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lundi 19 avril 2021
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Refonte du système éducatif: l’incantation perpétuelle

Application de l’article 39 de la Loi N°2018-007 du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant de l’Enseignement secondaire, de l’Enseignement fondamental et de l’Education préscolaire et spéciale ; violence dans l’espace scolaire et universitaire ; chute vertigineuse des niveaux (des élèves et des maîtres), voici le triptyque caractéristique, de façon rébarbative, de notre école malade, depuis des décennies, nonobstant les différents thérapies qui ont été appliquées. Quelles sont les dernières péripéties ? Quelle est la recette miracle du Premier ministre Moctar OUANE contenue dans l’axe III du Plan d’Action du Gouvernement de Transition (PAGT) adopté par le Conseil National de Transition (CNT), ce 22 février ? Quelles en sont les limites ?

Les grandes réformes
La mauvaise santé de l’école malienne a été radotée à souhait, au point que cela a tendance à s’inscrire dans une certaine normalité. Les grandes réformes qu’elle a connues n’ont pas empêché une chute inexorable de sa qualité. La présentation suivante desdites réformes a été faite par Seydou Loua.

La réforme de l’enseignement de 1962
L’initiative de réorganiser les systèmes éducatifs africains est née lors de la conférence d’Addis-Abeba sur l’éducation, en 1961. La première réforme de l’enseignement au Mali a donc vu le jour en octobre 1962.
La réforme du système éducatif malien avait pour but de s’attaquer aux aspects qualitatifs et quantitatifs de l’enseignement, à travers cinq objectifs : un enseignement tout à la fois de masse et de qualité ; un enseignement qui puisse fournir avec une économie maximum de temps et d’argent tous les cadres nécessaires au pays pour ses divers plans de développement ; un enseignement qui garantisse un niveau culturel permettant l’établissement d’équivalences de diplômes avec les autres États modernes ; un enseignement dont le contenu soit basé non seulement sur les valeurs spécifiquement africaines et maliennes mais aussi sur les valeurs universelles ; enfin, un enseignement qui décolonise les esprits.
La structure de l’enseignement changea alors, avec un enseignement fondamental, un enseignement secondaire général, un enseignement technique et professionnel, l’enseignement supérieur, l’éducation spéciale, l’enseignement normal et l’alphabétisation. La réforme de 1962 voulait mettre en place une formation adaptée aux réalités du pays et aux exigences du développement scientifique et technologique. Elle permit à beaucoup d’enfants en âge scolarisable d’aller à l’école, et aux autres de bénéficier des programmes d’alphabétisation.
Cependant, en dépit de ce changement d’esprit de l’école malienne après l’indépendance, la réforme rencontra un certain nombre de difficultés. En effet, malgré la volonté affichée, les contenus d’enseignements n’étaient pas adaptés aux réalités du pays. L’enseignement resta plus théorique que pratique car il est difficile d’obtenir un enseignement de qualité avec des classes à effectif pléthorique. Les expériences d’enseignement dans les langues nationales, initiées à travers le pays dans certaines écoles depuis les années 1980, demeurèrent timides et sources de nombreuses discordances.

