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mercredi 16 août 2017
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Projet de fédération ou d’autonomie: le rétropédalage des rebelles…

S’achemine-t-on vers une sortie de crise au Nord-Mali ? C’est la question que tout le monde se pose, au regard de l’évolution actuelle de la situation qui tranche avec les premiers instants des pourparlers, où chaque protagoniste donnait l’impression d’être campé sur sa position. En effet, acculés par la communauté internationale et la médiation algérienne, des rebelles du Nord-Mali ont finalement renoncé à leur projet de fédération. Ils battent ainsi en retraite, ouvrant la voie à des discussions plus ouvertes sur l’avenir du Mali.

Après la libération du dernier otage français et la déclaration retentissante, le dimanche dernier du ministre français de la Défense, Yves Le Drian, sur l’obligation faite sur les parties en conflit dans la crise du Nord (Gouvernement et les mouvements armés du Nord du Mali) de parvenir à un accord, en janvier prochain, l’horizon s’éclaircie de plus en plus pour notre pays de clore définitivement une des pages sombres de l’histoire démocratique du Mali, consécutive à la double crise institutionnelle et sécuritaire, ayant permis l’occupation des régions septentrionales par les hordes djihadistes et leurs alliés touareg.

Les vraies raisons d’un renoncement

En tout cas, depuis l’annonce de la fin de la création par Paris, face à la situation de blocage des négociations en cours, consécutive à la surenchère et au chantage des groupes rebelles de la coordination, les lignes semblent bouger et les positions se fléchissent dans le camp des séparatistes qui s’y accrochaient fermement à leurs projet de fédéralisme ou d’autonomie pour les régions du Nord du Mali. Et ce, malgré le rejet par les hautes autorités du pays et de l’équipe gouvernementale qui, âprement, ont défendu l’intégrité territoriale du pays, refusant toute idée d’indépendance de l’Azawad qui, il faut le dire, a été à l’origine de tous les malheurs du Mali.

En lieu et place de ce projet « indépendantiste », le gouvernent, rejoint par l’équipe de la médiation, dans son pré- accord de paix et de réconciliation au Mali soumis aux parties, propose une régionalisation très poussée qui permet aux populations des régions du Nord d’être les artisans de leur propre développement.

En y voyant déjà, dans cette proposition,  une fin de non-recevoir de sa prétention au projet de «fédération de la République du Mali», la coordination des mouvements armés du Nord du Mali, comme à son habitude, a voulu faire monter les enchères en rejetant officiellement le pré-accord avant d’organiser des campagnes de dénigrement contre le Mali.

Mais, il a fallu que Paris tape du poing sur la table et que les rebelles voient leurs soutiens s’affaisser comme des châteaux de carte  pour qu’ils se décident enfin de rentrer dans les rangs de la légalité et de la reconnaissance effective de l’unité, de la laïcité et de l’intégrité territoriale du Mali.

Ce renoncement ne surprend guère. Car, devenu orphelin depuis la chute de son mentor Blaise Compaoré, et menacé de se faire réprimander par leur « protégé », le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), figure de proue de la lutte pour l’indépendance du Nord-Mali, n’avait d’autre choix que d’opter pour le profil bas, en faisant des concessions. Tant qu’il pouvait compter sur la France, qui lui caressait dans le sens du poil, en espérant obtenir la libération de ses otages, et sur son parrain fuyard de Blaise Compaoré,  le MNLA, à qui ils avaient d’ailleurs offert gîte et couvert, pouvait continuer de narguer Bamako, convaincu que rien ne lui arriverait. C’est dire que le MNLA était maintenant dos au mur, surtout que son projet fédéral et ou indépendantiste n’a jamais rencontré l’assentiment du peuple malien qui n’a d’ailleurs cessé de tirer à boulets rouges sur les rebelles. On se rappelle encore les récentes marches organisées par la société civile de toutes régions du Mali, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, ainsi que dans la capitale, pour dire « Non » à l’indépendance et à la fédération, qui avaient drainé de foules nombreuses. Ces différentes initiatives, motivées par le seul souci de défense de notre patrimoine commun : le Mali, ont démontré suffisamment à quel point les nouvelles autorités du pays étaient en phase avec ses populations. Elles qui avaient fixé la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale comme les lignes rouges à ne franchir dans le cadre des négociations en cours.

La nécessité de maintenir le dialogue

Cette volonté du Président IBK, de régler ce problème par les vertus du dialogue, a été maintes fois réaffirmée dans tous ses discours et ses sorties publiques. Le locataire de Koulouba, qui s’est dit acquis au dialogue, a déclaré en ces termes, lors de la présentation des vœux pour l’année 2014 : «(…) Et à cette fin,  j’ai encouragé et j’encourage encore le gouvernement, à ne ménager aucun effort susceptible d’amener nos frères dissidents à la table de négociation, une fois pour toutes, pour une paix durable et bénéfique pour la Région de Kidal, les autres Régions du Nord malien et la nation malienne dans son ensemble ».

Le choix était donc fait et le message très clair ; toute autre option contraire ne pouvant, en toute logique, découler du Président IBK comme l’on tentait de faire croire un moment certains de ses détracteurs.

Ce sont ces positions clairement affichées et cette communion entre les pouvoirs publics et les populations autour de notre héritage commun qui semblent avoir raison des irréductibles du MNLA qui ont été obligés à reconsidérer leur position, eux qui tenaient à l’Azawad comme à la prunelle de leurs yeux.

Si l’évolution actuelle de la situation, qui tranche avec les premiers instants des pourparlers, où chaque protagoniste donnait l’impression d’être campé sur sa position, place le gouvernement dans une position de force, il revient tout de même maintenant à Bamako, qui se sent pousser les ailes, de savoir jouer le jeu pour ne pas donner l’impression à son vis-à-vis de faire de la surenchère. Car, en négociations, il n’y a ni vainqueur ni vaincu. Même le plus fort doit faire preuve d’humilité, en faisant des concessions pour faciliter le retour de la paix.

C’est pourquoi la France, qui a longtemps accompagné notre pays, doit, avec le concours de la médiation algérienne, maintenir la pression sur les différents acteurs de la crise, afin qu’un accord durable et définitif soit signé, pour que plus jamais aucun Malien ne prenne les armes contre un autre.

Plus qu’une assistance, c’est un devoir pour la France. Car en obtenant la libération de Serge Lazarevic contre l’élargissement de quatre islamistes, la France commettrait une grave erreur en abandonnant le Mali dans la lutte contre le terrorisme. Sans doute que Bamako a évalué les conséquences avant d’accepter de libérer des gens, réputés pour être de grands criminels, mais le Président IBK, qui assume cette lourde responsabilité, a déclaré tout de même que toutes les forces seront lancées dans la traque pour retrouver ces 4 terroristes afin que la mort de Kola Sofara ne soit pas vaine.

Mais en entendant, il revient aux amis du Mali de travailler  pour que le Nord-Mali, devenu, durant quelques années, un no man’s land, redevienne un espace viable.

Par Mohamed D. DIAWARA

 




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