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jeudi 21 septembre 2017
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Pourparlers Inter Maliens d’Alger: les dessous du forcing français

La crise malienne s’achemine-t-elle, lentement, mais sûrement,  vers sa fin ? Est-ce réellement le bout du tunnel qui s’ouvre inexorablement pour notre pays, après l’échec du dernier round des négociations inter maliennes que certains observateurs disaient être la dernière chance pour la partie gouvernementale et les groupes rebelles de parvenir à un accord de paix ?

Aux regards des récentes déclarations du ministre français de la Défense, Yves Le Drian qui a donné l’ordre pour que les négociations en cours « aboutissent en janvier 2015 » et que « la feuille de route (négociée ces derniers mois) soit validée, même s’il faut, pour cela passer par « pressions nécessaires », tout semble indiquer que le dialogue, qui a pris du plomb dans l’aile, va se mettre très prochainement sur les rails. Est-ce l’effet de la libération de son dernier otage ?

Les hypothèses les plus diverses ont circulé ces derniers temps sur les négociations entre les parties maliennes sur la crise politico-sécuritaire  dans les régions du Nord,  dont la question centrale est celle posée par les indépendantistes touareg.

Ce chassé-croisé de points de vue contradictoires a été savamment entretenu par les groupes rebelles séparatistes et encouragé par un certain lobby raciste, tapis dans l’ombre, lequel s’est inscrit dans une logique de partition du pays.

Les ordres de Paris

S’il y a un mois encore, dans la capitale algérienne,  l’on s’attendait théoriquement à ce qu’il y ait de vraies indications sur la possibilité d’un accord entre les belligérants, mais qui s’est achevé par un échec patent,  aujourd’hui, de nouvelles perspectives s’offrent aux parties, qui se retrouveront, dans quelques jours à Alger, de parvenir à cet accord.

Ce souhait ou ce résultat, tant entendu, ne dépendra plus désormais du bon vouloir des parties en conflit : le gouvernement et les mouvements rebelles, mais de l’exigence de la France qui veut que les négociations de paix, sous médiation algérienne, aboutissent en début d’année de l’an 2015. Ce cap, qui semble être un ultimatum de Paris pour parvenir à une solution négociée dans ce qu’il convient d’appeler l’ »Affaire de Kidal », a été fixé par le ministre français de la Défense, Yves Le Drian.

Le puissant ministre, qui relaye certainement la position officielle de Paris, a tenu ces déclarations, avant-hier dimanche, dans des interviews accordées à nos confrères de RFI/TV5-Monde et à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

En parlant des pourparlers inclusifs inter maliens,  dont les négociations de fond sont entamées, depuis septembre dernier, sans une réelle avancée (les deux parties se campant toujours sur leurs positions sur la question du statut de l’Azawad), le ministre Le Drian, dont on dit appartenir à cette aile dure, s’est voulu ferme :

« La perspective c’est janvier, avec la pression nécessaire pour que ça aboutisse. Pas uniquement en terme politique. Il y a aussi une dimension économique, un développement nécessaire du Nord-Mali », a-t-il souligné. Tout en rappelant la nécessité pour les acteurs du caractère obligatoire du respect des engagements souscrits.

En termes clairs : «Il faut que la feuille de route (négociée ces derniers mois) soit validée » en janvier à Alger, a-t-il insisté.

Comme un général qui commande ses troupes dans un champ de bataille, Le Drian ordonne aux hauts responsables des mouvements armés du Nord ainsi qu’aux autorités gouvernementales, signataires de la feuille de route d’Alger, qu’ils soient présents dans la capitale algérienne pour l’échéance fixée.

L’heure de vérité ?

«Cela implique qu’aux négociations d’Alger, les groupes armés, signataires soient représentés par leurs plus hauts responsables. Idem du côté de Bamako. Tout le monde doit comprendre que l’heure de vérité approche », a fait savoir M. Le Drian.

Comme on le voit, si le gouvernement et les Mouvements du Nord, d’un côté, et le médiateur algérien, soutenu par l’ONU, l’Union africaine et la Cedeao, de l’autre, se sont fixés comme objectif d’avancer au bout de 100 jours, vers la signature d’un accord de paix globale et définitive, avant la fin de l’année, la nouvelle échéance établie par Paris n’est pas loin de ce timing.

C’est pourquoi, sans vouloir donner l’impression de marcher sur les plates-bandes de l’Algérie, qui veut elle aussi démonter son rôle de leadership dans la sous-région, la France, par la voix de son ministre, s’est empressée de réaffirmer son soutien aux efforts que déploie ce pays dans la résolution de la crise.

«Nous soutenons la médiation algérienne et souhaitons que d’un côté comme de l’autre, on fasse les avancées nécessaires pour qu’enfin, après des années d’incompréhension, voire de combats, ce pays puisse retrouver la sérénité globale et que les groupes armés signataires puissent entrer dans le processus démocratique de la république du Mali », a-t-il précisé.

Ces propos du ministre français de la Défense ne sont pas sans rappeler ceux de son Président, François HOLLANDE, qui à la veille de la reprise de la phase III des négociations, avait exprimé son souhait que les parties aboutissent rapidement à un accord définitif.