La nouvelle école fondamentale (NEF)
Le système éducatif malien ne parvenant pas à atteindre tous les objectifs fixés en 1962, la restructuration de l’école fondamentale malienne et de son administration s’imposait : c’est la conceptualisation de la « nouvelle école fondamentale » (NEF) à la suite des journées de réflexion du 27 au 30 octobre 1994. La NEF avait pour finalité de « faire de l’école malienne le lieu d’émergence du citoyen patriote et bâtisseur d’une société démocratique, profondément ancré dans sa culture et ouvert aux autres cultures, maîtrisant les savoir-faire populaires et apte à intégrer les connaissances et compétences liées au progrès scientifique et à la technologie moderne… ». Cette finalité fut reprise par la Loi d’orientation sur l’éducation de 1999. Cette réforme était caractérisée par un tronc scolaire commun, visant à supprimer toute dichotomie entre éducation formelle et éducation non formelle et à mettre en place un ensemble de disciplines et de contenus d’enseignement permettant de faire acquérir à tous les enfants, à travers un multilinguisme fonctionnel, des compétences les rendant capables de s’insérer dans le système de production moderne et de s’adapter aux impératifs de changement de l’environnement. Des modules furent créés, parmi lesquels les activités locales, le renforcement scolaire, l’environnement, la création et l’expression, les activités sportives approfondies, la gestion du quotidien et de l’infrastructure collective, la maintenance des outils et des appareils, les artisanats non implantés localement et les techniques nouvelles.
La mise en œuvre de cette réforme se fondait sur des options stratégiques : décentralisation de l’éducation de base, afin de donner aux collectivités territoriales un pouvoir de gestion des établissements scolaires ; renforcement de l’utilisation des langues nationales dans l’enseignement fondamental, afin de former des enfants bilingues ; développement du préscolaire, afin de mieux préparer les enfants à affronter l’environnement scolaire au moment de la scolarisation ; élaboration et mise en œuvre d’une véritable politique de formation initiale et continue du personnel enseignant, pour combler les insuffisances d’effectifs et de personnel ; promotion de la production de manuels scolaires ; mise en place d’un système de partenariat véritable autour de l’école et détermination des ressources humaines, matérielles et financières nécessaires ainsi que des critères de leur gestion ; liaison étroite entre l’enseignement primaire, secondaire et supérieur pour une meilleure harmonisation et une cohérence du système éducatif ; élaboration d’une politique de communication interne et externe aux différents départements de l’école malienne.
Cette nouvelle réforme de l’éducation de base, mal planifiée et précipitée, ne dura que quatre années. Les failles révélées lors de sa mise en œuvre, notamment l’insuffisance de matériel, de ressources humaines et les mauvais résultats des élèves, conduisirent à son abandon et à la mise en place d’une autre réforme, qui concernerait l’ensemble du système éducatif.

Le PRODEC
Le Programme décennal de développement de l’éducation (PRODEC) était la planification stratégique de la politique nationale de refondation de l’ensemble du système éducatif malien de 1998 à 2008. Le PRODEC s’articulait autour d’un axe référentiel – un village, une école et/ou un centre d’éducation pour le développement (CED) – et de onze axes prioritaires : une éducation de base de qualité pour tous ; un enseignement professionnel adapté aux besoins de l’économie ; un enseignement secondaire général et technique rénové et performent ; un enseignement supérieur de qualité répondant à des besoins prioritaires et aux coûts maîtrisés ; une utilisation des langues maternelles dans l’enseignement formel concomitamment avec le français ; une politique du livre et du matériel didactique opérationnel ; une politique soutenue de formation des enseignants ; un partenariat véritable autour de l’école ; une restructuration et un ajustement institutionnel nécessaires à la refondation du système éducatif ; une politique de communication centrée sur le dialogue et la concertation avec tous les partenaires ; une politique de financement soutenue, rééquilibrée, rationnelle et s’inscrivant dans la décentralisation. De l’éducation de base à l’enseignement supérieur, ces onze axes ont repris les objectifs de la réforme de 1962 de manière plus détaillée, plus ambitieuse et plus contextuelle.
La Loi n° 99-046 du 28 décembre 1999 portant loi d’orientation sur l’éducation fut votée pour mettre en œuvre ce nouveau programme et clarifier la finalité et les nouveaux objectifs de la politique nationale dans le domaine de l’éducation et de la formation, notamment dans son article 11 : ‘’(…) le système éducatif malien a pour finalité de former un citoyen patriote et bâtisseur d’une société démocratique, un acteur du développement profondément ancré dans sa culture et ouvert à la civilisation universelle (…)’’.
À ce titre, il s’agissait, entre autres, de faire acquérir à l’apprenant, dans chaque ordre d’enseignement, des compétences lui permettant de s’insérer dans la vie active ou de poursuivre ses études : entraîner l’apprenant à connaître et à pratiquer les obligations d’un membre actif d’une société démocratique respectueuse de la paix et des droits fondamentaux de l’homme et du citoyen ; créer et stimuler chez l’apprenant l’esprit d’entreprise et de protection de l’environnement.
Outre ces objectifs, le Mali s’était fixé notamment l’amélioration du taux brut de scolarisation et l’alphabétisation des jeunes déscolarisés et non scolarisés âgés de 9 à 15 ans. Afin d’atteindre les objectifs fixés, les autorités maliennes ont mis en place le Programme d’investissement sectoriel de l’éducation (PISE), qui s’est étalé sur trois phases successives (2001-2005, 2006-2009 et 2010-2012). Les objectifs visés par le PISE étaient, entre autres : le développement de l’enseignement fondamental à travers l’amélioration de l’encadrement de la petite enfance ; des taux brut et net de scolarisation ; l’éducation spéciale ; une bonne couverture en matière d’alphabétisation ; la formation et le recrutement d’enseignants dans tous les ordres d’enseignement ; une redynamisation de l’enseignement secondaire, avec de nouvelles filières et de nouvelles disciplines et l’atteinte d’un ratio élève/classe de 50 en 10e année ; un enseignement supérieur rénové, avec une meilleure gestion des effectifs et répondant aux exigences de la mondialisation (notamment le système LMD), la modernisation des infrastructures et le développement de la recherche scientifique.
L’état des lieux de ce programme montre certaines avancées, comme l’amélioration des taux de scolarisation et d’alphabétisation, la réforme du lycée, avec de nouvelles filières, la mise en œuvre du système LMD, encore en expérimentation dans certaines facultés. Cependant, nombreux sont les objectifs qui n’ont pas été atteints, comme la gestion des effectifs étudiants, qui reste disproportionnée malgré la scission de l’Université de Bamako en quatre établissements, ainsi que l’insuffisance d’enseignants et de matériels de travail à tous les niveaux. Les difficultés rencontrées lors des premières phases ont engendré des retards dans l’ensemble de l’exécution du programme.

