Procès de la bande à Sanogo à Sikasso: pour la justice et pour l’histoire

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Ça y est : le jugement tant attendu de l’ex-chef de la junte, Amadou Sanogo, alias Haya, se tiendra, dès la fin de ce mois de novembre, à Sikasso, lors d’un procès d’assises qui ne manquera pas de focaliser les attentions et commentaires. C’est un communiqué du procureur général près la Cour d’appel de Bamako qui l’a annoncé et qui insiste sur la particularité de ce dossier pour n’autoriser l’accès de la salle, pour d’évidentes raisons de sécurité, aux professionnels et particuliers ayant au préalable fait la demande. Sans aucun doute que ce procès d’assises s’annonce comme un véritable test pour la justice malienne.

Amadou Aya Sanogo, chef de l’ex-junte militaire, ayant renversé ATT au pouvoir, et ses coaccusés (une bonne douzaine de soldats ou de civils), attendent, depuis plusieurs années, d’être fixés sur leur sort dans une procédure judiciaire dite de l’affaire des bérets rouges et qui a déjà fait beaucoup parler d’elle. Et voilà ! C’est désormais chose faite : l’ex-chef de la junte militaire comparaitra, à la fin de ce mois de novembre 2016, au cours d’un procès d’assises qui se tiendra à Sikasso. Le communiqué du procureur général près la Cour d’appel de Bamako, qui en fait l’annonce, ne se trompe pas d’ailleurs sur le caractère particulier de ce dossier. D’où son appel à l’endroit des professionnels et particuliers à en faire la demande pour avoir accès à la salle du jugement. Et cela, pour d’évidentes raisons de sécurité.
Autant dire que le procès d’assises d’Aya Sanogo est bien annoncé pour être retentissant. En tout cas, c’est bien de cela que le citoyen lambda, au-delà des avis d’observateurs avisés, perçoit les choses, dès qu’il s’agit du jugement d’Amadou Aya Sanogo, au sujet duquel beaucoup de personnes, au Mali, n’y croyaient de plus. C’est bien d’ailleurs pour cette raison que le communiqué du ministère de la justice, via le procureur général près de la Cour d’appel de Bamako qui l’a annoncé, dans des termes fermes, n’a laissé personne indifférent. En clairs, le jugement d’Aya Sanogo et ses compagnons d’infortune, au-delà du cadre restreint du pays, intéresse tout le monde. Les faits évoqués dans cette procédure judiciaire sont graves et les personnalités, concernées par les charges criminelles, elles, sortent de l’ordinaire : l’ex-patron de la CNRDRE, flanqué général de l’armée, qui a renversé le régime d’ATT, a focalisé sur lui, dans ce dossier, pas mal de potins ; les uns aussi obscurs que les autres, sur lesquels l’opinion publique aimerait bien être édifiée.
A l’évidence, autour de ce dossier, tout a été clair, en décembre 2015, avec la sentence de la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Bamako qui, tel un couperet, n’a laissé aucune chance aux personnes poursuivies : « Enlèvement de personnes, assassinat et complicité ». Dans les faits, Aya Sanogo n’est pas la seule personne concernée d’autant qu’elle implique 28 suspects, dont l’ex ministre de la Défense, pendant la transition, le général Yamoussa Camara, éphémère chef d’état-major particulier du président IBK, avant d’être remis à la justice, l’ex chef d’état-major des armées, le général Dahirou Dembélé, l’ex directeur général de la Sécurité d’Etat, le général Sidy Alassane Touré. Ce dernier ayant aujourd’hui bénéficié d’un non-lieu, il n’empêche que tous ces généraux, à l’instar du principal accusé, attendent d’être jugés des faits qui leur sont reprochés. A la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Bamako dans cette affaire dite des « bérets rouges », on s’en souvient que sur les 28 détenus, le parquet général avait requis un non-lieu pour 11 personnes. Dans sa sagacité, la chambre d’accusation, dans son délibéré du mardi 22 décembre 2015, avait déclaré le non-lieu en faveur de 10 détenus, parmi lesquels figurent l’ex chef de la SE, Sidy Alassane Touré et Siriman Fané (un policier décédé en détention). Les autres ayant bénéficié d’un non-lieu sont : Mamadou CIssé, Drissa COULIBALY, Seydou Baba Diakité, MADY Oulé Dembélé, Ibrahim Keîta, Bakary Coulibaly, Tahirou Mariko et Adama Diarr .
