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lundi 15 octobre 2018
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Rassemblement pour le Mali (RPM):

Après dix longs mois de profil bas politique, presque tout le temps absent du pays, le 1er vice-président du Rassemblement pour le Mali (RPM), Abdoulaye Idrissa Maïga (AIM), a décidé de lever les équivoques sur sa position au sein de la famille des tisserands. Dans un communiqué, daté de ce samedi 29 septembre, l’ancien Premier ministre, chef du Gouvernement, informe de sa décision « de mettre formellement un terme à (son) adhésion au RPM ». Rupture en douceur, sans point de chute connu pour l’instant et sans grande théâtralisation ; sans tambour ni trompette, comme on dit. L’élément déclencheur : la mise en place, le week-end dernier, de la section RPM de Gao, entièrement acquise aux adversaires locaux de AIM !

Il y a longtemps que le feu couvait sous la cendre, pourrait-on dire au sujet des relations tumultueuses, entretenues entre l’ancien Directeur de la campagne 2013 du Président IBK et nombre de cadres du parti, dont Bocary Treta en tête.

Contrôle du RPM
En réalité, l’affrontement entre les deux hommes remonte assez loin dans le temps, pour le contrôle du parti des tisserands alors dans l’opposition, quand IBK présidait le parti dont Treta était le secrétaire général avec comme adjoint un certain… Abdoulaye Idrissa Maïga.
Déjà, sans réduire l’inimitié croissante entre les deux hommes, la campagne pour la présidentielle de 2013 avait permis de diviser la poire en deux : celui qu’on désigne AIM devenait Directeur de la campagne du président candidat du parti, dont l’accession au pouvoir permettait donc aux deux hommes de monter d’un cran chacun. IBK, président de la République laissait son fauteuil de président du RPM à Treta (ce qui a été d’ailleurs assez laborieux…), et AIM montait lui aussi d’un cran en accédant à la première vice-présidence du parti.
Le fait qu’il ait été désigné Premier ministre, après avoir occupé plusieurs portefeuilles importants au sein des gouvernements successifs et parfois éphémères, ne réduira pas pour autant la confrontation entre les deux hommes. Et pour cause, on soupçonne fort, et AIM le premier, Treta d’avoir multiplié chausse-trappes et peaux de banane sous les pieds de son camarade dont la primature a davantage été un supplice de Tantale qu’un long cours d’eau tranquille.
On peut sans doute conclure qu’en divisant la poire en deux, remettant le parti entre les mains de Treta et offrir la Primature à Abdoulaye Idrissa Maïga, n’a aucunement apporté de solution. C’est d’ailleurs depuis ce dernier congrès que l’ancien Chef du gouvernement, bien que conservant un fauteuil confortable de 1er vice-président, a commencé à sécher les réunions du Bureau politique national du RPM. Signe sans doute d’un désamour qui n’a fait qu’aller crescendo au point que l’homme s’est effacé quasi totalement de la scène, sans que l’effervescence de la campagne présidentielle, en dépit de ses enjeux de survie, ne réussisse cependant à le ramener dans les rangs.
Toute chose qui démontrait que l’ancien PM venait de perdre la bataille pour le contrôle du RPM, où visiblement sa première vice-présidence était… juste tolérée.

Scier à la base la branche de AIM
Mais Treta, en politique retors avait décidé de faire payer cher son outrecuidance à AIM. Il ne s’est pas contenté de l’isoler au sein de la direction du parti, il va au contraire lâcher une meute jappante sur le Premier ministre éphémère comme ses prédécesseurs. Au lieu de le soutenir en mobilisant les députés de la majorité autour de lui, c’est au contraire des Tembiné et des Diarrassouba, la garde rapprochée teigneuse, de Treta, qui vont lui faire son affaire, en déstabilisant le gouvernement qu’il conduisait comme s’il s’agissait d’un exécutif face à son opposition.
Pendant ce temps, Treta portera la bataille à Gao, au cœur de la base même de AIM, pour mieux terrasser définitivement son adversaire et réduire ses capacités et velléités de résistance.
L’atout ? Abdrahamane DIAKITE, un jeune ressortissant de Gao, un appui certain de Treta d’autant plus d’ailleurs que ce dernier, très actif au niveau de la section et de la Fédération du parti dans la capitale des Askia, menait une véritable guérilla contre le 1er vice-président du RPM. Le BPN-RPM n’avait jamais tranché ce différend, une épine que Treta gardait sans doute dans le pied de son adversaire pour l’y enfoncer mieux en temps opportun.
Une première occasion lui sera offerte, lorsqu’en dépit de la mise en place du bureau de la section par une délégation du BPN, le président du Parti, usera du fait du Prince pour le dissoudre, sans autre forme de procès. Il n’échappera à personne, à l’époque, le fait que ce bureau dissout par Treta était acquis davantage à Abdoulaye Idrissa Maïga qu’à Abdrahamane Diakité, son irréductible adversaire local. Surtout, contrairement aux usages, Treta conservera néanmoins la Fédération RPM régionale qui n’est pourtant que l’émanation des sections. Car, justement, si Abdrahamane Diakité n’avait pas la main mise sur la section de Gao, il conservait néanmoins une indéniable influence, voire prégnance sur la Fédération RPM régionale. La logique aurait voulu qu’une Fédération, qui est l’émanation des sections, ne puisse disposer d’aucune légitimité dès lors qu’une section est dissoute, car les cartes devraient théoriquement être rabattues en l’occurrence.

La goutte d’eau…
Samedi dernier donc, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est la nouvelle section RPM de Gao qui a été finalement mise en place, cette fois entièrement acquise à Diakité ; ce qui était de trop pour le désormais ex-1er vice-président qui avait visiblement présumé de ses forces. Signant de ce fait la seconde défaite de AIM, face à un Treta passablement rancunier qui n’aura de cesse, depuis les premiers affrontements à fleurets mouchetés au temps de l’opposition, de faire mordre la poussière à un adversaire qui aura tout aussi tenté de lui chiper le contrôle du parti. En remettant en scelle l’adversaire de l’ancien PM sur ses terres, Treta l’a définitivement poussé vers la sortie. Du coup, le communiqué de ce samedi dans lequel Abdoulaye Idrissa Maïga annonce « mettre formellement un terme à (son) adhésion au RPM », apparaît comme une conséquence logique tirée des événements. Un épilogue, qui est à l’image de l’homme : tout en discrétion !
De prime abord, le départ définitif de AIM est presqu’un non-événement au sein de la famille des Tisserands, où apparemment, le rôle et la personnalité singulière de l’ancien vice-président étaient passés par pertes et profits. L’enjeu réside sans doute dans l’opportunité du moment choisi, à la veille d’élections législatives pour lesquelles le RPM, du fait de déchirements internes et mésalliances autour des candidatures, n’est pas si bien parti pour réaffirmer son hégémonie sur l’échiquier, comme dans la législature sortante. Dès lors, la question sur toutes les lèvres est de savoir si cette démission, pourtant sans surprise, n’aura pas d’impact sur le parti dans sa quête d’une confortable majorité à offrir au Président réélu. Comme l’assurent les responsables du RPM !

Yaya TRAORE




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