Le curriculum de l’enseignement fondamental
À travers le PRODEC, le Mali a entamé une approche curriculaire par compétences, dans le but d’améliorer la qualité de son système éducatif. La Loi d’orientation sur l’éducation de 1999 définit le curriculum comme « l’ensemble des dispositifs (finalités, programmes, emplois du temps, matériels didactiques, méthodes pédagogiques, modes d’évaluation) qui, dans le système scolaire et universitaire, permet d’assurer la formation des apprenants ». Le curriculum intègre les besoins éducatifs fondamentaux des apprenants, en impliquant les communautés dans la définition de ces besoins et la détermination des contenus d’apprentissage, afin de mieux lier l’école à la vie. Maiga et al. (2012) indiquent que « le curriculum de l’enseignement fondamental a été mis à l’essai à partir de 2002. Plusieurs évaluations ont été faites et ont été soumises au forum national sur le curriculum de l’enseignement fondamental organisé en mars 2008. Les conclusions de ce forum, qui ont souligné les difficultés, les acquis et les nouvelles orientations, ont été examinées par le Forum national sur l’éducation tenu les 30 et 31 octobre et les 1er et 2 novembre 2008. » Sa conception, sa mise à l’essai et son suivi-évaluation étaient assurés par le Centre national de l’éducation (CNE), la Direction nationale de l’éducation de base (DNEB), des partenaires techniques et financiers dans le cadre du PISE, les académies et l’ONG World Education.
Le curriculum, qui est la suite logique de la pédagogie convergente (l’utilisation des langues nationales dans l’enseignement fondamental), a été mis à l’essai dans 80 écoles à pédagogie convergente. Le niveau I (1re et 2e années) du curriculum a connu en octobre 2005 un début de généralisation sur 2 550 écoles, avec 11 langues nationales. Dans l’esprit du curriculum, l’accueil des enfants en 1re année se fait en langue nationale ainsi que l’essentiel de la première année. Le français est introduit en 1re année sous forme orale, comme langue de communication scolaire ou langue seconde. En deuxième année, on consolide l’apprentissage de l’écrit en langue nationale, et on apprend à lire et écrire en français. En troisième année, l’enseignement de la langue nationale comme matière doit se poursuivre jusqu’en neuvième année.
Le curriculum rencontre un certain nombre de difficultés, notamment en ce qui concerne l’utilisation des langues nationales, qui suscite des débats depuis plusieurs années, ainsi que la formation et le recrutement des enseignants, l’insuffisance de matériels didactiques, etc.

