Search
lundi 16 octobre 2017
  • :
  • :

Processus de paix et de réconciliation: les raisons de l’optimisme du ministre zahabi

Ce devait être la dernière étape. Lancée, il y a deux semaines, la nouvelle phase de négociations de paix entre les mouvements du Nord du Mali et l’équipe gouvernementale conduite par le ministre des Affaires étrangères s’est terminée sans réelle avancée. Les discussions sont bloquées par la question du fédéralisme. Mais pour autant, le ministre de la Réconciliation nationale se dit optimiste quant à l’issue de ces pourparlers inclusifs inter maliens. Pour Zahabi Ould Sidi Mohamed le processus est irréversible et les rebelles qui se mettront en marge n’auront d’autres choix que de prendre le dernier wagon en marche.

Cette déclaration du ministre de la Réconciliation nationale, acteur incontournable du processus en cours et membre de l’équipe gouvernementale de médiation à Alger, a été tenue, avant-hier mardi, en marge de la signature des conventions entre les gouvernements du Mali et le Royaume de Suède pour le financement de la résilience au changement climatique et la gestion des ressources en eau.

Elle fait suite à une préoccupation partagée ce jour par l’Ambassadeur Eva EMNEUS qui avait légitimement posé la question de savoir si le processus avait réelle chance d’aboutir au regard du statu quo constaté dans les positions entre les parties dans la capitale algérienne.

En clair, la diplomate suédoise voulait savoir si le ministre Pour Zahabi Ould Sidi Mohamed était optimiste quant à la conclusion d’un accord de paix globale et définitive avec les groupes armés qui scelle la réconciliation des cœurs et des esprits dans notre pays.

La réponse directe et sans détours du ministre, accompagnée d’une grande acclamation de la salle, a visiblement satisfait l’Ambassadeur Suédois, préoccupée aussi bien que la communauté internationale sur cette situation qui n’a que trop durée.

«Je suis totalement optimiste sur l’issue de ces négociations. Il s’agit d’un processus enclenchée qui est désormais irréversible. Maintenant, il faut que la grande majorité de ces régions du Nord, qui ont accepté le vivre-commun dans un seul Etat unitaire du Mali, ne soit prise pas en otage par une minorité marginale qui se déclare agir en leur nom », a-t-il déclaré.

Si pour l’heure, la situation paraît complexe au regard des positions tranchées et surtout du manque de sincérité chez les groupes armés, le ministre a laissé sous-entendre que la partie d’en face (les groupes séparatistes) se doit désormais et définitivement intégrer le fait que la question de l’autonomie est irrémédiablement compromise et donc non négociable.

Parallèlement, il a dénoncé la prise en charge ad vitam aeternam des ténors des groupes armés, qui semblent avoir trop pris goût à vivre dans les hôtels luxueux des villes d’Afrique et d’ailleurs aux frais du contribuable. Très à l’aise aujourd’hui, comment peuvent-ils s’empresser de signer des accords définitifs et de retrouver une vie normale ?

C’est ce qui explique pourquoi le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ne manque aucune occasion de rappeler ses ambitions sécessionnistes, selon le ministre de la réconciliation nationale.

Le MNLA, par son entêtement, entend faire de Kidal, voire des trois régions septentrionales, une sorte d’enclave au sein de l’Etat malien, pour rendre service aux islamistes certainement. Mais, le MNLA ne doit pas perdre de vue le fait qu’une sagesse de chez nous dit en substance que le bébé qui se décide à troubler le sommeil de sa mère ne saurait lui-même avoir le sommeil tranquille.

En mettant Bamako en difficulté, le mouvement indépendantiste s’attire aussi des ennuis, indiqué-t-il. On se souvient qu’après avoir pactisé avec les islamistes, les mêmes rebelles Touaregs avaient été boutés hors de leur fief. La leçon semble n’avoir pas été suffisamment retenue. Aussi, le MNLA porte-t-il d’une certaine manière, la responsabilité de tous les problèmes sécuritaires dans la zone et cela est de nature à lui faire perdre bien des sympathies.

Pour preuve : pas plus que le Jeudi 20 novembre, deux Touaregs ont été retrouvés égorgés à 40 km de Kidal. Deux jours plus tard, soit le Samedi 22 novembre, 12 enfants ont été kidnappés près de Kidal. Deux d’entre eux ont été tués alors qu’ils tentaient de s’échapper, selon un officier de l’armée malienne qui évoque un «enrôlement de force d’enfants soldats».

Mardi 25, le convoi du ministre du Développement rural a sauté sur une mine dans la région de Gao. Deux soldats ont été tués.

Inquiète, Washington, pourtant plutôt discrète sur cette question au cours des derniers mois, a envoyé à Alger, la sous-secrétaire d’Etat adjointe en charge de l’Afrique, Bisa Williams, rencontrer tous les acteurs.

Que faut-il faire pour éviter de tomber dans l’enlisement ? Quelle stratégie menée auprès des populations à la base afin qu’elles puissent les artisans de leur propre développement.

En tout cas, pour le ministre Zahabi, il est plus que temps de donner la parole à ceux qui vivent au quotidien une situation de désarroi, d’insécurité, de désespérance dans le Nord du Mali ; situation dont la responsabilité est imputable autant à la mauvaise gouvernance de Bamako qu’aux connivences des groupuscules armés avec les « islamistes radicaux » et les « mafieux » locaux et internationaux.

Une autre stratégie serait d’amener ces populations à prendre conscience du piège qui referme sur elles à cause des surenchères de certains responsables des groupes armés qui ne se préoccupent que de leurs propres privilèges.

« Si cette minorité se rend compte qu’elle n’a plus la confiance des populations et n’a aucune légitimité pour parler au nom et pour le compte de celles-ci, elle se verra dans l’obligation de prendre le dernier wagon du processus de paix en cours sous l’égide de la communauté internationale », a déclaré le ministre de la Réconciliation nationale, qui pense  qu’accorder une autonomie aux Touaregs reviendrait tout simplement à ouvrir une brèche qui conduira à la désarticulation et à la mise en lambeaux de notre pays.

Si Kidal devient un Etat indépendant, qu’adviendra-t-il des communautés peule, sonraï, malinké, bellah, et autres qui vivent dans cette partie du Mali et qui ne réclament pas l’indépendance, bien qu’étant numériquement les plus importants de la région ? Voilà toute la problématique que Bamako aura à résoudre si jamais il accepte de céder au chantage des rebelles, selon le ministre.

Par Mohamed D. DIAWARA

 




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *