Promesse présidentielle des 200 000 emplois: les assurances du ministre Baby

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Le ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, Mahamane BABY, était l’invité de l’émission « Action gouvernementale » numéro 19, dimanche dernier, sur la télévision nationale. M. BABY, qui répondait aux questions de nous deux confrères de l’ORTM, Yaya KONATE et Sidiki DEMBELE, a donné des assurances sur l’atteinte de l’objectif des 200 000 emplois promis par le président de République, à l’horizon 2018.

Selon les statistiques officielles, près de 200 000 jeunes diplômés arrivent chaque année sur le marché de l’emploi, et seulement 10 % d’entre eux arrivent à décrocher un job. Parmi eux, les jeunes diplômés et non-diplômés, des ruraux convergeant vers les grandes villes. Conséquences : la problématique de l’emploi constitue un défi majeur pour nos autorités. Quelles solutions à l’emploi des jeunes ? Quelles sont les structures en charge de l’emploi des jeunes ? Pourquoi ? Quel rôle pour la formation professionnelle ? Autant de préoccupations évoquées par nos confrères auxquelles le ministre BABY a donné des réponses satisfaisantes.

Une question de sécurité nationale
D’entrée jeu, le chef du département Emploi et formation professionnelle a souligné que la question de l’emploi des jeunes était une question de sécurité nationale et même internationale si nous considérons que les jeunes représentent les deux tiers de notre population qui sont généralement sans perspectives d’avenir. « C’est une urgence pour le gouvernent qui a pris des initiatives pour désamorcer cette situation », a-t-il expliqué.
Pour M. BABY, ce qui est déterminant pour décrocher un premier emploi, c’est le fait de prendre des initiatives. En effet, a-t-il fait constater, les jeunes diplômés qui se lèvent et prennent des initiatives dans le cadre de la recherche des opportunités d’emplois, qui militent dans les associations de jeunes ou mouvements estudiantins ont généralement plus de chance que les autres d’avoir un emploi. Pour le ministre, il n’y a pas de sot métier et il faut toujours avoir le courage d’apprendre.
« À quoi ça sert de rester à la maison à ne rien faire pour que les parents ou d’autres personnes viennent vous aider », a-t-il dit.
Dans les propos du ministre BABY, il ressort que le secteur privé reste le plus grand pourvoyeur d’emploi, même si la fonction publique et autre administration publique y contribuent, de temps à autre.
« Nous devons mettre en place les conditions pour que le privé puisse créer le maximum d’emplois pour les jeunes et cela, à travers la vision tracée par le président de la République ». Pour ce faire, il faudra d’abord résoudre les défis liés à l’adéquation entre emplois et la formation professionnelle, a-t-il expliqué. Aujourd’hui, il est évident pour le ministre que la question du choix des filières dans les écoles de formation constitue l’une des clés pour faire face à la question. Aussi, a-t-il fait savoir que le secteur informel présentait des opportunités à valoriser pour absorber ce chômage.

« C’est la faculté des droits qui forme le plus gros contingent de chômeurs au Mali »
De toutes nos facultés, a regretté le ministre, c’est les facultés de droit qui forment le plus des chômeurs au point que le ministre pense qu’il y a lieu de revoir à ce niveau. « Je ne vois pas comment l’État peut recruter ces milliers de jeunes juristes qui sont sur le marché de l’emploi. Même le secteur privé ne pourra pas faire mieux que 10 % », a fait savoir le ministre. Il a souligné la nécessité de se reconvertir pour tous jeunes qui ont des profils qui ne correspondent pas aux besoins des demandeurs d’emploi.
En tout état de cause, les ressources existent au niveau de ses structures techniques pour ceux qui veulent apprendre autre chose que leur vocation académique, a-t-il indiqué. Il a invité surtout les jeunes à se former dans les métiers liés au bâtiment, aux travaux publics, à la restauration où en réalités, ce sont les diplômés ressortissants de l’Union communautaire qui viennent rafler tous les marchés dans ces domaines, malgré le poids du chômage sur nos jeunes. Le plus souvent, a-t — dit, les grands patrons du secteur privé se plaignent du fait qu’ils ont souvent de l’emploi, mais manquent de ressources humaines qualifiées pour occuper les postes.
Pour changer la donne, des chantiers-écoles sont préconisés par le département afin de permettre à certains cadres techniques de renforcer leurs compétences. « Si nous voulons inverser la courbe du chômage, il faut que 80 % des sortants de nos instituts et universités soient des scientifiques », a-t-il conseillé.

