Search
jeudi 3 décembre 2020
  • :
  • :

Réconciliation à Niono: l’accord du désaccord

Pour les autorités de la Transition, l’option c’est le dialogue pour le retour de la paix et du développement dans le pays. L’occupation du village de Farabougou est devenue par la force des choses un champ expérimental de ce dialogue qui s’est prolongé dans l’organisation d’un Forum sur la réconciliation intercommunautaire qui s’est tenu à Niono du jeudi à samedi dernier, lequel s’est soldé par un accord, en l’occurrence entre les chasseurs traditionnels donsos et les voisins peuls.

Le dialogue avec les groupes jihadistes n’est plus une alternative pour les autorités de la Transition qui s’inscrivent et cela en droite ligne d’une des recommandations prioritaires du Dialogue National Inclusif (DNI) qui préconise : ‘’engager le dialogue avec Amadou KOUGGA et Iyad Ag GHALY pour ramener la paix au Mali’’, sans oublier de : ‘’encourager les rencontres intercommunautaires et intracommunautaires pour la prévention des conflits’’. Le Forum intercommunautaire de trois jours pourrait relever de la mise en œuvre de cette recommandation qui ne repose que sur un pur réalisme.
Avec le choix de Niono, on constate que l’épicentre des missions de conciliation a tendance à se déplacer ; d’autant plus que c’est le Centre qui cristallisait toutes les attentions en la matière. Ce déplacement du centre d’intérêt vers Niono tient essentiellement de l’évolution récente de la situation sécuritaire dans le Cercle, avec comme curseur une confrontation entre chasseurs traditionnels donsos et peuls, servant d’agent pathogène à la paix sociale.

Une situation délétère
En termes de manifestations extérieures de cette situation délétère, il y a le siège pendant plus d’un mois du village de Farabougou (toujours en cours, malgré la présence d’un détachement de l’armée et l’approvisionnement de la ville en produits alimentaires et paharceutiques) ; le rapt de plus d’une vingtaine de ressortissants de la localité ; l’assassinat de l’Imam de N’Débougou, à une quinzaine de kilomètres de Niono, et d’un de ses conseillers ; les restrictions de mouvements des populations y compris et surtout pour se rendre dans leurs champs de culture ; les déplacements de populations fuyant un éventuel siège ou pillage… Bref, le climat est anxiogène et les populations attendent des réponses.
Une réponse qui s’apparente à une demi-mesure, à certains égards, c’est l’envoi d’un détachement de l’Armée dans la ville de Farabougou, avec des provisions. Le ministre de la Santé et des affaires sociales, le Dr Fanta SIBY, profitant du Forum sur la réconciliation intercommunautaire, a également remis, ce jeudi 5 novembre, 5 tonnes de céréales et une importante quantité de produits pharmaceutiques, de kits d’hygiène et des moustiquaires pour les populations du village de Farabougou, Commune rurale de Dogofry, Cercle de Niono. La cérémonie de remise a eu lieu devant la Préfecture de Niono.

Un replâtrage de mauvais
Pour autant, l’équation sécuritaire persiste et à tendance à se métastaser eu égard les enjeux que représente l’Office du Niger. Il fallait sortir des mesurettes et attaquer le mal à la racine, tout en maintenant le dialogue avec les assaillants, à travers le Comité de sages commis à cet effet. C’est le sens de la convocation du Forum de Niono sur la réconciliation intercommunautaire. Le but est essentiellement d’apaiser les tensions entre les différentes communautés du Cercle de Niono, notamment les chasseurs traditionnels donsos et la communauté peulh voisine. Pour cela, plusieurs centaines de personnes ont été invitées à participer aux discussions de ce Forum qui s’est soldé par un accord. Désormais, les parties prenantes s’engagent à une coexistence pacifique, à privilégier le dialogue sur la violence en cas de différend sur un sujet. Il est également prévu des rencontres intercommunautaires périodiques pour renforcer le vivre ensemble. Le Gouvernement, lui, s’engage à désarmer les chasseurs traditionnels donsos indexés, à tort ou à raison, comme les auteurs d’exactions sur les populations peules.
Cet accord a été salué, par certains, comme une avancée majeure sur la voie de la paix et de la réconciliation entre les communautés partageant le même espace géographique désirant tourner la page des affrontements.
Pour d’autres, il s’agit d’un replâtrage de mauvais goût des mauvaises solutions qui ont montré leurs limites au Centre, en l’occurrence à propos de la milice Dan Na Ambassagou, dont l’ancien Premier ministre Boubou CISSE avait annoncé en fanfare la dissolution, sans être jamais parvenu à la remplacer par les forces régulières.

Une équation entière
En eefet, il demeure l’équation des jihadistes qui s’improvisent avocats défenseurs de la cause des Peulhs, qui, à ce titre, continuent d’assiéger le village de Farabougou, et dont la précision des revendications, en l’occurrence sur ‘’l’observance des principes fondamentaux de l’Islam’’ devenue l’application de la Charia, amenuise les chances de parvenir à une paix durable dans la zone. Qu’on se le dise : il est de la mission régalienne de l’État et de l’État seul de protéger tous les citoyens maliens, de même que ceux qui résident sur le territoire national. Aussi, le monopole de la puissance publique revient à l’État et à l’État seul. Sur ce coup donc, dans une telle posture, les jihadistes dont les agissements ne servent d’ailleurs pas la communauté peule, sont dans une logique de substitution à l’État. Il y aurait-il deux Etats dans l’État ? La question mérite d’être posée.
Il y a un autre caillou dans la chaussure sur la voie de ce dialogue en lequel autant les représentants de l’État que les médiateurs attitrés semblent fonder un espoir démesuré : dialoguer en position de faiblesse. Tant que les jihadistes maintiendront l’étau sur le village de Farabougou ; brandiront l’application de la Charia ; entraveront toutes les libertés de mouvement ; créront un climat anxiogène, le pouvoir ne sera pas en position de dialoguer d’égal à égal avec eux et de négocier quoi que ce soit. Donc, il n’aura comme option que de capituler sur toute la ligne sur leurs desiderata. Cela ne s’appelle pas dialoguer, chercher un compromis ; mais rendre les armes et s’aplatir. Le désarment unilatéral des chasseurs traditionnels donsos en est une des illustrations les plus parfaites. Les grands stratèges militaires savent mieux que quiconque l’impérieuse nécessité de rétablir le rapport de force entre parties en présence pour aller aux négociations. Dans certaines situations, l’État devrait sérieusement envisager l’option du bâton sans être nécessairement belliqueux, puisque celle de la carotte restera également sur la table… Parce que l’obstination pour le dialogue dans le cas d’espèce, ressemble à une navigation dans la purée de pois.

PAR BERTIN DAKOUO




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *