Procès d’Ahmad Faqi Al Mahdi devant la CPI: l’accusation a requis 9 à 11 ans d’emprisonnement

2

Après trois jours d’audience, dans ce qu’il convient d’appeler l’affaire Ahmad Faqi Al Mahdi, le procès du djihadiste malien ouvert, le lundi dernier, devant la Cour pénale internationale, tend vers sa fin. L’accusation a requis à son encontre une peine allant de 9 à 11 ans d’emprisonnement pour sa responsabilité dans la destruction des mausolées de Tombouctou.

Procès historique pour les uns (c’est le premier d’un djihadiste présumé, le premier en lien avec le conflit au Mali et le premier pour destruction du patrimoine culturel), acte inédit dans l’histoire du tribunal pour d’autres (c’est la première fois qu’un accusé plaide coupable), l’affaire dite Ahmad Faqi Al Mahdi, ce bourreau de Tombouctou, tend vers son épilogue.
Après trois jours d’audience, l’accusation, selon Gilles Dutertre, représentant de la procureure, requiert que la chambre veuille bien prononcer une peine qui reste dans la fourchette de neuf à onze ans d’emprisonnement pour le terroriste accusé d’avoir participé à la destruction des mausolées à Tombouctou en 2012.
L’accusation et la défense avaient annoncé à l’ouverture du procès lundi qu’Ahmad Al Faqi Al Mahdi s’engageait à ne pas faire appel si la condamnation est équivalente à la peine requise.
Cet accord ne lie pas les juges, qui peuvent décider d’une peine allant jusqu’à trente ans de détention.
L’accusé avait plaidé coupable lundi de la destruction en juin et juillet 2012 de neuf des mausolées et la porte de la mosquée Sidi Yahia, monuments classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. L’acte de l’accusation de la CPI précise que l’ordre a été donné par Iyad, mais qu’al-Mahdi « a été consulté » en amont et qu’il « a été impliqué dans toutes les phases du plan commun ». C’est lui qui a planifié l’opération de destruction des monuments menée du Nord vers le Sud de la ville, qui a fourni outils et nourriture, qui a décidé d’utiliser un bulldozer pour raser les deux derniers mausolées et qui a justifié ces attaques, d’après l’accusation : « il a eu un impact essentiel en confortant les attaquants dans leur action. »
À l’ouverture de son procès, le djihadiste malien, qui déclarait être « sous l’emprise d’une bande de leaders d’Al-Qaïda et d’Ansar Dine », avait reconnu les charges qui pèsent sur lui.
« Votre Honneur, j’ai le regret de dire que tout ce que j’ai entendu jusqu’à présent est véridique et reflète les événements », a affirmé Ahmad Al Faqi Al Mahdi, après la lecture des charges : « Je plaide coupable ». L’homme a également demandé pardon aux habitants de Tombouctou, la « cité aux 333 saints », et à l’ensemble du peuple malien. « Je me tiens devant vous dans cette enceinte plein de remords et de regrets », a-t-il ajouté. Il s’est dit « fort contrit de mes actes et de tous ces préjudices que cela a causé à mes êtres chers, à mes frères et à ma mère patrie, la République du Mali, et aux membres de l’humanité aux quatre coins du monde ».
Celui qui était alors à la tête de la Hisbah, la brigade islamique des mœurs, « a eu un comportement sans précédent devant la Cour : il a reconnu les faits, exprimé des remords appuyés et coopéré avec l’accusation », a indiqué le représentant de la procureure. Justifiant que la peine requise par l’accusation reflète un équilibre juste et appréciable entre l’effet dissuasif qu’elle doit avoir et l’attitude de l’accusé.
Mais l’homme sera-t-il puni pour ses seuls crimes de destruction des mausolées de Tombouctou ? Mériterait-il d’être jugé pour d’autres crimes de guerre commis lors de l’occupation ?
Pour des spécialistes, Ahmad Al Faqi encourt d’autres poursuites pénales. Cela d’autant plus qu’il est l’une des quinze personnes visées par une plainte déposée par 33 victimes auprès de la justice malienne en mars 2015. Cette plainte évoque des « crimes contre l’humanité, en espèce des viols, tortures, emprisonnement ou autre forme grave de privation de liberté physique ».
En tout cas, il ne fait aucun doute que l’ex-chef de la brigade islamique des mœurs était au cœur de la répression sanglante à Tombouctou. C’est lui qui, d’après l’accusation, sélectionnait et entraînait les membres de la Hisbah ; lui qui organisait les patrouilles, lesquelles arrêtent les « contrevenants » ; lui qui se rendait à la radio pour dire ce qui est permis et ce qui ne l’était pas ; lui qui prenait la parole lors du prêche du vendredi ; lui qui clamait : « Nous sommes les maîtres de ce pays et nous allons redresser tous les torts que nous remarquerons. »
Lui qui, après un procès, à l’aide d’un mégaphone, justifiait la sentence du tribunal islamique. Lui qui, parfois, montrait l’exemple : on le voit, sur des images datant du mois de mai 2012, être le premier à châtier sur la place de la grande mosquée de Sankoré une jeune fille âgée de 17 ans, accusée de fornication et condamnée, comme son ami, à cent coups de fouet.

Par Mohamed D. DIAWARA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *