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lundi 30 mars 2020
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Recrutement de 15 300 enseignants-volontaires: le Gouvernement persiste et signe

Fin de suspense, mais certainement pas fin de dialogue : il est ouvert un recrutement de 15 300 enseignants volontaires, dont 10 300 pour l’enseignement fondamental 1 et 2 (premier et second cycle) et 5 000 pour l’enseignement secondaire pour une durée de 6 mois. Il n’en fallait pas plus pour déclencher la foudre des enseignants grévistes qui mettent à prix la tête du Premier ministre. Quelle lecture peut-on faire d’une telle mesure annoncée par le PM qui ne manquera certainement pas de provoquer un séisme dans la sphère scolaire ?

C’est par un Communiqué du Directeur général du Centre National de Promotion de Volontariat au Mali (CNPV) de ce 27 janvier qu’est ouvert le présent concours réservé aux détenteurs des diplômes de l’ENSup, de l’ENETP (École Normale d’Enseignement Technique et Professionnel) ou diplômes équivalents. Une copie de la lettre d’équivalence du diplôme étranger est également acceptée. Pour atteindre l’objectif des 15 300 enseignants volontaires, les retraités de janvier 2018 et janvier 2019 aptes à enseigner peuvent faire acte de candidature.

Les dossiers de candidature doivent être déposés au plus tard, le 7 février 2020 à 17 heures 30 minutes, délai de rigueur, au niveau des Académies d’enseignement.

Les candidats seront affectés dans les Académies d’enseignement où ils auront déposé leurs dossiers.

L’ouverture du concours de recrutement de 15 300 enseignants met fin au suspense subséquent à l’annonce faite par le Premier ministre, Boubou CISSE, de faire appel à des diplômés des IFM (Institut de Formation des Maîtres), dans le cadre d’un contrat de volontariat, en vue de suppléer aux grévistes des syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 qui exigent, hic et nunc, l’application de l’article 39 de la loi N° 2018-007 du 16 janvier 2018, portant statut du personnel de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spécialisée.

La poigne

Contrairement à certaines informations qui ont circulé, contribuant à exacerber les clivages entre les parties (Syndicats et Gouvernement), ce recrutement ne ferme aucunement la porte au dialogue avec les enseignants grévistes. Il n’est pas non plus question de leur radiation des effectifs de la Fonction publique au profit des volontaires. Ce serait une violation du droit de grève consacré par la Constitution qui en son article 21 dispose : ‘’ le droit de grève est garanti. Il s’exerce dans le cadre des lois et règlements en vigueur’’.  Le dialogue se poursuivra. Pour cela, le Premier ministre a mis à contribution les partis politiques de la Majorité présidentielle, après l’échec des négociations le vendredi 17 janvier 2020 ; les organisations de la société civile qui viennent en appoint des efforts des médiateurs traditionnels.

Ce recrutement, quoi qu’étant dans le pipeline, donc n’étant pas dirigés contre les grévistes, selon les services du Premier ministre, illustre que le Gouvernement qui résiste à la bourrasque des syndicats de l’éducation, pour une des rares fois, peut agir d’autorité. Le PM informait lors de sa rencontre avec la Majorité présidentielle : « ils vont aller vers la grève, les retenues sont faites et si dans deux (2) semaines les enseignants ne décident pas de retourner en classe, nous allons procéder à un recrutement exceptionnel de 15 000 enseignants qui ont été formés dans nos IFM (…) ». C’est en train d’être fait.

Par le recrutement en vue, le PM reste sur une logique : garder les élèves en classe. Dans cette veine, la durée du contrat (6 mois) proposé aux volontaires n’est pas anodine. Elle couvre la période nécessaire pour boucler l’année. En clair, quoiqu’il advienne, il n’y aura pas d’année blanche. C’est cela la bonne nouvelle.

La potion amère

Mais, il y a également des interrogations et préoccupations. En effet, dès l’annonce de l’ouverture du recrutement de 15 300 enseignants, certains grévistes n’ont pas tardé à monter sur leurs grands chevaux promettant une guerre totale au Gouvernement, mettant à prix la tête du Premier ministre considéré comme la cause de tous leurs malheurs.

Mais, au-delà d’une surenchère verbale, ont-ils encore une autre carte dans leur manche après avoir tiré sur la corde jusqu’à la rupture (ou presque) ? Quelle guerre peuvent-ils mener contre le Gouvernement en étant hors des classes, qu’ils sont remplacés par d’autres professionnels et que les cours se déroulent conformément au programme établi ?

À certains moments, les choix se paient cash. Les syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 ont joué à la roulette russe ; ils ont été touchés par la seule balle dans le pistolet. Toute réaction spasmodique ne peut être mise que sur le compte d’un baroud d’honneur flétri.

Désormais, la seule alternative reste un retour peu glorieux, dans une position de faiblesse, après avoir bouffé la feuille, à la table des négociations. Ça ne peut être que pour avaler la potion amère de celui qui a perdu la manche.

Un goût d’inachevé

Il y a une autre question qui turlupine une partie de l’opinion : selon l’annonce faite par le PM, le concours devait être ouvert aux « enseignants qui ont été formés dans nos IFM ». À l’heure du recrutement, ces derniers sont remplacés par les diplômés de l’ENSup, de l’ENETP, quand bien même l’équivalence de diplôme rentre en ligne de compte. À quoi cela rime-t-il ?

L’on ne peut non plus résister à la tentation de souligner que c’est au pied levé que les nouvelles recrues seront lancées dans le grand bain, en substitution de ceux qui ont la main (en tout cas ils sont censés l’avoir). C’est un véritable tracassin pour les tenants de l’orthodoxie pédagogique qui redoutent des cours en réclame.

In fine, si une solution de substitution est en passe d’être trouvée à la grève des syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016, l’équation par ailleurs reste entière quant à l’application de l’article 39 de la loi N° 2018-007 du 16 janvier 2018, portant statut du personnel de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spécialisée. Il va falloir turbiner pour quérir l’oseille nécessaire au respect de ses engagements et convenir d’un échéancier avec les grévistes. Cela ne devrait plus représenter un obstacle insurmontable au regard du rapport de force actuel.

PAR BERTIN DAKOUO




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