L’approche par compétences
L’approche par compétences vise à développer les compétences des apprenants en tenant compte au moment de l’élaboration des programmes. Dans le curriculum, la compétence est définie comme étant « un ensemble de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être constatés et mesurés, permettant à une personne d’accomplir de façon adaptée une tâche ou un ensemble de tâches ». Selon Cros et al. (2010), « la conception malienne de la réforme curriculaire par compétences est fondée sur les compétences “disciplinaires”, “transversales”, “de vie”, comprenant une approche globale et intégrée de l’apprentissage, un décloisonnement des disciplines et leur regroupement en “domaines”, un apprentissage basé sur la démarche de résolution de problèmes se fondant sur la liaison entre l’école et la vie pour donner du sens aux apprentissages scolaires ». L’enseignant change de rôle et devient un facilitateur pour l’acquisition des compétences, en créant un environnement favorable à l’apprentissage. L’approche par compétences a été adoptée car les résultats des apprenants maliens n’étaient plus satisfaisants depuis plusieurs années. À l’image de plusieurs pays de la sous-région, il fallait trouver une méthodologie d’enseignement et d’apprentissage en rapport avec les innovations antérieures.
Cependant, les difficultés d’application de cette réforme curriculaire par l’approche par compétences sont nombreuses. Les enseignants dénoncent notamment l’insuffisance de formations adéquates, de matériels, de temps, de ressources humaines. Beaucoup d’acteurs font une confusion entre la pédagogie convergente et l’approche par compétences, car la convergence entre les langues nationales et le français n’est pas clairement élucidée. Selon Cros (2010), la non prise en compte de la réforme curriculaire dans la formation initiale des enseignants fait que les jeunes enseignants formés à l’enseignement classique se retrouvent démunis dans des écoles, sans formation par rapport à la nouvelle approche et dans des classes aux larges effectifs. La grande mobilité du personnel enseignant affecté dans les classes du curriculum et majoritairement constitué de contractuels est une difficulté majeure, qui désorganise les écoles et fragilise la mise en œuvre du curriculum.

La réforme licence-master-doctorat (LMD)
Le Mali a institué le système LMD dans son enseignement supérieur public par le décret n° 08-790/RM du 31 décembre 2008, pour répondre aux exigences de la mondialisation en matière d’enseignement supérieur. La faculté des sciences et techniques a été choisie comme faculté pilote, avec un début de généralisation prévu pour 2011. Naparé (2011) cite le ministre malien de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, selon lequel « la réussite du LMD dépendra de son appropriation par tous les partenaires, de l’élaboration des offres de formation, de l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants ». Malgré les difficultés rencontrées au cours des trois premières années à la faculté des sciences et techniques, en raison des problèmes d’organisation et du non achèvement des années universitaires, la généralisation du système a commencé en 2011, avec la scission de l’Université de Bamako en quatre universités et celle de Ségou. Chacune applique le système LMD à sa manière ; les années universitaires ne commencent et ne terminent jamais ensemble ni au même moment pour la même université. De nombreuses difficultés de mise en œuvre, notamment l’insuffisance d’enseignants, de matériels, de documents, de laboratoire, d’Internet, de formation, etc., poussent les enseignants à demander régulièrement de meilleures conditions de travail. Le cas de la faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation, où le système LMD a été mis en place en 2014-2015, en est une illustration. Le système LMD n’apportera une amélioration de l’enseignement supérieur que si des moyens humains, matériels et financiers adéquats sont mobilisés.
L’école malienne a connu plusieurs réformes et innovations pédagogiques dans le but de l’améliorer et de l’adapter aux enjeux éducatifs nationaux et internationaux. Cependant, les efforts consentis pour ces réformes n’ont pas été couronnés de succès, en raison de l’immensité des besoins. Les autorités politiques et scolaires doivent œuvrer ensemble et mettre l’accent sur l’augmentation des taux de scolarisation, le recrutement d’enseignants, l’amélioration de l’efficience ainsi que sur l’efficacité interne et externe des structures éducatives, le développement de la recherche scientifique, une meilleure gestion des ressources, le renforcement de la décentralisation de l’éducation. Les actions d’alphabétisation doivent être renforcées, car les taux brut et net de scolarisation sont certes satisfaisants mais encore éloignés des objectifs de l’éducation pour tous. Ainsi, en 2013, le taux brut de scolarisation du Mali était de 81,5 % avec 89,1 % pour les garçons et 74 % pour les filles. Le taux net de scolarisation était de 62,1 % au niveau national avec 68 % pour les garçons et 56,4 % pour les filles. Avec une mobilisation des ressources humaines de qualité et une gestion efficiente, l’école malienne pourra atteindre ses objectifs à court, moyen et long terme.

