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mardi 23 juillet 2019
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Protection des civils : la faillite collective

Entre un Gouvernement qui exhibe, à tout crin, tel un gris-gris, son Plan de Sécurisation Intégrée des Régions du Centre (PSIRC) inopérant, une MINUSMA qui s’arc-boute dernière son mandat, une société civile inodore et sans saveur, le bilan macabre extraordinairement élevé révèle une faillite collective en matière de protection de la population civile dans notre pays. Ce qui interpelle la conscience nationale.

Quelle responsabilité de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) dont le cas est forcément anecdotique ?

La parade d’un mandat galvaudé

Le sacro-saint mandat de la MINUSMA qui sert de prétexte ou d’alibi à toutes les dérobades et fuites en avant stipule les composantes du nouveau mandat, établies en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et autorisant à cet égard, la MINUSMA à utiliser tous les moyens nécessaires pour remplir son mandat, dans les limites de ses capacités et de ses domaines de déploiement, sont les suivantes : ‘’ (…) protection, sans préjudice de la responsabilité première des autorités maliennes, de civils menacés de violences physiques et d’une protection spécifique pour les femmes et les enfants touchés par les conflits armés ; soutenir les autorités maliennes, stabiliser les centres de population clés et d’autres zones où les civils sont menacés, notamment dans le centre et le nord du Mali, y compris dissuader les menaces asymétriques et prendre des mesures actives pour protéger les civils par des patrouilles actives dans les zones à risques et empêcher le retour d’éléments armés dans ces zones ; et l’enlèvement et la destruction des mines et autres engins explosifs et la gestion des munitions’’.

Dans l’application de cette disposition de son mandat, la MINUSMA retient essentiellement ‘’sans préjudice de la responsabilité première des autorités maliennes’’. De ce fait, les responsables de la Mission onusiennes ne se lassent pas de rappeler à qui veut l’entendre que la sécurisation des populations est du ressort de l’État au premier chef.

Que fait-elle alors de la dénomination même de la Mission ? Il s’agit bien d’une mission de stabilisation du Mali qui, dans l’environnement actuel, est indissociable de la sécurisation de la population, à travers une lutte farouche contre tous les facteurs déstabilisants (agressions jihadistes, conflits intercommunautaire, pauvreté).

Que peut répondre la MINUSMA, quand de façon unilatérale, elle a contraint et forcé la Plateforme à abandonner sa position à Anéfis (même si le Président de la République a dû offrir une sortie honorable au Groupe d’auto-défense, en plaidant pour son retrait sans condition) et qu’elle a établi une zone de sécurité de 20 km autour de Kidal au motif de protéger la population civile des violences, le mardi 18 août 2015 ? Parce sous le prétexte fallacieux de protéger la population civile de Kidal, il s’agissait en réalité d’empêcher toute poursuite des combattants de la CMA mis en déroute à Anéfis et surtout empêcher (y compris par l’usage de la force militaire), la prise de Kidal. La supercherie d’ailleurs n’avait pas manqué de faire réagir le Gouvernement qui s’est retrouvé face à un flagrant délit de parti pris de la Mission onusienne.

Ce jour d’août 2015, aucune référence n’a été faite à la mention ‘’sans préjudice de la responsabilité première des autorités maliennes’’. Tout comme cela n’a pas été le cas quand un accord a été signé en catimini avec le chef d’état-major de la CMA matérialisé par l’établissement d’une Zone temporaire de sécurité (ZTS) sur l’axe Anéfis-Almoustarat de 10 km de part et d’autre de la route. En fait, une zone d’exclusion du GATIA. Une mesure partisane qui a donné lieu à des manifestations à Gao réprimées dans le sang.

Que peut répondre la MINUSMA lorsqu’on lui met sous le nez que son mandat prévoit de ‘’stabiliser les centres de population clés et d’autres zones où les civils sont menacés, notamment dans le centre et le nord du Mali’’ ? Les localités où les massacres ont été perpétrés sont bien situées au Centre non ? La menace qui pesait (et qui pèse encore) sur les civils était bien palpable non ? Aucune manipulation vicieuse du mandat : la MINUSMA a failli dans sa mission de protection des populations du Centre (contrairement aux combattants en déroute de Kidal).

