Processus de paix et de réconciliation nationale: la société civile explique ses inquiétudes

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La Maison du partenariat Bamako-Angers a abrité, du 26 au 27 août 2016, les travaux de la 3e Assemblée générale du Forum des organisations de la société civile du Mali (FOSC). Ordre du jour: l’examen des rapports d’activités et financiers de l’exercice 2012 –2016, la relecture des textes et le renouvellement des instances dirigeantes de l’organisation.

La cérémonie d’ouverture des travaux était présidée par le représentant du ministre de l’Administration territoriale, Idrissa Malick Sangaré, en présence du président du FOSC, Mamoutou Diabaté ; et du représentant du Forum des ONG internationales au Mali (FONGIM), Grégoire Gailly. Les participants étaient venus de l’intérieur du pays et des communes du District de Bamako.
À la fin des travaux, le président sortant, Mamoutou Diabaté, a été déposé par les membres de l’Assemblée générale et remplacé par Bakary Doumbia pour un mandat de 3 ans, à la tête d’une équipe dirigeante de 7 membres.
A l’ouverture, dans son mot de bienvenue, le président sortant a souligné que ce mandat finissant s’est déroulé dans une période très mouvementée marquée par la gestion de la crise politico-sécuritaire, le difficile retour à l’ordre constitutionnel, la signature de l’accord préliminaire de Ouagadougou, de l’accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger et de l’organisation des élections présidentielles et législatives.
Ayant fait couler beaucoup d’encres, la signature de accord pour la paix constituait pour nombre d’opinions, nationales et internationales, un espoir et un moyen d’instaurer la sécurité, la paix et la réconciliation, a expliqué M. Diabaté. Cependant, de sa signature à maintenant, l’insécurité va crescendo et devient de plus en plus préoccupante, a-t-il regretté.
Les régions du Nord et certaines localités des régions du sud et du centre du Mali restent toujours caractérisées par des attentats, des braquages de véhicules, des affrontements inter ethniques, des lancements d’obus, des dépôts et explosions d’IED, des embuscades, des attaques contre les positions des FAMA. Les cas plus récents étant, selon lui, les événements de Nampala, le 20 juillet 2016 ; les affrontements entre les groupes armés à Kidal le 21 juillet 2016 ; le braquage, le 23 juillet 2016, entre Gossi et Gao, de la délégation d’ARP de Gao de retour d’une formation à Mopti ; l’assassinat d’un officier des FAMA à Tombouctou, le 31 juillet 2016 et l’affrontement entre les FAMA et les éléments radicaux dans la zone de Kéra, dans le cercle de Tenenkou, les 7 et 8 août derniers.
« Le forum des OSC, au vu de ces vécus récents, s’interroge sur l’efficacité des approches de résolution adoptée au niveau national et sur l’engagement de la Communauté internationale dans le règlement de la crise et l’instauration de la paix et la sécurité au Mali », a-t-il fait savoir.
Fortement préoccupé par la situation d’insécurité permanente, le forum des OSC a invité le gouvernement à prendre des mesures urgentes en vue d’assurer la sécurité des populations et de leurs biens sur toute l’étendue du territoire national et à procéder, sans délai, au désarmement et au cantonnement des groupes armés.
Pour ce faire, il a estimé que l’État doit procéder au redéploiement rapide des FAMA sur toute l’étendue du territoire et considérer tous ceux qui seront pris avec des armes au cours d’une embuscade, d’un cambriolage ou d’une attaque quelle qu’elle soit, comme des terroristes et de les traiter comme tels.
Le lieu était tout indiqué pour le président sortant de rappeler que cette assemblée est tout à fait particulière et d’une très grande importance, car, selon lui, il s’agit de discuter, de réfléchir et de décider de la nouvelle orientation institutionnelle du forum des OSC.

Des acquis malgré un contexte difficile
Selon son président, le forum des OSC a été présent sur tous les chantiers de la paix et de la réconciliation nationale, dans notre pays.
Ainsi, il a apporté sa contribution à l’amélioration du projet de feuille de route de la transition politique du gouvernement en janvier 2013; sa participation remarquée à la conférence des amis du Mali à Bruxelles où il a livré une déclaration conjointe avec le FONGIM et le Conseil national de la société civile pour plaider la cause du Mali ; la réalisation avec le Conseil national de la société civile de démarches conjointes auprès du Président de la transition, de son Premier ministre et des autorités traditionnelles pour le report des concertations nationales devant mettre en place les organes complémentaires de la transition ; la participation à toutes les rencontres de suivi des engagements pris à Bruxelles, organisées au Mali et en France ; la participation à toutes les rencontres du Comité interministériel de suivi des engagements de Bruxelles ; le dialogue politique avec le Représentant spécial adjoint du SG des Nations Unies au sein de la MINUSMA et la conduite de la mission d’apaisement des jeunes à Gao suite aux événements du 27 Janvier 2015, des événements qui ont endeuillé les populations de la cité des ASKIA, selon Mamoutou Diabaté.
Dans le cadre de l’organisation des élections présidentielles et législatives, le Forum a dressé et véhiculé le profil du bon candidat à l’élection présidentielle ; invité et échangé avec certains des candidats sur leur projet de société, lesquels projets ont, maintes fois, été diffusés sur les antennes de certaines radios de proximité dans nos langues nationales ; informé et sensibilisé, à travers ses membres, les populations en vue d’améliorer significativement le taux de participation aux échéances électorales ; assuré le suivi des élections pour minimiser les cas de fraudes, renforcer la crédibilité des votes et éviter les crises post électoral.
Dans le cadre de l’accompagnement des populations, suite à la crise politico-sécuritaire de 2012, le Forum, en partenariat avec l’Unité de gestion du PAOSCII, a accompagné techniquement et financièrement plus de 80 organisations du niveau 2 pour soutenir les déplacés et même les OSC qui sont restées sur place dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité alimentaire, de l’eau, de l’hygiène/assainissement et du relèvement du niveau économique des femmes.
Très récemment, plus d’une centaine d’associations du niveau 1, 41 ONG du niveau 2 et 19 OSC du niveau 3 ont bénéficié d’un appui financier à leur programme.
Le FOSC a aussi mis en place, au profit des OSC du Mali, sans distinction, un site interactif en vue d’une part, d’accroitre leur efficacité et renforcer la lisibilité et la visibilité de leurs actions à travers l’outil électronique ; et d’autre part, leur permettre de s’informer, de communiquer, d’échanger les expériences et d’établir des partenariats avec d’autres organisations, nationales aussi bien qu’internationales.
S’agissant du renforcement des capacités de ses membres, il a doté les 13 groupes thématiques, le Secrétariat national, au cas par cas, de matériels informatique, de chaises, de fauteuils, d’une table de réunion, d’onduleurs et de bureau et ; la présidence de matériel roulant, tous rétrocédé par le PAOSC I.
Dans le cadre de la continuité, la nouvelle équipe se déploiera certainement pour le renforcement de ces acquis tout en posant de nouveaux jalons pour rendre plus dynamique le regroupement d’organisations qui ne cesse de se battre pour les autres.

Par Sidi Dao

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