Le tournant dans la crise
Conflit social, crises sanitaire (liée à la propagation de la maladie à Coronavirus) et sécuritaire du fait des groupes armés terroristes ont plané sur l’école une année blanche en 2020. L’école, en effet, a été en proie aux soubresauts des arrêts des activités pédagogiques des syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 (SYPESCO-SYNEB-SYNEFC-SYNESEC-SYLDEF-FENAREC-COSES) qui revendiquent l’application de l’article 39 de la Loi N°2018-007 du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant de l’Enseignement secondaire, de l’Enseignement fondamental et de l’Education préscolaire et spéciale qui stipule : ‘’toute majoration des rémunérations des fonctionnaires relevant du statut général des fonctionnaires s’applique de plein droit au personnel enseignant de l’enseignement fondamental, secondaire, de l’éducation préscolaire et spéciale’’.
Pour rappel, les enseignants exigent du Gouvernement les 20 % alloués à la grille des fonctionnaires relevant du statut général, un accord signé en 2019 entre le gouvernement du Mali et l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), ainsi que le Conseil national du patronat du Mali (CNPM),
La revendication du Collectif National des Enseignants du Supérieur (CNESup) vise deux objectifs:
1) L’application immédiate de l’article 66 de l’ordonnance N° 2017- 036/P-RM du 27 septembre 2017 afin de bénéficier l’augmentation de 20% accordée au statut général des fonctionnaires.
L’article 66 stipule : « Toute revalorisation des rémunérations des fonctionnaires relavant du statut général s’applique d’office aux enseignants -chercheurs de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ».
2) La majoration de l’indice plafond des Enseignants-Chercheurs à l’indice 3000.
La crise sécuritaire, puis celle de la maladie à Coronavirus ont également conduit à la fermeture des classes.

Le PV de conciliation du 17 juin
Dans ce contexte très difficile est intervenu le procès-verbal de conciliation du 17 juin 2020 entre le Gouvernement et les Syndicats signataires du 15 octobre sanctionné par le communiqué suivant : ‘’ L’an deux mil vingt et le 17 juin s’est tenue dans la salle de conférence Bakary Traoré du ministère de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique une réunion de conciliation entre le gouvernement et les syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016(SYPESCO-SYNEB-SYNEFC-SYNESEC-SYLDEF-FENAREC-COSES) conformément à l’avis de réunion n°2020-000113/MDSTFP_SG du 17 juin 2020 du ministre du dialogue social, du travail et de la fonction publique.
Après discussion sur la revendication relative à l’application immédiate de l’article 39 de la loi n°2018_007 du 16 janvier 2018 portant «statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et l’éducation préscolaire et spéciale», le gouvernement s’engage à élever la grille indiciaire du statut du personnel de l’enseignement secondaire de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale ainsi qu’il suit:
-Indice plafond de la catégorie A 1267 pour compter du 1er janvier 2019
-Indice plafond de catégorie A 1382 pour compter du 1er janvier 2021.
Les parties ont convenu de fixer la date d’application de cet accord sur le salaire du mois d’août 2020 avec le rappel des arriérés de 2020. Toutefois en cas de difficulté, le payement interviendra sur celui du mois de septembre 2020. Pour ce qui concerne les arriérés de 2019 le payement interviendra un mois après l’alignement ou au plus tard celui qui suivra ce dernier.
Une commission d’élaboration d’avant-projets de grille indiciaire constituée des représentants de la commission de conciliation des parties gouvernementale et syndicale sera mise en place et commencera ses travaux le jeudi 25 juin 2020’’.

