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jeudi 20 janvier 2022
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Proposition sur la durée de la Transition: le niet des acteurs politiques

En attendant le prochain sommet des chefs d’État de la CEDEAO sur le Mali, la proposition du gouvernement sur la prorogation de la transition ne fait pas l’unanimité au sein de l’opinion nationale. Aussitôt l’annonce faite, des chefs de partis politiques et même des observateurs ont décrié ce qu’ils qualifient de surenchère de la transition. Mais, elle aura en tout cas l’avantage d’éviter une autre sanction contre le Mali.

5 ans, c’est le nouvel agenda du gouvernement remis au président en exercice de la CEDEAO, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, le vendredi dernier par le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye DIOP.

La proposition du gouvernement est déjà décriée par des responsables des partis et regroupements politiques qui estiment que l’approche en plus d’être de la surenchère est également un moyen de s’éterniser au pouvoir.

En France depuis quelques mois, Tieman Hubert COULIBALY, président de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD) et la coalition Action républicaine pour le progrès, estime qu’il s’agit d’une confiscation du pouvoir par les auteurs du coup d’État du 18 août 2020. Une déclaration postée sur sa page Twitter puis sur Facebook.

Il fait partie également de ceux qui ont opté pour la politique de la chaise vide lors des Assises nationales de la refondation pour avoir estimé que ce n’était pas opportun car cachait l’idée de proroger la transition.

En plus de lui, d’autres responsables politiques également membres du Cadre d’échanges des partis et regroupements des partis politiques pour une transition réussie au Mali, à l’image de Zoumana N’Tji DOUMBIA, regrettent l’attitude des autorités de la Transition.

« C’est vraiment insensé et inconcevable (s’agissant de la proposition de la durée de la transition). Dans tous les cas, nous, membres du cadre d’échanges des partis politiques et groupements des partis politiques, avons décidé de ne pas participer aux fameuses assises. Donc, nous ne reconnaissons pas les conclusions de ces assises. Nous rejetons ces recommandations. Pour nous, c’est nul et non avenu », a affirmé l’ancien député de la majorité présidentielle sous IBK.

L’ancien ministre de la Justice, Mamadou Ismael KONATE, sur sa page Twitter n’est pas aussi enchanté.

« 5 ans de transition militaire et non consensuel ne tient nul compte de l’usure du pouvoir qui expose ses dirigeants à la vindicte, dans un environnement national, tributaire de la sécurité, elle-même infailliblement tributaire du contexte international… », a écrit M. KONATE.

Selon une source diplomatique, à ce stade la décision n’est qu’une proposition en vue d’ouvrir les discussions avec la CEDEAO sur la durée de la transition.

« C’est normal que le gouvernement table sur le délai maximum de 5 ans issus des conclusions des Assises nationales de la refondation. Mais à mon avis, il va être très difficile pour l’organisation sous régionale d’aller au-delà d’une année », a expliqué le diplomate.

Aussi, cette proposition aura en tous cas l’avantage d’éviter des sanctions supplémentaires contre le Mali, en plus des mesures individuelles contre des personnalités de la transition.

« Sans cette proposition, je suis convaincu que le prochain sommet de la CEDEAO allait imposer des sanctions économiques au Mali en vue de contraindre les autorités à dévoiler le chronogramme », a affirmé notre source.

Outre les propositions du gouvernement, avec Zoumana N’Tji DOUMBIA, il a été question des conclusions des Assises nationales de la refondation. Contrairement à de nombreux participants qui vantent la réussite des ANR, M. DOUMBIA estime qu’elles ont été une rencontre de trop.

« Nous avons toujours dit que ces assises étaient inopportunes, budgétivores et de trop. Les conclusions de ces soi-disant assises nous ont donnés raison. Les recommandations n’ont été qu’un plagiat du dialogue national inclusif », critique-t-il.

Grave, selon lui, les initiateurs de ces assises n’ont même pas été capable de faire un bon plagiat car dépourvu d’un chronogramme détaillé pour permettre d’apprécier la lisibilité des actions préconisées. Or, lors du DNI, les recommandations étaient assorties de chronogramme.

En clair, soutient-il, le seul objectif des Assises était d’obtenir la prorogation de la transition. Même là, a-t-il dénoncé, la question n’a pas être tranchée. Les ANR ont juste donné une période indicative contrairement à l’objectif initial défini.

« Nous étions persuadés qu’il n’y aurait rien de nouveau qui ne se trouverait pas dans les recommandations du DNI. Et qu’il fallait seulement mettre en œuvre ces recommandations au lieu d’organiser ces assises », a indiqué Zoumana N’Tji DOUMBIA.

Et parmi les recommandations des ANR qui ne se trouvent pas dans les conclusions du DNI, le cadre du Rassemblement pour le Mali (RPM) désapprouve la possibilité de destituer un président démocratique élu.

« Ça va créer l’instabilité institutionnelle. Dans tous les cas, la responsabilité du Président de la République peut toujours être engagée en cas de haute trahison, ce qui entraîne automatiquement sa destitution », a commenté notre interlocuteur.

« Si on permet à n’importe qui et n’importe comment de saisir les juridictions aux fins de destitution du Président de la République, ce serait trop fantaisiste et créerait l’instabilité institutionnelle qu’on doit éviter à tout prix », a-t-il ajouté.

Par contre, le Premier ministre, Choguel Kokalla MAIGA, est l’un des fervents défenseurs de ce mécanisme légal qui permettrait, selon lui, de réduire l’intervention de l’armée sur le champ politique en commettant des coups d’Etat comme c’était le cas en août 2020.

Par Sikou BAH




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