Si cette réaction de l’Elysée est somme toute compréhensible, certains spécialistes des questions sécuritaires se disent surpris à l’époque que Paris s’offusque du fait que les pourparlers directs traînent le pas.

D’après ce milieu sécuritaire, c’est la position ambiguë de la France, face à la question touarègue, qui a contribué à donner des ailes aux groupes armés du Nord, notamment le MNLA, et à mettre Bamako dans l’embarras. Et d’ajouter que si la France n’avait pas joué un jeu trouble dans la pacification du Nord-Mali, le MNLA serait depuis longtemps rentré dans la République.

C’est pourquoi, elle ne devrait donc pas s’étonner de la conduite de ce mouvement qui, admet-il, ne facilite pas les négociations à travers ses surenchères.

Réflexe de colonisateur

En tous les cas, une chose est sure : si le MNLA renonçait clairement à son idée d’indépendance de l’AZAWAD, les choses iraient vite et mieux.. Car, il ne fait aucun doute que c’est lui qui semble le plus bloquer les négociations, parce qu’il négocie avec un sabre dans son manteau, à cause du statut de Kidal qu’il revendique à cor et à cri. Et face à une telle intransigeance, ce n’est pas demain la veille qu’on aboutira à un accord qui soit accepté de tous.

Par ailleurs, en fixant à janvier prochain, comme repaire de la conclusion d’un accord, cette attitude de la France métropolitaine ne surprend guère aucun observateur averti de la scène politique malienne. Puisque c’est avec le même réflexe de colonisateur et du devoir de reconnaissance de notre pays envers ce pays (il venait de libérer notre pays des mains des djihadistes) que le Président Hollande a fixé la date des élections présidentielles de 2013 dans notre pays.

«Nous voulons qu’il y ait des élections au Mali, à la fin du mois de juillet. Et ça, nous serons intraitables là-dessus. Deuxièmement, il faut qu’il y ait ce dialogue avec toutes les composantes de la société malienne», a-t-il ajouté, lors d’un entretien accordé à la chaîne de télévision publique France 2.

Même si les Maliens trouvent que “ Papa Hollande ” en a fait un peu de trop, ils savent que le pays n’avait pas vraiment le choix. Car, en ces temps même, si certains doutaient de la réussite de ces scrutins, il fallait également tenir compte du fait que le Mali était étranglé financièrement. Les aides internationales étaient suspendues, depuis le coup d’Etat de mars 2012. Tant que nous n’avions  pas voté, nous n’aurons pas d’aide internationale. Alors autant en finir au plus vite, pour retrouver un peu d’oxygène.

Si la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui, l’opinion nationale se demande ce qui a pesé sur la balance pour que la France, très distante au début, se réapproprie soudainement des négociations maliennes.

Est-ce la libération de son dernier otage, Serge LAZAREVIC, y est-elle pour quelle que chose ? Ou est-ce que Paris s’est rendue compte qu’elle a été bernée par les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad de sa  capacité réelle à l’aider dans la lutte contre le terrorisme et la libération de ses otages ? Qu’implique désormais cette rupture brutale entre la Paris et son ex protégé que le même ministre Le Drian présentait  comme des amis de la France ?

Rupture des amis d’hier

« Je le dis pour aujourd’hui mais je le dis aussi pour demain, les Touaregs, sauf ceux qui se sont laissés embrigader par des groupes terroristes que nous condamnons totalement, (…) sont nos amis », a-t-il déclaré mercredi 22 janvier 2013 sur l’antenne de FRANCE 24.

Au moment où le ministre de la Défense tenait ses propos, d’autres responsables français, en coulisse, se révèlent nettement plus embêtés par la situation.

«C’est vrai qu’on est gênés aux entournures, avoue un officier français. La France n’a pas de position claire. La fiabilité du MNLA est très moyenne, et c’est exact qu’il y a parmi eux de vrais bandits, et même des gens d’Aqmi qui l’ont rejoint. Nous sommes coincés entre deux instrumentalisations : celle du MNLA qui veut faire croire à son rôle de chevalier blanc de la cause touareg, et celle du gouvernement de Bamako, qui ne veut pas ouvrir les yeux sur un réel problème politique au Nord-Mali. Mais dès qu’on décidera du contraire, cela pourrait aller très vite.»

Est-ce vraiment le cas avec cette opposition affichée des autorités françaises qui siffle ainsi la fin de la récréation, en intimant aux mouvements armés de rentrer dans les rangs ?

Autant dire que si les rebelles s’entêtent dans leurs velléités scissionnistes, ils se mettront contre la légalité internationale, mais aussi en se mettant en porte à faux de leurs propres engagements, contenus dans l’Accord préliminaire de Ouagadougou et la Feuille de route d’Alger dans lesquels ils reconnaissent noir sur blanc l’intégrité territoriale du Mali.

En vérité, seule la bonne foi peut permettre aux parties en conflit, en l’occurrence le gouvernement et les différents groupes du Nord du pays de privilégier l’intérêt général au détriment des intérêts claniques, partisans et égoïstes et surtout d’arriver à la conclusion d’un accord de paix souhaité par tous.

Par Mohamed D. DIAWARA

 




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