« Notre économie n’a pas besoin des gens en cravate et en costume »
Tout au long de l’émission, le ministre a insisté sur le fait qu’il était temps que nous apprenons à nous décomplexer par rapport aux métiers dont certains sont mal perçus dans nos sociétés malgré le fait qu’ils rapportent des revenus conséquents à ceux qui les exercent. Dans les pays anglo-saxons, c’est des ingénieurs qui sont souvent les taximans, a-t-il expliqué. Aujourd’hui, notre économie n’a pas besoin des gens en cravates et en costumes, mais des gens qui soignent, qui enseignent, qui font de l’embouche bovine, a-t-il souligné.
Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir les gens partager sur les réseaux sociaux, le slogan : « IBK, nos 200 000 emplois », a-t-il fait constater.
Face ces propagandes qui discréditent, le ministre a souligné qu’en tant que démocrate, il était obligé d’accepter cela. Mais à l’évidence, le ministre pense que des efforts sont faits et se poursuivent rendre heureuse notre jeunesse. « Nous travaillons beaucoup sur cette question de l’atteinte des 200 000 emplois promis par le président de la République », a-t-il martelé.

Plus de 121 000 emplois ont été créés
A deux ans de la fin du quinquennat, 121 000 emplois ont été créés, de septembre 2013 à la date du 30 juin 2016.
« Nous estimons qu’il y a beaucoup d’espoirs que nous puissions atteindre cet objectif, parce que nous avons pris beaucoup d’initiatives qui ne relèvent pas forcément de la mobilisation des ressources internes », a-t-il rassuré. Sur les 200 000 emplois promis, le ministre est catégorique : ‘’ni ce qui se fait au niveau de l’APEJ encore moins les travaux (HIMO) ne sont comptabilisés dans ces chiffres fournis par mon département’’. Même les équipements donnés par l’ANPE ne se sont pas comptabilisés. Ces emplois sont créés essentiellement dans le secteur privé, dans le secteur des services, c’est dans le développement rural, c’est aussi au sein de l’armée, au niveau de la fonction publique, a-t-il précisé.
« Ce que nous comptabilisons, ce sont des emplois contractés sur un contrat et visés par l’inspection du travail », a-t-il insisté. En cas de doute, il a invité les uns et les autres à vérifier les chiffres auprès des services techniques concernés, notamment les directions régionales du travail du district de Bamako et au niveau des régions.
Le chef du département a indiqué que des conventions de partenariats ont été signées les années précédentes avec certains partenaires techniques et financiers et c’est cette année que la mise en œuvre de ces projets sera effective.

Acquis et perspectives
Dans le cadre du projet FIER FIDA, il est prévu de toucher 100 000 jeunes en milieu rural. Des jeunes qui sont formés et installés.
Certes, 200 000 emplois, c’est beaucoup, mais face à l’ampleur du phénomène, nous estimons qu’on peut mieux faire, a rassuré M. BABY. Le souhait du gouvernement, à t expliquée, est de dépasser les 200 000 emplois pour répondre à ceux qui pensent que 200 000 n’est rien par rapport à un pays qui comptera plus d’un million de demandeurs d’emploi, à l’horizon 2018.
Malgré le contexte hostile, le gouvernement a pris des initiatives pour mobiliser les ressources complémentaires aux financements des activités de création d’emploi. C’est le cas du PROCEJ, un programme de plus 33 milliards de F CFA, entièrement financé par la Banque mondiale et qui vise la création de PME ; le projet FIER, avec la signature d’une convention avec le FIDA de 26 milliards de F CFA. Avec la coopération française, il y a un appui à la formation, de même, il y a les Danois, les Suisses, les Allemands, les Néerlandais qui accompagnent le département en matière de création d’emplois, a indiqué le ministre Baby.
Aussi, selon le ministre, le président IBK a promis de mobiliser 250 milliards pour l’emploi des jeunes. Malgré ces investissements, l’ONEF a estimé à 8,2 % le taux de chômage en 2014, le FMI 11,15 % en 2015, dans notre pays.

