Présences militaires à Kidal : qui fait quoi?

Kidal, la ville et la région, ont la particularité d’être, depuis le début de l’intervention française, de cristalliser toutes les passions internes maliennes et de focaliser toutes les stratégies militaires. «Kidal, capitale des rebelles touareg» ; «Kidal, aux mains des rebelles touareg», «Kidal, contrôlée par les combattants touareg»… Au-delà de la propagande du MNLA quotidiennement reprise par les relais français (RFI, France 24), en termes de rapports de forces militaires opérationnelles, qui contrôle réellement aujourd’hui Kidal? Une première réponse s’impose d’évidence, avec beaucoup d’amertume et de fierté émoussée: ce n’est pas l’armée malienne. En effet, depuis la débâcle du 17-21 mai, suite à la désormais visite très controversée du Premier ministre, Moussa Mara, visite qui a fait une cinquante de morts, l’armée malienne est absente de la ville de Kidal. Chacun se rappelle que l’accord de cessez-le-feu obtenu par le président de l’Union africaine, le mauritanien, Mohamed Abdel Aziz, avait entrainé la cessation des hostilités mais aussi «un nouveau départ sans gloire des forces maliennes et de leurs tous nouveaux bataillons formés par l’Union européenne». Depuis, les soldats maliens sont partis; dans le nord du pays, l’armée nationale ne monte plus au-delà de al-Mustarat. A Tessalit, le bataillon Sigui reste cantonné. Depuis, les groupes armés ont quitté leur cantonnement et paradent à nouveau dans Kidal avec leurs armes. Contrôlent-ils pour autant la ville? Le MNLA, le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), trois mouvements signataires du cessez-le-feu, contrôlent et veillent sur le couvre-feu. Sont-ils pour autant les maitres de la ville? En terme de présence militaire «conventionnelle», les trois groupes armés (HCUA, MNLA, MAA) coexistent pacifiquement avec les forces internationales: 30 soldats français de l’opération Barkhane installés dans le «camp numéro 2» abandonné par l’armée malienne et 1000 casques bleus de la force de l’ONU Minusma installés dans le «camp numéro 1» qui a été la cible, le 7 octobre dernier, d’un tir de mortier. Comment le travail est reparti entre les groupes armés, la poignée de soldats de l’opération Barkhane et les 1000 casques? Si les groupes armés sont chargés des opérations de police (check-point et couvre-feu), la force Barkhane est chargée des patrouilles à l’extérieur de la ville, tandis que les «Djambars» sénégalais et les FATIM (Forces armées tchadiens intervenant au Mali) ont officiellement pour mission de sécuriser et de défendre la ville de Kidal. Notons que ce sont les forces tchadiennes qui ont payé le plus lourd tribut de cette dangereuse guerre contre le terrorisme à Kidal avec 54 soldats tués en 18 mois et plus 100 blessés. Malgré tout, en solidarité avec notre pays, le Tchad vient de décider d’augmenter son contingent; il comptera bientôt 1 400 soldats, répartis entre Kidal, Tessalit et Aguelhok. Bertin DAKOUO

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