Le nœud gordien

Quelle responsabilité de l’État malien ? Assurer la sécurité intérieure fait partie des fonctions régaliennes de l’État. De même, l’article premier de notre Constitution dispose : ‘’la personne humaine est sacrée et inviolable.

Tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne’’.

Le droit à la vie (qui arrive avant les institutions de la République) est la première mission qu’il incombe à l’État de garantir. Dans le cas spécifique du Centre où une pagaille sécuritaire s’est installée, voici la réponse du Gouvernement présentée par le Premier ministre devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU, ce 29 mars : ‘’un Plan de Sécurisation Intégrée des Régions du Centre (PSIRC), comportant un renforcement des dispositifs de sécurité à travers notamment le déploiement pour l’année 2018, de 13 000 hommes et la création de 16 nouveaux postes de sécurité, ainsi que des actions de mobilisation sociale, de travaux à haute intensité de main d’œuvre, d’activités génératrices de revenus en faveur des femmes et des jeunes, et des programmes de communication visant à promouvoir la cohésion sociale’’.

Pourtant, selon le communiqué de la MINUSMA, à Koulougon-Peul, le 1er janvier 2019, c’est après le massacre d’une trentaine de civils qu’un détachement des FAMa s’est pointé.

À Ogossagou-Peulh, le 23 mars dernier, c’est après un carnage où plus de 170 personnes (femmes, enfants vieillards, jeunes), l’incendie des habitations et des biens qu’un détachement de l’Armée a été dépêché sur les lieux, on ne sait pour sécuriser qui ou quoi, parce que le mal était déjà fait.

L’Armée elle-même n’arrive pas à se sécuriser comme l’atteste le massacre de Dioura, le 17 mars dernier.

Il est clair qu’il y a eu une faillite au niveau de l’occupation rationnelle du terrain.

En outre, point besoin d’être émoulu des plus prestigieuses académies militaires (le Mali regorge pourtant de ces académiciens et des étoilés) pour réaliser que le renseignement militaire n’a pas fonctionné. Sinon, l’Armée aurait pu anticiper à Dioura, à Koulougon, à Ogossagou.

C’est cela le nœud gordien à trancher.

Une réaction timorée

Quid de notre fameuse Société civile qui est absente de tous les grands rendez-vous avec l’histoire ? Elle barguigne, fait dans la procrastination. Elle exaspère et déçoit tout simplement. Sa voix est à peine audible ; ses actions à peine perceptibles. En réalité, l’indignation semble se transporter sur la toile qui n’est pas le milieu naturel de ringards aux commandes du pays. Il se passe comme si la Société civile qui gagnerait à s’affirmer jouait à l’arlésienne. Sa faillite résulte du fait que sa réaction n’est pas à la mesure de la gravité de la situation.

C’est vrai, selon certaines sources, une grande marche pacifique de Tabital Poulakou ; Société Civile Dogon, initialement prévue pour ce samedi 30 mars 2019, devrait finalement avoir lieu aujourd’hui mardi 2 avril. C’est évident que ces deux associations sont celles qui sont en première ligne de la crise du Centre. Où sont les ONG qui battent les estrades internationales à la recherche de financement pour des projets humanitaires ? Craignent-elles de se mettre en froid avec le régime dont elles pourraient être redevables ? Pourtant, elles se comptent par centaines. Leur silence et leur indifférence valent presque complicité…

Pour tous les Maliens épris de paix, de justice, parce que ces crimes odieux ne devraient pas rester impunis, tous ceux qui croient que la vie humaine est sacrée et inviolable, il est plus que jamais temps d’exprimer son indignation face à l’horreur.

In fine, la faillite est collective ; mais la résurrection devrait être malienne, parce qu’il s’agit d’abord de nous Maliens dont les vies sont mises à l’encan. Pour ce faire, une introspection s’impose à tous les niveaux de la société, une remise en cause, pour envisager des solutions novatrices et unificatrices, avec un État qui assume pleinement ses missions régaliennes. La déclaration du représentant de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU, à cet effet, est fort à propos : « il faut aider le Gouvernement dans sa volonté de renforcement des capacités nationales en vue de lutter contre le terrorisme ».

PAR BERTIN DAKOUO

 




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