L’APEJ va poursuivre les mauvais payeurs
Par ailleurs, l’AJEJ a financé beaucoup de projets de jeunes, des travaux HIMO, notamment les routes pavées. Cela permet à des jeunes d’être formés à des techniques qui peuvent les aider dans leur communauté.
Aujourd’hui, les jeunes qui ont bénéficié des premiers financements n’ont pas un bon taux de remboursement, a déploré le ministre. Pour relever ce taux de recouvrement, des institutions de recouvrement ont été engagées par le département. Celles-ci sont à pied d’œuvre. Malgré tout, ça ne marche pas globalement, a reconnu le ministre. Si pour certains, le retard s’explique par la crise de 2012, pour d’autres, c’est le manque de volonté, a-t-il expliqué. À ce propos, il a accusé certains hommes politiques qui, à son avis, ont tenté de dérouter le processus. Mais le ministre BABY est prêt à aller loin pour corriger les insuffisances, quid à poursuivre les mauvais payeurs devant les tribunaux.
Sur un prêt de 8 milliards de F CFA, le taux de remboursement ne dépasse pas aujourd’hui 5 %.
« J’ai le souci de la pérennité du système, parce que c’est injuste que quelques individus puissent prendre le système en otage pour que d’autres n’en bénéficient pas », a dit M BABY, visiblement très déçu du comportement de certains bénéficiaires.
Aussi, les 12 mois de stage de l’APEJ permettent de faciliter l’insertion professionnelle des stagiaires. « Ça donne un avantage comparatif », s’est-il défendu. Aujourd’hui, lorsque nous voulons recruter 3000 jeunes, nous avons 23 000 dossiers. D’autre part, l’ANPE mène des actions dans le sens de la reconversion de certains jeunes diplômés, finance des projets de jeunes, travaille avec les Français sur l’immigration pour les cas de retour volontaire. Mais elle manque de ressources suffisantes.
À savoir, s’il fait fusionner les structures de promotion de l’emploi, le ministre pense que chacune a ses missions. Mais il faut recentrer les missions, a-t-il préconisé.
Mais pour le ministre, la question fondamentale qu’il faut se poser, en tant que gouvernant, c’est de savoir ce qu’il faut faire pour s’assurer que le jeune malien est bien formé, bien équipé et protégé de l’endoctrinement djihadiste. Comment s’assurer qu’il ne va pas aller au-delà des océans ? Voilà des questions fondamentales que se pose le ministre tous les jours.
Les jeunes ruraux, les arabisants, les jeunes de la diaspora ne sont pas en reste. Parmi eux, il y a des gens qui ont des projets révolutionnaires, a fait savoir le ministre.

Plus de 33 milliards pour les jeunes arabophones
Les jeunes arabophones constituent une couche sensible avec un risque élevé d’endoctrinement djihadiste. À leur bénéfice, un projet est monté et une requête de 33 milliards a été envoyée à la BID. L’objectif étant de créer des emplois décents pour cette couche. Une cellule sera créée à cet effet pour accueillir, orienter et financer les projets de ces jeunes, a-t-il noté. À Sikasso et Koulikoro, le projet « PADI GNIETA3 de l’USAID financé à plus de 15 000 milliards F CFA avec l’insertion de plus de 10 000 jeunes ruraux de 14 à 25 ans. Aujourd’hui, il faut passer à l’échelle supérieure et la francophonie est prête à financer ce projet, a fait savoir le ministre.
« La formation professionnelle n’est pas adéquate, nous sommes en train de faire des études à l’ONEF pour voir ce dont le secteur privé a besoin », a annoncé le ministre BABAY. L’Institut national d’ingénierie et de formation professionnelle s’occupera des modules à élaborer. De même, une loi d’orientation professionnelle, d’un centre de référence et d’un centre d’excellence sont prévus.

L’appel du ministre aux chômeurs
En conclusion, il a invité les jeunes qui sont sur le marché de l’emploi à prendre des initiatives ; à allers vers l’emploi. «On est plus sensible au problème de quelqu’un qui se lève, qui fait l’effort d’aller vers les autres pour trouver de l’emploi », a conseillé le ministre BABY. Il s’agit, selon lui, de faire ce qu’on a entre les mains en attend d’avoir mieux.
«Les gens n’ont pas les mêmes chances, mais au moins, si vous êtes debout et vous commencé à avancer, vous allez trouver quelqu’un qui puisse vous accompagner», a-t-il martelé.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que dans un pays déjà en crise, comme le nôtre, la création d’emploi est un véritable casse-tête pour M. BABY et toute son équipe, une question qui fait d’ailleurs trembler même les grandes économies du monde ce jour.

Par Abdoulaye OUATTARA

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