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vendredi 25 septembre 2020
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Respect des droits de l’Enfant: encore du chemin à parcourir

L’UNICEF et ses partenaires organisent du 1er au 6 août, la 13e édition d’Oxyjeunes, à Koulikoro, sur le thème : ‘’Pour chaque fille, tous ses droits’’. Elle se tient dans un contexte où le respect des droits des enfants constitue un grand défi pour le Mali avec la prévalence élevée de mariages des fillettes ou encore des enfants, loin des écoles, sont utilisés par  des groupes djihadistes…

La ville de Koulikoro accueille du 1er au 6 août la 13e édition d’Oxyjeunes organisée par le Gouvernement, en partenariat avec l’UNICEF, Save the Children. L’organisation de cette édition autour de ce thème est une invitation aux parties prenantes à prendre des mesures pour renforcer le bien-être et l’autonomisation de la fille au Mali selon les articles de la CDE, la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes, le Protocole à la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique,  (« Protocole de Maputo ») et la CADBEE.

Durant une semaine, des dizaines d’enfants venus de toutes les régions et du District de Bamako vont échanger sur leur plein épanouissement et le manquement à leurs droits fondamentaux. Au cours de cette retraite, ils élaboreront des productions  journalistiques, artistiques, des chants en vue de faire des plaidoyers pour le respect de leur droit. Le contexte de la tenue de ce rendez-vous des enfants du Mali est marqué par de nombreux défis pour l’État de mettre un point d’honneur à ses engagements.

En effet, en dépit de la signature par le Mali de la Convention relative aux droits de l’Enfant (CDE) qui célèbre son 30e anniversaire cette année le respect des droits des enfants demeure un défi majeur. L’espoir d’une enfance épanouie pour tout le monde est encore loin de la réalité à cause du mariage d’enfants, la fermeture des écoles, à cause de l’insécurité, le travail des enfants…

Enfance et mariage

Des enfants n’arrivent pas à profiter de leur enfance à cause de leur mariage. Très tôt, sous la pression de la tradition, de la région, des parents donnent leurs filles en mariage avant même 15 ans. Des pratiques tolérées par le pouvoir central, en dépit du fait qu’elles enfreignent la loi. Conséquence : elles sont en train de priver de milliers de filles de leur droit à l’éducation, à l’image de Bintou GUIROU. À 13 ans, elle a été contrainte d’abandonner sa scolarisation au profit d’un mariage arrangé par sa famille. Celle, qui rêvait de poursuivre des études supérieures, contrairement à des filles de son village natal, va être éloignée de son ambition. À Bamako où nous l’avions rencontrée chez sa cousine, elle raconte son histoire avec peine et amertume. « Un matin, mon mari m’a interdit d’aller à l’école », se souvenait encore la petite Bintou la gorge nouée. Se sentant trahie par sa famille, elle a décidé de s’enfuir pour venir à Bamako. « Ma cousine qui m’a accueilli n’a pas les moyens de subvenir à ses besoins et faire face aux miens. Dans cette condition, j’ai vite compris que je ne pouvais pas étudier», explique-t-elle avec beaucoup d’amertume.

Comme elle, selon  l’enquête par grappes à indicateurs multiples au Mali de l’Institut national de la statistique du Mali (INSTAT), 16% des filles se sont  mariées avant 15 ans. Mais, la région de Kayes affiche le record avec un taux de mariage d’enfants où c’est seulement une fille sur quatre inscrite à l’école qui termine son cursus éducatif. La région de Kayes est suivie de Koulikoro. Dans cette région, environ 58% des filles se marient à moins de 18 ans (MICS 2015). En plus du mariage d’enfants, certaines familles retirent leurs enfants de l’école de crainte que les filles ne subissent des grossesses non désirées.

Et les mesures soulignées pour minimiser le mariage d’enfants telles que le relèvement de l’âge au premier mariage de la jeune fille à 18 ans, conformément à la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant (CADBEE), ne sont pas jusque-là soutenues par l’État. Les différents bureaux du Parlement des enfants et des partenaires de la défense des droits des enfants ont interpellé sur le sujet en vain.

Outre le mariage, les enfants sont également privés d’éducation scolaire par leurs parents et mis à contribution pour des travaux de la famille, notamment sur les sites d’orpaillage. À Diabarou, dans la commune rurale de Dabia, des centaines d’enfants et adolescents constituent les bras valides de leur famille à la recherche de l’or.  Sadio KANTE et Sira COULIBALY respectivement 15 et 12 ans ont été retirés de l’école au profit de l’extraction de l’or, sur injonction de leurs mères respectives. Déscolarisées, elles pensent être condamnées à poursuivre cette activité.

« Je fais ce travail depuis 5 ans. J’ai abandonné l’école, en classe de 5e année», nous expliquait Sadio, tout en révélant qu’elle a été contrainte à cet abandon pour des raisons financières. « Mes parents n’ont pas de moyens. C’est pourquoi ma mère m’a dit de quitter l’école afin de l’aider sur le site. Ce que je gagne permet de prendre en charge des dépenses de ma famille», soutenait-elle.

Outre ces pratiques encouragées par nos traditions, l’insécurité dans le pays a eu aussi son impact négatif sur les droits à l’éducation des enfants.  En effet, lors de la rentrée scolaire de l’année en cours, moins de 750 écoles étaient fermées empêchant ainsi de milliers d’individus de leur droit à l’instruction.  Aussi, malgré le programme « Éducation pour tous », plus d’un million d’enfants en âge d’aller à l’école ne sont pas scolarisés.

Par Sikou BAH




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