Recrudescence du paludisme au Mali: campagne de riposte du programme national

Face à la recrudescence des cas de paludisme dans notre pays, en cette période de pluies, le ministère de la Santé et de l’hygiène publique, à travers le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), a organisé, hier mardi, dans ses locaux, sis à la Cité administrative, une conférence de presse, focalisée sur la stratégie de communication sur la campagne chimio prévention du paludisme saisonnier (CPS) qui a démarré en 2012. Cette campagne au titre de l’année en cours a été lancée, depuis le 22 juillet dernier pour 4 ans. Le budget mobilisé pour la circonstance s’élève à 700 millions de FCFA.

La conférence était animée par le Dr Diakalia KONE, directeur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) avec à ses côtés son adjointe, le Dr Saran DIAKITE et le Pr émérite Ogobara DOMBO, directeur du Centre de recherche et de formation sur le paludisme.
Selon le Dr KONE, malgré les efforts considérables consentis par le gouvernement et ses partenaires au développement, le paludisme demeure un problème de santé publique majeur de par son impact sur la mortalité, la morbidité et ses répercussions socioéconomiques.

Incidence épidémiologique
Le paludisme est la 1re cause des motifs de consultation dans les services de santé (40 %) et constitue la 1re cause de décès des enfants de moins de 5 ans et de l’anémie chez les femmes enceintes.
Par ailleurs, a-t-il noté, le Mali, à l’instar des pays africains endémiques, a souscrit aux différents engagements internationaux sur le paludisme et s’est toujours attelé à accélérer la mise en œuvre des mesures de prévention et de prise en charge dans le cadre des différents plans nationaux de développement socio-sanitaire.
L’objectif de la lutte contre le paludisme au Mali, à moyen terme, souligne le Dr KONE, est d’inverser les tendances de l’incidence du paludisme et également amorcer l’arrêt de sa transmission dans la perspective de son élimination, à l’horizon 2030 comme le planifie le Plan mondial de lutte contre le paludisme (2016-2030).
« Au Mali, en 2015, la situation du paludisme se présente comme suit : le nombre de cas était de 2 369 245 dont 686 017 cas graves ; 797 322 cas ont été enregistrés chez les enfants de moins de 5 ans et 117 002 chez les femmes enceintes. Le nombre de décès enregistré était de 1 978, soit un taux de létalité de 0,89 % pour mille », a-t-il précisé.

Nouvelles approches
Notre pays, a révélé le directeur du PNLP, a adopté les nouvelles initiatives pour la lutte et l’élimination du paludisme, à savoir : la chimio prévention du paludisme saisonnier (CPS), le traitement préventif chez les enfants de moins de 5 ans et le traitement intermittent du paludisme chez la femme enceinte avec au moins 3 prises de SP avant l’accouchement ; la pulvérisation intra domiciliaire (PID) ; l’utilisation de la moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action en routine et en campagne.
Dans la même lancée, a souligné Dr KONE, un fort engagement politique dans la lutte contre le paludisme a abouti, entre autres, à la gratuité de la prise en charge des cas de paludisme simple et grave chez l’enfant de 0 à 5 ans et la femme enceinte ; la gratuité du test de diagnostic rapide (TDR) chez tout cas suspect de paludisme ; la gratuité des moustiquaires chez ces mêmes populations avec des campagnes de distribution gratuite de moustiquaires ; la subvention des antipaludiques et des examens de laboratoire ; la participation de la population à la lutte contre le palu.
La transmission du paludisme, indique le directeur du PNLP, est surtout accentuée pendant les périodes de pluies (juillet-décembre) où on enregistre le plus grand nombre de cas et de décès liés au paludisme.
Ainsi, face à la recrudescence des cas, le ministère de la Santé fait une analyse régulière de la situation et a pris un certain nombre de dispositions, notamment l’organisation de la CPS chez les enfants de 3 à 59 mois dans tout le pays (65 districts sanitaires).
Pour les régions du nord, la chimio prévention du paludisme saisonnier est couplée à d’autres activités à grand impact comme la vaccination, le dépistage et la prise en charge des cas de malnutrition, etc.
Pour les 2 régions les plus touchées par le paludisme (Mopti et Sikasso), des brigades d’appui vont appuyer les activités de lutte pendant la période de haute transmission.

La prévention
Quant au Pr DOMBO, il a focalisé son intervention sur le rôle déterminant de chacun dans sa famille, son quartier et son village, à travers des activités quotidiennes de prévention de cette maladie. Il s’agit, selon le conférencier, des activités d’assainissement qui contribuent à lutter contre le paludisme.
« Aucun enfant ne doit mourir du paludisme en 2016 », dira le Pr DOMBO. Car de nos jours, les outils de prévention et les moyens de prise en charge sont gratuits. Mieux, a-t-il soutenu : « un geste simple dans la famille évite le décès d’un enfant atteint de paludisme ».
Concernant le vaccin contre le paludisme, le Pr DOMBO a fait savoir que la recherche vaccinale donne des espoirs, mais pour le moment, il n’y a pas encore de vaccin utilisable en santé publique contre le palu.

Par Sékou CAMARA