Protection des droits des jeunes filles aide-ménagères: un réseau de 9 organisations en gestation

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L’exploitation des enfants, en général, et singulièrement la protection des filles mineures en situation de vulnérabilité, est une préoccupation partagée par les pouvoirs publics et certaines organisations de défense des droits des enfants. C’est dans ce sens que 9 organisations actives ont décidé de se mettre en réseau en vue de mener des actions de plaidoyer pour le changement de comportement des employeurs, des grands logeurs, des agents des structures de placement, des parents et des décideurs politiques. 20 de leurs membres bénéficient actuellement d’une formation au siège du GRADEM.

L’objectif de cet atelier de renforcement des capacités des 20 agents de 9 structures membres du réseau en constitution, est de contribuer à une meilleure application des textes juridiques et à la protection des droits des jeunes filles aide-ménagères au Mali. Il s’agira, aux termes de ces trois jours, de donner et de recevoir, à travers la thématique « Comment construire et réussir une action de plaidoyer en faveur des enfants travailleurs, notamment, les jeunes filles aide-ménagères », d’initier des démarches concrètes de plaidoyer pour influencer les conditions de vie et de travail des jeunes filles aide-ménagères ; d’identifier des actions clés pouvant booster un changement de comportement de la population et des parents.
La cérémonie d’ouverture de cet atelier de trois jours a eu lieu, hier lundi, sous la présidence de la Directrice régionale de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille du district de Bamako, Mme KANOUTE Hawa DOUMBIA. C’était en présence du Directeur exécutif du GRADEM, Antoine AKPLOGAN.
Financée par l’organisation internationale IAMANEH Suisse, cette rencontre, est le fruit d’une longue marche de ces organisations et associations qui interviennent ensemble, et ce, depuis trois ans pour un environnement plus protecteur des droits des enfants, particulièrement ceux en situation de travail. Après des actions de sensibilisation et d’information, lesdites structures ont constitué un cadre de concertation pour renforcer la dynamique du groupe.
Aujourd’hui, il s’agit pour ces dernières d’aller vers la mise en place d’un réseau pour pérenniser leur synergie. Cette décision faisant suite au triste constat selon lequel plusieurs organisations travaillent sur la thématique « travail des enfants », mais malheureusement évoluent en rang dispersé. Conséquence : il existe peu d’actions de synergie entre ces organisations solitaires et l’on note par ailleurs l’absence d’un réseau actif pour porter les actions de plaidoyer et de défense des droits des enfants.
Autres constats inquiétants, c’est que selon une enquête conjointe présentée par le Mouvement malien des travailleurs croyants et l’OIT, les manquements aux droits élémentaires des travailleuses domestiques sont de plus en plus alarmants et se cristallisent dans certaines pratiques qui frisent l’esclavage. La corvée quotidienne de plus de 98% de la catégorie d’employées commence entre 4 heures et 6 heures du matin et ne prend fin qu’entre 19 heures et 20 heures du soir pour plus de 44% d’entre elles. Leur niveau de rémunération laisse également à désirer avec des salaires qui ne répondent à aucun critère d’âge, de rendement ou de durée. En effet, 48% des travailleuses domestiques, selon la même étude, sont payées à 7 500 FCFA (le salaire le plus pratiqué) tandis que 14% perçoivent 6 000 FCFA et le double, soit 12 000 F CFA, pour seulement 1% des 257 743 aide-ménagères recensées à Bamako et dont la plupart subissent diverses formes de maltraitances (violences physiques et verbales, grossesses non désirées, etc.).
Voilà donc qui justifie la constitution du futur réseau des 9 organisations actives sur la question du travail des enfants avec pour ambition de mener des actions de plaidoyer pour changement de comportement des employeurs ; des grands logeurs ; des agents des structures de placement ; des parents et des décideurs politiques.
La Directrice régionale de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille du district de Bamako a salué cette initiative qui, selon elle, est d’une importance majeure pour les intervenants de la Protection qu’ils sont. Car il s’agit d’une activité dont le thème est de grande préoccupation, à savoir la lutte contre l’exploitation des enfants, en général, et singulièrement, la protection des filles mineures en situation de vulnérabilité.
Parvenant au même constat cité plus haut, Mme KANOUTE Hawa DOUMBIA a révélé que les jeunes filles rurales qui viennent chercher un emploi domestique à Bamako sont, dans leur grande majorité, analphabètes, sans une connaissance réelle de ce qui les attend en travail domestique. Elles sont, selon la représentante du département de tutelle, victimes de discriminations sexistes (déscolarisation, mariage forcé/précoce) et leur opinion sur les actions les concernant n’est pas sollicitée …
En emploi, ajoute-t-elle, elles sont souvent menacées, insultées, brutalisées et risquent de se faire accuser de vol ou doivent rembourser des objets qui ont été brisés dans l’exercice de leur travail. Et de conclure, sur un air révolté, que les aide-ménagères de moins de quinze 15 ans sont très recherchées par les employeurs parce qu’elles sont soumises et sont « bonnes à tout faire ».
Pourtant, reconnaît la Directrice régionale, notre pays est doté d’un arsenal juridique protégeant les enfants, particulièrement ceux en situation de vulnérabilité. Voilà pourquoi elle a sollicité un accompagnement de l’État pour que les textes puissent être connus, vulgarisés et appliqués par tous au bonheur de tous les enfants du Mali.
En tout cas, elle a espéré que ce renforcement de capacités de trois jours permettra au futur regroupement de mettre en place des actions bien ciblées et apportant des changements de comportements de la population ; des parents ; des services de protection ; et, des décideurs pour un environnement plus protecteur des droits des enfants en situation de travail.
Occasion également pour Mme KANOUTE Hawa DOUMBIA de féliciter l’ONG GRADEM qui fait montre de sérieux et de professionnalisme envers son service dans la transmission des données et des rapports trimestriels d’activités.

Par Mohamed D. DIAWARA

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