L’Ordonnance de la Junte
En prenant l’Ordonnance n°2020-002/P-CNSP du 11 septembre 2020, le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) met un terme au feuilleton de l’application immédiate de l’article 39 de la loi n°2018-007 du 16 janvier 2018 portant «statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et l’éducation préscolaire et spéciale», le gouvernement s’engage à élever la grille indiciaire du statut du personnel de l’enseignement secondaire de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale.
Les parties, au cours des discussions, sont convenues des points suivants : la signature d’un projet d’ordonnance relatif à la modification de Loi n°2020-007 du 16 janvier 2018 ainsi que du projet d’arrêté interministtériel relatif à la transposition du personnel concerné ; l’alignement de l’indice plafond A à 1 267 sur le salaire du mois de novembre ; le paiement des rappels différentiels des mois de janvier à octobre 2020 sur le salaire du mois de novembre ; le paiement de la première moitié des arriérés de 2019 au mois de décembre 2020 ; le paiement des arriérés de la seconde moitié de 2019 au mois de mars 2021, l’alignement de l’indice plafond de la catégorie A à 1 382 à compter du 1er janvier 2021 ; la reprise effective des cours et activités pédagogiques dans les écoles de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale pour compter du lundi 14 septembre 2020 sur toute l’étendue du territoire national.
Il faut rappeler qu’une première négociation entre le Comité National pour le Salut du Peuple et les Syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 (SYPESCO, SYNEB, SYNEFCT, SYNESEC, SYLDEF, FENAREC, COSES) s’était soldée par un échec entrainant une annulation de facto du calendrier des examens pour les classes concernées. Cette fois-ci aura donc été la bonne pour sortir l’école du guêpier dans lequel elle était tombée ? C’est du moins ce qu’espèrent les élèves et les parents d’élèves tourmentés par la perspective de renouer avec les perturbations scolaires.
Au regard des conséquences fâcheuses des grèves des enseignants, il serait superflu de rappeler l’impérieuse nécessité pour les nouvelles autorités d’honorer leurs engagements pour que plus jamais l’école ne connaisse les turbulences dont elle sort à peine.

La recette du PAGT
Le lundi 22 février 2021, le Premier ministre Moctar OUANE faisait adopter par les membres du Conseil National de Transition le Plan d’Action du Gouvernement de Transition à une écrasante majorité de 100 voix favorables. Le 3e axe de ce PAGT porte sur la refonte du système éducatif à partir de 2 priorités : négocier un moratoire avec les partenaires sociaux de l’éducation en mettant en place un cadre de concertation régulier ; engager une refonte du système éducatif.

Le Moratoire
Moctar OUANE annonce que le Gouvernement mettra en place un cadre légal de discussions qui associera l’ensemble des partenaires sociaux de l’École (administration scolaire, corps enseignant, syndicats, parents d’élèves) autour des problèmes de l’École et permettra de les aborder en toute responsabilité.
Il annonce que le dialogue social qui sera instauré s’inscrit dans une démarche de démocratie sociale et participative autour des enjeux de l’école malienne avec des acteurs légitimes et responsables. De façon plus spécifique, fait savoir le Premier ministre, le Gouvernement procèdera à : la redynamisation du cadre permanent de concertation avec les partenaires sociaux afin d’obtenir un moratoire sur toutes les revendications d’ordre corporatiste ; l’implication des personnes ressources, y compris les leaders religieux, à la prévention et à la résolution d’éventuels conflits sociaux entre le gouvernement et les partenaires de l’école.
Le Gouvernement veut un moratoire. Pourtant, c’est lui qui se dit Crésus, puisque tous ses engagements sont budgétisés. En clair, il dispose des espèces sonnantes et trébuchantes. Dès lors, faudrait-il prendre les enseignants pour des instituts de charité pour leur demander un moratoire après qu’ils ont été gazés et matraqués, qu’ils ont connu des retenus de salaire, réduits à leur plus simple expression pour nombre d’entre eux? Il faut renoncer à chercher le mouton à cinq pattes. Dans l’Ordonnance n°2020-002/P-CNSP du 11 septembre 2020, le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP), des engagements clairs et précis, avec des échéanciers ont été pris. Seule leur application pourrait nous sortir de ce grave conflit social dont les plaies sont loin d’être cautérisées.
Le Premier ministre, dans son aventure, cherche d’ores et déjà le bouclier des religieux. Diantre ! Pourquoi ne tire-t-on pas les leçons dans ce pays ? Le conflit toujours larvé, est né de l’obstination de l’Etat à ne pas appliquer une disposition légale, donc à violer, alors qu’il est sujet de droit. Parce que dans un Etat de droit, la loi s’applique à tout le monde. Sa résolution passe par l’extinction de la revendication. Point barre. Autant dire qu’il faut laisser les religieux à leurs prêches et le Gouvernement à la satisfaction de la demande sociale.

