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jeudi 13 décembre 2018
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Présidentielle 2018: quand l’enjeu menace le jeu démocratique

Entre assurances, appréhensions légitimes, impératifs et catastrophisme, l’élection présidentielle de juillet prochain n’en finit plus de faire couler de l’encre et de la salive. Ce, alors qu’il se pose, tel un impératif, de gager sur la stabilité du pays.

Mais, l’enjeu va-t-il tuer le jeu démocratique ? En tout cas, ce n’est pas la grande sérénité dans les camps politiques, à quelques mois de l’élection du Président de la République. La preuve tangible de cette frénésie est le black-out quasi-total fait sur les élections d’avril 2018, c’est-à-dire dans moins de 3 mois, conformément à l’annonce faite par le Gouvernement, après le report de décembre pour obtenir un consensus. Il s’agit de :

Le black-out
-L’élection des Conseillers communaux dans 59 circonscriptions électorales où il y a eu des perturbations du fait du climat sécuritaire qui n’a pas permis le déroulement normal du scrutin, le dimanche 20 novembre 2016 ;
-L’élection des Conseillers de Cercle des régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Kidal ;
-L’élection des Conseillers de régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Kidal ;
-L’élection des Conseillers du District de Bamako.
Il est vrai que dans l’échelle des valeurs, toute proportion gardée cependant, les élections de Conseillers communaux, de Cercles, de Régions et du District, ne…
Qu’à cela ne tienne, ces élections font partie intégrante du jeu démocratique dans le pays et devraient être considérées comme telles.
Mais la fièvre de la présidentielle semble amplement justifier un zapping. Ce, d’autant plus que des voix s’élèvent d’ores et déjà pour faire savoir leur scepticisme quant à la tenue de ces élections de Conseillers à la date annoncée. Nonobstant le fait que les dernières élections de ce genre remontent à 2009, les reports successifs des échéances, la classe politique semble égale à elle-même par rapport à l’échéance d’avril prochain. À ce niveau, il n’y a aucun péril en la demeure ; on peut reporter jusqu’à l’infini sans que cela soit un sujet de préoccupation nationale ; en violation flagrante pourtant d’un principe élémentaire de la démocratie : les élections régulières et l’alternance.
À l’évidence, le véritable enjeu se trouve ailleurs. Il s’agit de la présidentielle et de la débauche d’énergie précoce pour que le Président IBK ne se succède pas à lui-même. L’enjeu, pour certains prétendants sérieux au fauteuil présidentiel, c’est maintenant ou jamais. Ceci explique donc cela.
Dans cette foire d’empoigne, à tort ou à raison, tous les cas de figure sont envisagés par les responsables politiques dont le dénominateur commun est une fixation sur la présidentielle de juillet 2018.

Les gages
Au cœur de tous les soupçons de forcing de la part de ses contempteurs, le Président IBK rassure. Il déclarait dans son discours de Nouvel An 2018 : ‘’l’année 2018 est perçue par beaucoup comme celle de toutes les alertes. Car elle abritera trois grandes consultations électorales, chacune portant en elle sa charge d’incertitudes et de tensions. Il me paraît d’une extrême importance de mettre fin à certaines supputations. Je donne ici l’assurance que toutes les élections et–plus particulièrement la présidentielle et les législatives–se tiendront dans le respect des délais constitutionnels’’.
Dans la même veine des assurances, concernant les échéances électorales, IBK a lancé deux appels : ‘’le premier va à toutes les bonnes volontés de notre pays de quel que bord qu’elles soient pour qu’elles joignent leurs efforts à ceux de l’État afin qu’ensemble nous réussissions des consultations transparentes et apaisées’’.
À cela, il faut ajouter que lors de sa visite à Mopti, dimanche dernier, le Premier ministre Soumeylou Boubèye MAIGA, a annoncé pour la sécurisation du Centre, le déploiement de 4 000 éléments et la mobilisation de plus d’un demi-milliard de nos francs. Ce qui participerait de l’application du ‘’Plan intégré de sécurité pour le Centre et le Nord du pays’’ du Gouvernement.
Face à tant d’assurances, il y a ceux qui ne cèdent pas à la panique, encore moins au catastrophisme et qui s’en tiennent à ce qui devrait être fait, avec l’implication de toutes les parties prenantes. C’est le sens de ces propos de Moussa MARA, ancien Premier ministre : ‘’nous devons donc nous organiser pour tenir des élections les plus acceptables possibles, dans les conditions sécuritaires les moins mauvaises possibles’’. À la lumière d’une telle déclaration, l’on peut soutenir que l’appel du Président IBK a reçu un écho favorable chez quelques hommes politiques.

