Reprise des hostilités à Kidal: ce qui attise la tension

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Avant-hier encore, après une énième bouclée de tension entre les deux frères ennemis, des affrontements violents ont repris entre des combattants de la Plate-forme et la CMA, signalés en dehors de la ville, à plus de 60 kilomètres. Le fait que les affrontements se déroulent loin de la ville de Kidal est un signe annonciateur de l’escalade de la violence qui ne finit pas d’embrasser la zone. Les raisons ? Les dessous ?

C’est le HCUA, branche de la CMA, et le Gatia, composante de plateforme, les deux frères ennemis, tous deux signataires de l’accord de paix, qui s’affrontent à Kidal. Les premiers affrontements, éclatés, il y a quelques semaines, et qui ont conduit à une condamnation unanime des acteurs de la crise malienne, se sont déroulés, avec une violence inouïe à l’intérieur de la ville de Kidal. Là-dessus, tout a été dit : de communiqués en communiqués, souvent des plus contradictoires, chacun des camps opposés ont accusé l’autre, en exprimant clairement sa volonté d’aller à la paix, conformément aux accords initiaux conclus entre eux pour ne jamais résoudre la crise les concernant par la manière forte. Mais, il est clair que Kidal a une grande particularité dans la démonstration de la violence : les accords de paix noués n’intéressent en réalité que ceux qui les croient. Une fois signés et rendus publics, les accords de paix entre les deux frères ennemis sont tout de suite violés et mis dans les placards. Le mardi 9 août dernier, ce fut le remake des affrontements précédents, car les deux camps, en dépit des ententes de paix négociées et signées à Niamey, ont dû recourir, cette fois-ci encore, à l’usage de la force.
Eh bien, en dépit des efforts déployés, de part et d’autre, impliquant même la communauté internationale, via la Minusma et le gouvernement malien, Kidal a connu de nouveau de violents affrontements. De toute vraisemblance, les hostilités ont éclaté, loin de la ville, à plus de 60 kilomètres de Kidal. Hier, au moment où nous mettions sous presse, rares étaient les informations disponibles, en dehors de quelques communiqués émanant des belligérants sur lesquels il est complètement impossible de faire la part des choses, faisant état des circonstances exactes de ces nouveaux affrontements sur le terrain. Cependant, il apparait plus nettement, selon des témoignages concordants, que tout est parti d’un convoi d’hommes armés provenant de la ville de Kidal, appuyés par une logistique de guerre, qui a attaqué, dans une région reculée, des positions apparentée à celle des ennemies, des membres du Gatia.
Si les combats se sont déroulés, comme c’est bien le cas, à l’extérieur de la ville de Kidal, c’est qu’il y a eu bel et bien provocation et une réelle volonté d’en découdre avec l’ennemi. Et cela, en violation flagrante des accords intervenus et des dispositions sécuritaires envisagées sur le terrain pour contrer l’escalade de la violence dans cette partie du pays. Schématiquement, la ligne de front est dégagée, ici, de manière tellement plus distante, qu’il n’est plus possible de se tromper sur les circonstances de ces nouveaux affrontements entre les deux camps. Dès les premiers assauts, intervenus, il y a quelques jours, les mesures sécuritaires, envisagées par la Minusma, qui dit avoir recours à toutes ses responsabilités pour protéger les populations civiles, ont en quelque sorte laissé cantonner les combattants du Gatia, lesquels ont dû abandonner leur position à l’intérieur de la ville de Kidal pour se positionner dans les abords.
Et c’est justement dans le contexte de ce repli stratégique, en dehors de la ville, que les combattants du Gatia, assujettis à une telle posture militaire, ont essuyé en pleine figure des tirs nourris, provenant d’un convoi militaire du HCUA. Les scènes de violence à Kidal, de plus en plus exacerbées entre les deux camps, sont liées à la manière quelque peu singulière, dont les mesures sécuritaires sont envisagées sur le terrain ; laissant plus nettement la possibilité de mobilité à l’un des belligérants, les combattants HCUA, pouvant sans connaître aucune entrave, en cela, aller et revenir au-delà de la ville de Kidal, munis de leur arsenal de guerre, tout en affaiblissant l’autre adversaire, en l’occurrence le Gatia, qui n’a lui aucun moyen de se déplacer, car cantonné dans une base qui lui est affectée, loin de la ville.
À partir des derniers affrontements survenus à Kidal, entre les deux frères ennemis, et qui ont considérablement menacé le processus de paix, les combattants du Gatia ont été sommés de quitter la ville pour y être parqués en dehors. Pendant ce temps, comme si ce n’était pas le même conflit, ni le même terrain, encore moins les mêmes belligérants, aucune disposition sécuritaire, immédiate et contraignante, n’a été observée pour les hommes du HCUA, bénéficiant de la logistique de la CMA, pouvant se déplacer là où ils veulent, au-dedans, tout comme en dehors d’une ville, pour laquelle ils agissent comme en terrain conquis. La crise a éclaté de nouveau, ce mardi 9 août, entre les deux camps opposés, car la duplicité a fait sa loi sur le terrain des affrontements, contraignant l’un à se cantonner sur sa position et laissant libre cours à l’autre des adversaires de mener ses raids violents là où il veut. Il est clair qu’une disposition sécuritaire, adoptée, entre les deux parties, avec plus d’impartialité et de responsabilité, n’ayant visiblement que pour seule visée la fin des hostilités et le retour de la paix à Kidal, aura pu empêcher cette nouvelle escalade de la violence, à laquelle on assiste, depuis le début de cette semaine, et sur l’exacerbation de laquelle nul, parmi les acteurs multiples concernés par cette crise malienne, ne peut valablement se décharger de ses responsabilités.

Sékouba Samaké

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