La refonte
Pour cette deuxième priorité, le Premier ministre rappelle que de 1962 à nos jours, l’école malienne a connu plusieurs réformes dans le but de l’améliorer et de l’adapter aux enjeux. Malgré les efforts déployés, force est de reconnaître que les résultats obtenus sont en deçà des attentes légitimes de nos concitoyens.
‘’En effet, si des indicateurs clés comme les taux de scolarisation et d’alphabétisation ont progressé, la politique éducative témoigne de plusieurs insuffisances. C’est pourquoi le Gouvernement entreprend d’organiser les assises nationales de l’Éducation qui auront pour but d’établir un diagnostic et un état des lieux sans complaisance du secteur éducatif et de dégager des propositions fortes en vue d’une refondation pertinente et efficace du système d’éducation et de formation’’, annonce-t-il.
M. OUANE ajoute que ces assises réuniront l’ensemble de la communauté, les acteurs de tous les ordres de l’éducation du préscolaire au post-universitaire, public et privé, les représentants des organisations syndicales, les experts nationaux, les représentants de la société civile, les autorités coutumières et religieuses. Dans ce cadre, le Gouvernement procédera à la mise en place d’une commission d’organisation qui sera chargée de : la tenue des assises nationales sur l’éducation ; la relecture et validation du guide d’évaluation selon l’approche par compétence (APC) pour l’enseignement technique et professionnel ; l’élaboration d’une stratégie et d’un plan de généralisation progressive du curriculum bilingue de l’enseignement fondamental des niveaux 1, 2, 3 et 4 ; l’élaboration du manuel de procédures de gestion des établissements d’enseignement professionnel (incluant la gestion des unités mobiles de formation) ; l’élaboration et dissémination du manuel de procédures de gestion des cantines scolaires ; l’élaboration de manuels scolaires, de guides destinés aux medersas et écoles franco-arabes niveau 1 et 2 dans le cadre du projet d’appui à l’éducation bilingue (PAEBB).
En somme, comme le recommandait le Dialogue National Inclusif (DNI), le substrat naturel indispensable à toute démarche en la matière est de déterminer quelle école pour quel type d’homme ? C’est de la réponse à cette question que dépendront l’identification et la mise en œuvre des actions devant permettre d’avoir une école de qualité. Sans être particulièrement nostalgique de l’ancien Président Ibrahim Boubacar, sa préoccupation exprimée dans une interview accordée au journal «Construire l’Afrique», en avril 2007, est interpellative, même si ce que lui-même a fait est un autre sujet de débat : «(…) mais, j’ai, aujourd’hui, une préoccupation qui me tient à cœur : c’est l’École. Car, vous ne pouvez pas parler aux cadres maliens, surtout de la génération actuelle, sans être effaré par leurs types d’expression ; l’écrit est encore pire ! Je vous assure que c’est grave. Ce pays qui a fourni les meilleures élites à la sous-région est à la traîne. Or, tout pays qui n’aura pas su soigner la qualité de ses ressources humaines ne sera pas convié au banquet de l’avenir ».

PAR BERTIN DAKOUO




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