, la délégation des rebelles maliens du MNLA.

Au cours de la rencontre, rapporte un confrère, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération a déclaré que   le chef suprême «  soucieux de voir le peuple malien jouir de la paix, de la stabilité et du progrès, est déterminé à apporter une contribution agissante aux efforts visant à parvenir à un règlement politique qui satisfait toutes les parties, dans le cadre de l’unité territoriale du Mali, et à jeter les bases, constantes et durables, d’un compromis à même de faire face aux mouvances extrémistes et terroristes qui menacent la région du Sahel et du Sahara et les Etats du Maghreb ».

Cependant, le même ministre dira également que cette entrevue « s’inscrit dans le cadre des efforts continus de communication et de concertation avec le Mouvement National de Libération de l’Azawad pour pouvoir suivre le développement de la situation au nord du Mali. ».

Sur quelle base le MNLA, à l’exclusion des autres groupes, est-il retenu pour des efforts continus de communication ? Il y a forcément anguille sous roche.

Il est important de rappeler qu’il ne s’agissait pas de la première visite que le groupe rebelle effectuait dans ce pays. En effet, en début d’année, le MNLA avait eu l’honneur d’être reçu par la première personnalité de ce pays « ami ». Un honneur fait à très peu de chefs d’Etat

Mobilisation contre le Mali

En bon Maliens, les pouvoirs publics font confiance aux amis du Mali jusqu’à preuve du contraire.

La récente phase des pourparlers d’Alger, du 20 au 26 novembre dernier, a étalé au grand jour que ce ne sont pas seulement les puissances occidentales qui viennent défendre leur beefsteak dans le dossier du Nord du Mali. Il y aussi ce pays maghrébin qui a des intérêts inavoués à défendre contre le chef de file de la médiation, l’Algérie, et dont le Mali subit les dommages collatéraux.

Ce pays, grand ami du Mali, qui vient des signer plusieurs conventions de partenariat portant sur plusieurs milliards FCFA, n’a pas hésité à sortir la grosse artillerie à l’occasion des pourparlers d’Alger.

Selon une source bien informée, ce sont environ 620 Touareg qui ont été mobilisés pour aller investir Alger, lieu de la rencontre. Ils ont été transportés, logés et nourris gracieusement et majestueusement dans la capitale algérienne.

Point besoin d’être une foudre d’intelligence pour réaliser que ce choix, hautement stratégique, participait de la mise en œuvre d’objectifs clairement identifiés.

Primo, avec plus de 600 figurants sur la scène, il est difficile que la présence des Touareg passe inaperçue. Ils étaient là, bien là et très bien visibles. Ce, d’autant plus que la délégation malienne comptait à peine une cinquantaine de membres. En termes de nombre, elle était proprement noyée.

Cette démonstration de force, réalisée avec la complicité d’un pays ami, était loin d’être anodine. Et pour cause, elle permettait de convaincre l’opinion publique internationale, que contrairement aux déclarations faites par-ci et par-là, la cause de l’Azawad est largement partagée par les populations, comme en atteste leur grande mobilisation. Elle conférait au MNLA une légitimité, créée de toute pièce pour les besoins de la cause.

Pour une opinion déjà prédisposée à défendre les hommes bleus du désert (un fantasme à la vie dure en Occident), le tour est facilement joué et le Mali se retrouve seul contre tous.

Secundo, en rangeant l’opinion internationale derrière le MNLA, à travers une vague de sympathie sans précédent, ce sont les efforts de l’Algérie qui s’en trouvent torpillés. Comme médiateur en chef, sa posture de neutralité devient difficilement tenable. Il n’est donc pas étonnant qu’il fasse la part belle aux rebelles dans le document de synthèse, soumis aux parties en pourparlers à Alger. Là également, le Mali est une victime collatérale d’une rivalité entre deux pays et sur un dossier qui n’est pas le sien.

La bonne foi à vau-l’eau

Requinqué à bloc par ce soutien qui est loin d’être inattendu de lui, le MNLA a décidé de saborder la phase IV des pourparlers intermaliens d’Alger. C’est en effet de façon très officielle qu’il a repris la distribution des cartes d’identité de l’Azawad, le 20 novembre, exactement le jour de démarrage des pourparlers. Pour une défiance vis-à-vis du Mali et de l’ensemble de la communauté internationale, c’en est bien une. Après la proclamation de l’indépendance de l’Azawad (non reconnue par la communauté internationale), le 6 avril 2012 ; la confection du drapeau de l’Azawad qui flotte au vent de Kidal ; le choix d’une devise ; la mise en place d’un comité transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA), le MNLA franchit un palier supérieur en posant un acte de souveraineté en confectionnant sa carte d’identité.

Explicitement, la partition du territoire national est consommée pour le MNLA. Pourtant les textes sont clairs en la matière.

La Constitution du Mali, du 25 Février 1992, celle qui est en vigueur, dispose en son article 25: «  Le Mali est une République indépendante, souveraine, indivisible, démocratique, laïque, et sociale.

Son principe est le Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Les institutions de la République sont : le Président de la République; le Gouvernement; l’Assemblée nationale; la Cour suprême; la Cour constitutionnelle; la Haute Cour de justice; le Haut Conseil des Collectivités territoriales; le Conseil économique, social et culturel.

L’emblème national est composé de trois bandes verticales et égales de couleurs vert, or et rouge.

La devise de la République est : « Un peuple — Un but — Une foi »

L’hymne national est « Le Mali ».

La Loi fondamentale ne prévoit donc pas un émiettement du pays.

Dans le Préambule de l’Accord préliminaire de Ouagadougou, du 18 juin 20013, document de référence des négociations de paix (Cf Feuille de route des négociations dans le cadre du processus d’Alger),  les Parties ont réaffirmé leur attachement à la Constitution de la République du Mali du 25 Février 1992

L’article 4 de l’Acte constitutif de l’Union africaine dispose : « Respect des frontières existant au moment de l’accession à l’indépendance ».

Par la Résolution 2164 adoptée en sa 7210e séance du 25 juin 2014, le  Conseil de sécurité des Nations unies réaffirme « son ferme attachement à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali ».

Nonobstant toutes ces dispositions, le MNLA continue à braver le monde entier. Aucune organisation ne trouve à redire comme lorsqu’il s’est donné le droit de distribuer des cartes d’identité.

En ce qui est du groupe rebelle, le jeu est clair : user de tous les moyens licites et illicites pour créer une entité de l’Azawad sous son contrôle.

Par contre le jeu devient trouble de la part de tous ces acteurs qui deviennent étonnamment aveugles et aphones face aux actes de défiance du MNLA.

Aucune espèce d’ingratitude, mais le constat s’impose à l’évidence: Le MNLA peut se permettre toutes les violations possibles. Cela remet fondamentalement en cause ce que la communauté internationale a appelé de tous ses vœux, à savoir « la bonne foi » et dont elle ne s’est elle-même jamais approprié dès qu’il est question du MNLA. Cette attitude du deux poids, deux mesure n’est pas de nature à simplifier une donne autrement très complexe. Va-t-on enfin arrêter de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ?

Par Bertin DAKOUO

 




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