Search
samedi 16 décembre 2017
  • :
  • :

Processus de dialogue inter-Maliens d’Alger: la logique de sabotage des groupes armés

Au moment où la plupart des Maliens espèrent légitiment que le prochain round des pourparlers d’Alger entre le gouvernement et les groupes armés, prévu pour le mois de février prochain, serait le dernier, la situation sur le terrain ne cesse de se dégrader, du fait des actions des groupes armés qui sont dans leur logique de sabotage des énormes efforts, consentis par tous les acteurs en faveur de la paix au Nord du Mali.

Pour preuve, depuis quelques jours, voire des semaines, les violences font rage entre groupes armés, et parallèlement des attaques se poursuivent également contre les positions des FAMA, ainsi que celles des forces de la MINUSMA, avec leurs cortèges de victimes civiles et militaires. Guerre de survie ou volonté de sabotage du processus de négociation ?
Les négociations, entre le gouvernement du Mali et les groupes armés du Nord, ont été suspendues, en décembre dernier, avec le consentement de l’ensemble des parties, en raison des impératifs liés aux activités de fin d’année. Cependant, les parties ont quitté Alger avec à la clé un document dit de Préaccord qui devait permettre de préparer les conditions d’un accord dès la prochaine rencontre. Entre temps, le cessez-le-feu signé, depuis mai dernier, devait permettre de maintenir un climat de calme sur le terrain.
Malheureusement, depuis trois semaines, des actes de violence de nature à compromettre la paix se multiplient dans plusieurs localités des régions du Nord.

Recrudescence de la violence
C’est dans ce contexte qu’est intervenue, le samedi dernier, une attaque contre un camp de la MINUSMA à Kidal ayant tué un Casque bleu du contingent tchadien, et 4 blessés.
Auparavant, une grenade avait explosé entre les mains d’un enfant de 7 ans à Gao. Selon un témoin, l’enfant a ramassé l’engin en milieu de journée à côté de la station d’essence SOMAYAF de Gao.
Au début de cette semaine, un engin explosif, dissimulé dans un pneu au niveau d’un rond-point de la ville, a été découvert par des passants. Il a été désamorcé par les forces de la MINUSMA.
Dans la première semaine du mois de janvier, la ville de Tenenkou dans la région de Mopti, a été la cible d’attaque par des individus armés.
Bien avant, il y a deux semaines, les extrémistes armés avaient aussi attaqué les positions de l’armée malienne à Nampala, dans la même zone, tuant plusieurs militaires et s’emparant de nombreux matériels de guerre.
Quelques jours après l’attaque de Nampala, des individus jusque là non identifiés avaient incendié des bâtiments publics dans la localité de Dioura, alors que le 31 décembre, une attaque sur le convoi du maire de la commune d’Anderaboukane, non loin de Ménaka (région de Gao) a fait trois victimes, soient un mort et deux blessés, qui ont été évacués sur l’hôpital de Gao.
Quarante-huit heures plus tôt, un bateau transportant des passagers et des biens avait essuyé des tirs d’hommes non identifiés près du village de Tinefewa, situé à 50 km à l’est de Ber, dans la région de Tombouctou.
Cette dernière attaque avait été précédée d’affrontements armés dans les localités de Zarho, région de Tombouctou, et Bamba, région de Gao, a rapporté la MINUSMA qui souligne avoir pu constater qu’une boutique du marché de Bamba a été incendiée, sans doute par vengeance.
Par ailleurs, de vives tensions persistent toujours, et cela, depuis mercredi dernier, entre deux groupes armés dans la localité de Ber au sujet de la libération de personnes respectivement prises en otage par les deux groupes.
La MINUSMA a condamné toutes ces violations du cessez-le-feu et autres atteintes aux droits de l’homme.
Les responsables de la mission onusienne ont indiqué que leurs auteurs allaient répondre de leurs actes.

Retour des seigneurs de guerre
Le plus tristement célèbre affrontement de l’année 2015, c’est sans doute ce qui s’est déroulé autour de Tabankort, une localité connue pour ses nombreux enjeux stratégiques pour les groupes armés afin de préserver leur survie.
Là, tout a commencé en début de weekend dernier, lorsque la coordination des mouvements de l’Azawad qui enregistre, en son sein, des narco-séparatistes du MNLA, a tenté de s’emparer de cette localité de la région de Kidal. Ils se sont butés à une farouche opposition des milices d’autodéfense et des éléments du MAA.
La mission des Nations unies a engagé, lundi, sans succès, des négociations avec les deux groupes. C’est finalement, le mardi dans l’après-midi, que la MNUISMA s’est résolue à tirer sur un véhicule de la coordination d’où partaient des tirs, selon son communiqué.
Le mouvement séparatiste dit combattre des milices pro-gouvernementales qui les ont attaqués à plusieurs reprises, depuis la conclusion d’un accord préliminaire de paix entre Bamako et plusieurs groupes armés.
De sources bien informées, les récents affrontements sanglants qui ont opposé les combattants des deux groupes armés, signataires de l’Accord de Ouaga, à Tabankort, une bourgade, située entre Anéfis et Almoustrat, dans la région de Kidal, n’ont rien à voir avec une quelconque histoire de loyalisme envers le Mali.
Cependant, présenter commodément ces affrontements, aussi comme une simple dissension entre deux tendances rivales au sein du Mouvement Arabe de l’Azawad, relève de la diversion. Car, c’est occulter la porosité avérée des groupes armés qui ont toujours fonctionné sur la base des rapports de force et de l’opportunité de survie, suivant le système connu des vases communicants.
Ces derniers affrontements, entre groupes armés, sont comparables à une autre altercation entre les mêmes groupes, en mai 2014.
Ces combats, selon plusieurs observateurs, opposent des «seigneurs de guerre» pour le contrôle des routes, donc du trafic de drogue que chacun sait florissant dans cette région.
En tout cas, qu’il s’agisse de question de rivalité entre groupes armée ou de visée de renforcement de position d’un groupe par rapport à un autre, ces violences sont de nature à rendre la cohabitation difficile entre les acteurs et à saper les futures négociations.
Au moment où nous mettions sous presse, la tension était encore vive à Kidal où des groupes armés exigeaient le départ de la MINUSMA.
Les frondeurs estiment que la force onusienne avait violé son statut de neutralité après ses bombardements sur un véhicule de la coordination des mouvements à Tabankort.
Cette situation n’est point surprenante, si l’on s’en tient aux points de vue de certains analystes qui font les mêmes constats, selon lesquels, ces groupes armés créent des conditions de blocage, à l’approche des pourparlers.
Par Sidi DAO




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *