Procédure judiciaire dans l’affaire Ras Bath: les éclairages du ministre de la justice

Suite à diverses versions jugées non fondées sur la libération du très controversé chroniqueur, dont l’arrestation avait provoqué à Bamako, mercredi dernier, de violentes manifestations ayant occasionné un mort, des blessés et des dégâts matériels ; le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Mamadou Ismaëla Konaté, est sorti, hier lundi, de sa réserve pour expliquer les vraies raisons de cet élargissement (sous condition). Le ministre a surtout exprimé la volonté des autorités nationales de poursuivre la procédure jusqu’à son terme.

L’affaire dite Ras Bath continue d’alimenter les causeries et les débats dans les salons feutrés de la capitale. Suite à la libération du très controversé chroniqueur, après deux jours de garde à vue, les commentaires vont bon train sur les dessous de sa mise en liberté dans la nuit du jeudi à vendredi dernier.
Qui a donné l’ordre de faire libérer celui dont l’appel à soutien a provoqué des remous dans la capitale occasionnant même mort d’homme, des blessés et des dégâts matériels ? Venait-il d’en haut, depuis les hauteurs des Koulouba ? Ou simplement par peur de revoir les manifestants battre encore une fois le pavé (avec tout ce qu’il y a comme conséquence) pour exiger de l’État la libération de ce dernier ?
Voilà autant de questions auxquelles d’aucuns se sont lancés trop tôt à donner des réponses hâtives et pour les moins non fondées.
Pour couper court à toutes ces rumeurs, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Mamadou Ismaëla Konaté, est venu à la barre pour expliquer et faire le récit de toutes les étapes ayant trait à cette affaire.
De la narration du ministre Konaté, c’est sur son instruction au Procureur général, Mamadou Lamine Coulibay, que le sieur Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras bath, a été arrêté et confié à un juge d’instruction. Que durant sa garde à vue de 48 heures au camp I de la Gendarmerie, il n’y eu aucune violation de ses droits ! Une affirmation qui a été corroborée plus tôt par les avocats du chroniqueur qui se sont félicités, au cours de leur conférence de presse, du vendredi dernier, du comportement des autorités judiciaires qui, selon eux, se sont gardées de porter le moindre acte attentatoire aux droits de la défense. Ils ont apprécié le fait que leur client ait été reçu dignement et entendu dignement en leur présence effective.
S’agissant de l’autorité ayant ordonné la mise en liberté de Ras bath, la réponse du ministre garde des Sceaux a été claire et limpide : « ce n’est pas sur instruction du Président de la République encore moins de l’intervention des religieux que le prévenu Mohamed Youssouf Bathily a été libéré ». Une manière donc pour le ministre de dire qu’il voit mal le Président de la République donner une instruction à un pouvoir par essence indépendant.
De l’explication du conférencier, c’est le juge d’instruction, avec l’accord préalable du Procureur, qui a choisi de libérer le sieur Bathily.
Cependant, le ministre a pris soin de préciser que cette libération ne signifie nullement l’arrêt de la procédure à l’encontre du chroniqueur. Loin s’en faut ! La procédure judiciaire suit son cours normal. Mais ce qu’il a tenu de préciser, c’est que Mohamed Youssouf Bathily a recouvré la liberté, mais sous contrôle judiciaire avec toutes conséquences de droit et de restriction que cela implique comme l’interdiction pour Ras Bath de reprendre pour l’instant son activité de chroniqueur radio et l’interdiction à lui faite de quitter la commune IV où il réside.
En plus du maintien des poursuites contre le rasta, Me Konaté a également informé la presse sur d’autres enquêtes qui ont été ouvertes pour situer les responsabilités de la violente manifestation de mercredi dernier.
Une information judiciaire est également ouverte pour trouver l’origine des balles extraites de certains blessés et plus largement, pour faire la lumière sur les responsabilités de chacun à la suite de ces débordements.
Dans ce cadre, 19 personnes ont d’ores et déjà été interpellées parmi lesquelles un assistant parlementaire.
Ces 19 détenus ont été présentés devant le juge et devraient répondre non seulement de leurs faits et gestes, mais également de la casse qui a été faite ici. D’après le maître des lieux, l’Etat va se retourner, en termes de responsabilités, contre toutes les personnes qui seront mises en cause et dont les responsabilités ont été établies ici.
Par ailleurs, le ministre de la Justice a évoqué d’autres sujets qui préoccupent son département et pour la résolution desquels il s’est engagé à sévir contre les coupables. Parmi ces dossiers figurent en bonne place la lutte contre la corruption et la délinquance financière, les auteurs d’accidents de circulation de la route ou encore des personnes coupables et responsables de violences conjugales.
Aussi, dans sa vision, Me Mamadou Ismaëla Konaté entend engager la croisade contre le blanchiment d’argent et les transactions douteuses. Voilà pourquoi il s’est engagé de rencontrer, dans les prochains jours, les patrons des banques et des établissements financiers en vue de réfléchir sur les voies et moyens de réussir cette mission.

Par Mohamed D. DIAWARA

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