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mercredi 25 mai 2022
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processus de dialogue et auto-exclusion politique: l’opposition divise le Mali

Entre affrontements des groupes armés rivaux au Nord et boycott des partis politiques au Sud, le pays se déchire sous le regard à peine compatissant d’une communauté internationale, à l’impartialité douteuse.

Au moment où l’union sacrée autour du pays devient un impératif pour faire barrage au projet de démembrement, une partie de la classe politique, à savoir l’Opposition, décide de prendre ses distances en boycottant une rencontre autour du « Projet d’accord de paix et de réconciliation au Mali ». L’objectif de cette rencontre d’information et de concertation, apprend-on, était d’échanger en profondeur et recueillir les suggestions et recommandations des Forces vives de la nation afin de renforcer les capacités de la délégation gouvernementale et son mémorandum.
L’Opposition a ses raisons pour ne pas prendre part à une rencontre aussi cruciale pour l’avenir du pays. Elle portera et défendra partout où elle pourra lesdites raisons qui dans tous les cas vaudront ce qu’elles vaudront.
Ce que les Maliens ne peuvent pas non plus perdre de vue, c’est que le moment est mal choisi pour étaler sur la place publique les divergences politiques à moins qu’elles ne soient politiciennes. Et pour cause, le document de Projet d’accord qui sera au cœur du prochain round des négociations a besoin d’être enrichi de l’apport de toutes les Forces vives de la nation pour engager le pays sur la meilleure voie possible de la réconciliation nationale.
Le moment est aussi mal choisi parce que l’on assiste au démembrement du pays par la tentative de création d’une zone d’exclusion, la zone temporaire de sécurité (ZTS), fruit d’un accord entre la Minusma et la Coordination des mouvements de l’Azawad. Cette mesure unilatérale a permis de révéler l’ampleur du danger qui plane sur l’unité nationale. Les responsables politiques de l’Opposition autant que quiconque sont bien placés pour le savoir pour s’engager à jouer le rôle qui est le leur devant l’histoire. Manifestement, ils n’en ont eu cure.
Cette attitude est d’autant plus étrange que chacun, à un moment ou à autre, a eu à jurer, la main sur le cœur, qu’il mettait le Mali au-dessus de tout. Une contribution précieuse au document de Projet d’accord aurait été l’une des plus belles manières de prouver son engagement patriotique en faveur du Mali. Cela a cruellement fait défaut. Toutes choses qui amènent à s’interroger si le débat n’est pas délibérément déplacé pour le ramener à une question de pouvoir et de personnes qui l’exercent actuellement. Parce qu’il est difficile à comprendre et à admettre que des Maliens « démocrates et patriotes convaincues et sincères » refusent de répondre à un appel à contribution au sujet d’un document si important qu’il pourrait décider de l’avenir du pays. Pour une fois, il devrait être possible de taire les divergences pour faire face à l’essentiel, à savoir le pays en danger de partition.
Pendant qu’une partie de la classe politique se mettait en marge du mouvement d’ensemble à Bamako, au Nord ce sont les groupes armés rivaux qui s’affrontaient faisant craindre un enlisement de la situation sécuritaire. Les combats du week-end dernier, pour le contrôle de la zone de Tabankort, apprend-on, ont été particulièrement violents. Ainsi, si au Sud des responsables politiques ayant occupé de très hautes fonctionsaffrontent le pouvoir par un boycott très bruyant d’une rencontre d’information et de concertation, au Nord c’est le mouvement terroriste MNLA et ses alliés qui s’acharnent à creuser le tombeau de processus de paix en transportant la guerre très loin de leurs bases traditionnelles.
Entre ces deux positions (politiques et militaires), c’est le Mali qui s’écartèle chaque jour un peu davantage. Ce Mali que tout le monde dit pourtant adorer. Où est alors la vérité ? N’est-on pas en train de se mentir à soi-même et mentir au peuple ? Il y a de sérieuses raisons de répondre par l’affirmative. Tout se passe comme si ce sont les intérêts politiques du moment et la conquête de positions stratégiques du point de vue militaire qui importent le plus.
Quid de la communauté internationale ? Il est indispensable que les Maliens finissent par se convaincre qu’elle ne fera pas la paix à leur place. Elle ne peut pas la faire à leur place. Il revient aux Maliens de créer les conditions à la paix et à la réconciliation nationale.
Pour le reste, sa musique est connue. Elle s’inquiète de l’escalade de la violence ; elle appelle à résoudre les différends par la voie du dialogue et tutti quanti.
Par Bertin DAKOUO




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