Le procès d’intention
Pourtant, les procès d’intention sont omniprésents et les oiseaux de mauvais augure ne prédisent rien de bon pour le pays. Dans la catégorie d’acteurs aux pensées machiavéliques, un certain Oumar MARIKO, président du Parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance, s’installe aux premières loges. Ainsi, l’oracle politique annonce : ‘’mais dans tous les cas de figure, je suis presque sûr aujourd’hui, qu’on ne fera pas d’élections transparentes en République du Mali. Une élection sur fond de corruption, d’achat de conscience, de tripatouillages administratifs, va sonner le glas de notre pays’’.
Bien lancé dans sa logique, il renchérit : ‘’on parle de transition, de ceci et de cela’’. C’est le catastrophisme pur et dur chez ce leader politique qui prétend pouvoir sortir le pays de l’ornière quand il prédit les abysses (ce n’est point la même profondeur).
Un illustre inconnu de la scène politique, quand bien même célèbre dans les prétoires et actif dans les journaux pour plaider la cause de ses clients en situation passablement délicate, depuis son déménagement du Gouvernement, ajoute une nouvelle corde à son arc. Il s’agit de Me Mamadou Ismaël KONATE, brillant tribun ; ancien ministre de la Justice, garde des sceaux, qui est dans le registre des appréhensions légitimes, à la lisière du catastrophisme de celui qu’un de ses collègues a qualifié de disciple de Belzébul. Me KONATE a fait le Tweet suivant : ‘’le climat sécuritaire national, fortement dégradé, sans véritable chance d’amélioration les mois à venir, ne sera pas propice pour tenir des élections générales conformes aux standards. Face au vide institutionnel à venir, prévenir un cadre vaut mieux que guérir toutes les crises’’. S’il se montre atrabilaire, sur la base d’éléments objectifs d’appréciation en sa possession en un moment T, il n’en demeure pas moins que la situation sécuritaire reste préoccupante. Et c’est à juste titre qu’il en fait état ; quand bien même il faut aussi concéder qu’il ne s’agit pas d’une situation soumise à une évolution linéaire pour atteindre inexorablement un point de non-retour. Parce que sur 6 mois, il y a de quoi espérer une embellie ; contrairement au pessimisme indomptable qu’affiche le célèbre avocat.

L’impératif
Pour Soumaïla CISSE, président du Parti URD et chef de file de l’Opposition, aucune difficulté ne devrait nous détourner des échéances cruciales de la présidence. À le croire, elles semblent même vitales pour le pays. Il a dit à cet effet, dans une de ses interviews récentes : ‘’en tout cas, c’est clair pour l’opposition, il n’y a pas de plan B. (…) Ce qui a été possible en 2013 devrait pouvoir être possible en 2018’’.
Il faut rappeler qu’en 2013, il y a eu la signature de l’Accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali, du 18 juin, signé à Ouagadougou.
En 2018, le pays peut prendre appui sur l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et qui est globalement respecté par les Mouvements signataires en ce qui est du volet sécuritaire. La véritable menace venant désormais de ‘’Jamaât Nusrat Al-Islam Wal-Mouslimin’’ ou ‘’groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans’’, un mouvement sanguinaire auteur de carnages, dirigé par Iyad Ag Ghaly.
Exception faite des grognons devant l’Éternel, il y a une unanimité sur la tenue de la présidentielle à la bonne date. Ce qui est un acquis non négligeable. Il appartient désormais aux acteurs politiques de faire du Cadre de concertation permanent avec le Gouvernement et dont le nouveau PM se fait un point d’honneur du maintien un véritable creuset d’une élection réussie. Ce, en s’attelant à lever, sans passion, les éventuels points de friction qui ne devraient pas manquer (situation des 900 000 cartes d’électeur dont l’Opposition ne saurait pas où elles sont ; audit du fichier électoral…). Cela n’est pas au-dessus de leurs forces, si tant est que c’est l’intérêt supérieur du pays que chacun veut servir. Alors, la balle est dans le camp de tous les acteurs politiques et surtout des candidats potentiels à l’élection du président de la République dans quelques petits mois.

Par Bertin DAKOUO




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