Tous les autres, tous des hauts gradés de l’armée, en l’occurrence les généraux Amadou Aya Sanogo, l’ex-chef de la junte militaire qui a perpétré le putsch du 22 mars 2012, Yamoussa Camara, ex-ministre de la défense et des anciens combattants, sous la transition, Ibrahim Dahirou Dembelé, ex-chef d’Etat-major général des armées, seront été inculpés pour « Enlèvement de personnes, assassinat et complicité d’assassinat ». Ils ont tous été inculpés et détenus en prison à l’exception notable de l’ancien chef d’état-major général des armées, Dahirou Dembélé, qui, lui, n’a pas été envoyé en prison. Dans le même sillage, la chambre d’accusation, présidée à l’époque par Hammadoun Souleymane Sidibé, a retenu des charges suffisamment graves à l’encontre de Fousseyni Diarra, Mamadou koné, Tiémoko Adama Diarra, Lassana Singaré, Cheickna Siby et Issa Tangara, Bloncoro Samaké, Amassongo Dolo, Simeon Keïta, Oumarou Sanogo, Soïba Diarra, Christophe Dembélé, Amadou Konaré, Mohamed Issa Ouédrago, Ibrahim Boua Koné.
Le dossier judiciaire, concernant l’ex-chef de la junte militaire et ses coaccusés, qui comparaissent lors des prochaines assises de Sikasso, va certainement retenir les attentions. Et pour cause ? Au-delà de la personnalité des mis en cause, les parents des victimes et autres défenseurs de droits de l’homme se sont beaucoup mobilisés pour la tenue de ce procès qui se présente aujourd’hui comme un véritable test pour la justice malienne. En fait, ils sont nombreux, dans l’entourage de ce dossier, parents de victimes ou simples citoyens, à ne pas s’enthousiasmer pour la tenue du jugement de ces généraux, anciens chefs militaires de la transition, en raison justement de l’incapacité supposée ou réelle de la justice ne pas arriver à bon port.
Pourtant, l’instruction judiciaire de ce dossier, une fois ouverte par le juge Aya Karembé, est allée plus vite et n’a fait, contrairement à toutes les prévisions négatives, l’objet d’aucune entrave. De découvertes macabres en révélations fracassantes, autour des fosses communes, suivies d’autopsies sur les corps, le juge Karembé a rapidement bouclé le dossier, en envoyant les supposés accusés devant la justice. Si à ce jour, indique-t-on dans l’entourage de ce dossier, la phase du jugement s’est fait attendre, c’est pour d’évidentes raisons de sécurité, en lien avec la personnalité des accusés et la sensibilité des faits incriminés. D’ailleurs la présidente du collectif des parents de victimes, Bintou Maïga, même angoissée par la lenteur de ce procès, a toujours indiqué vouloir être derrière la justice malienne. Avec l’annonce de ce procès d’assises, les parents des victimes, espérant toujours récupérer les corps avant de faire leur deuil, se réjouissent de cette évolution positive du dossier et ne demandent que l’application stricte du droit.
La justice malienne n’est pas en reste de cette situation : c’est un véritable test pour elle que de convoquer ce procès d’assises et le tenir, dans le respect de la procédure, pour la manifestation de la vérité. Sur cette procédure judiciaire, indépendamment de la complexité des faits incriminés, tout a été dit ; certains allant jusqu’à défier la justice malienne au prétexte fallacieux qu’elle est incapable de juger un tel dossier. Ces prévisions alarmistes sur l’état de la justice du pays sont désormais derrière nous : Aya et ses coaccusés seront à la barre, à la fin de ce mois de novembre 2016, au cours des assises en transport dans la cité du Kénédougou. Un procès annoncé pour être retentissant, à l’issue duquel la lumière sera faite sur les nombreuses zones d’ombre d’une affaire qui ne doit en rien être revêtue que son aspect procédurier.

Sékouba Samaké

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