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samedi 22 juillet 2017
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Restauration de l’intégrité territoriale et lutte contre la corruption: deux fronts, deux affronts

Comme un mirage dans le désert, la paix semble choisir d’être volage, insaisissable au Nord du Mali ; tandis qu’au Sud les cliquetis des affaires avec leurs connections corses jusque dans des paradis fiscaux, émoussent la confiance et l’espoir des Maliens largement accordés, voilà un an, à l’homme de toutes leurs espérance : Ibrahim Boubacar KEITA.

L’imbrication des affaires, aussi gênantes les unes que les autres, pour le régime du Président IBK et la complexification de la question touareg, fortement polluée par sa relation incestueuse avec le narcotrafic et terrorisme-jihadiste, impactent la confiance des Maliens et mettent aujourd’hui le pays dans une situation de mauvaise passe qui alimente et les diatribes des adversaires et les chroniques à travers le monde. En cause : les premiers pas du régime sur le terrain de la stabilisation du Nord et de la lutte contre l’impunité, n’ont pas été, hélas, très convaincants.

 

Le Mali avant tout

Pour rappel, le Président IBK a été élu sur deux fronts avec deux promesses fortes : restaurer « l’Honneur du Mali » et faire « le Bonheur des Maliens » ; déclinaisons d’un programme présidentiel qui a galvanisé les Maliens, programme intitulé « Le Mali d’abord » ou « Mali fôlô » en langue bamanankan.

Le « Mali d’abord », explique le Président IBK lui-même le 7 juillet 2013 dans un stade du 26 Mars qui a refusé du monde, c’est « Le Mali avant tout ! Le Mali comme seul objectif, comme seule urgence, comme seule priorité ! Le Mali, tel que nous l’aimons, tel que nous le rêvons : un pays en paix et en sécurité, un pays rassemblé, réconcilié. Un pays dirigé par des hommes responsables. Un pays géré par d’honnêtes serviteurs de l’Etat. Un pays protégé par de vrais patriotes. Un pays guidé par un homme qui connaît son peuple, qui écoute son peuple, qui aime son peuple.»

Tout est dit là en filigrane dans un ambitieux et vertueux projet dont le sous-bassement est une Tolérance zéro en matière de lutte contre la corruption et l’impunité ; et qui peut ainsi se résumer à : reconstruire un Etat fort au service de l’efficacité, et dont l’un des socles devra être la justice et la bonne gouvernance et construire une République exemplaire et intègre dans laquelle l’exemple viendra d’en haut, dans laquelle la justice sera implacable.

Un an après, l’angoissante question reste entière pour les millions de Maliens qui ont placé leur confiance au Président IBK : a-t-il eu le temps et les moyens ou était-il simplement prêt ou préparé « à redonner au Mali son honneur » ; « à bâtir avec vous tous, maliennes, maliens, le Bonheur dont vous avez besoin, le Bonheur que vous méritez » ?

 

Sur le premier front

Le Président IBK avait promis « pour l’honneur du Mali », de rétablir la sécurité sur l’ensemble de notre territoire et d’être le garant de la sécurité de tous les Maliens. Convaincu que la sécurité n’a pas de prix, et donc pour la garantir le Président IBK avait préconisé de reconstituer la capacité de défense et de surveillance du territoire national. « Désormais, avait-il promis le 7 juillet, aucun groupe terroriste ou criminel ne franchira la frontière du Mali sans trouver devant lui les forces armées nationales en position de combat».

Pour ce faire, une loi d’orientation et de programmation militaire devrait être votée et appliquée de manière rigoureuse : « Elle devra prévoir pour les 10 ans à venir les besoins nécessaires pour remettre à niveau notre appareil de défense, et lui permettre de faire face aux nouveaux défis. La conséquence sera une hausse très importante des moyens alloués au budget de la défense. (…) L’utilisation de moyens mobilisés, sera scrupuleusement contrôlée, pour qu’aucun centime dédié à la sécurité des maliens ne soit dévoyé. Je le dis, je le ferai ! Inch’Allah ! »

Ces engagements n’ont pas été que des promesses électoralistes en l’air. Ce qu’on ne peut reprocher à IBK, c’est sa volonté et sa détermination inflexibles d’incarner et d’être le garant du respect de la souveraineté du Mali, une souveraineté qu’il a défendue à toute les tribunes, comme pleine, entière et non négociable. Au point que ceux qui ont deux fers au feu l’ont traité de  « un Président sous tutelle » « qui n’a pas les moyens de son orgueil » et dont l’«intransigeance» irrite et agace.

Mais le revers de la médaille a été le 21 mai dernier. L’entêtement, pour ne pas dire plus, d’un Premier ministre qui arrime les Maliens à la triste réalité du terrain, ou en tout cas qui change totalement la donne sur le terrain. Le triste bilan de la visite de MARA et ses conséquences durables marqueront et entacheront à jamais le premier mandat du Président IBK : une armée défaite et en débandade, une cinquantaine de soldats tués, une administration locale décapitée, au propre comme au figuré, les ¾ du pays encore échappant au contrôle total de l’Etat et le retour triomphal des groupes terroristes qui avaient été chassés du Nord au prix de tant de sacrifices en vie humaine (soldats étrangers et maliens), de tant de moyens déployés, d’argent déboursé par la Communauté internationale.

Comme un retour à la case départ, la détérioration de la situation sécuritaire au Nord du pays est un affront que la récente et inconvenante injure (il suffit d’un coup de feu pour que les soldats maliens détalent) aux forces armées et de sécurité de Moussa MARA rend insupportable.

 

Sur le second front

Les Maliens ont voté massivement pour le candidat IBK parce qu’ils le savaient homme d’Etat, partisan de la fermeté, d’un Etat fort, sans aucun Jacobinisme tropical qui saura être au service de l’efficacité, et dont l’un des socles devra être la justice et la bonne gouvernance. Sur les raisons du choix, il n’y a eu aucune maldonne et le message d’IBK était très clair et très audible : « Il nous faut un Etat fort. Ainsi, face à la loi du plus fort, nous opposerons la force de la loi ! Vous me connaissez, je peux vous dire qu’elle s’imposera ! (…) La lutte contre la corruption sera organisée sur la base d’un principe : la Tolérance zéro. La justice sera implacable, mais juste. Le glaive de la justice ne tremblera pas. Il ne tremblera pas, car je bâtirai une République exemplaire et intègre. L’exemple viendra d’en haut, avait promis IBK le 7 juillet 2013 (…) ». Avant d’ajouter dans son discours d’investiture : « En tant que Président de la République, je veillerai à la bonne gestion des deniers publics. Je mettrai en place les mécanismes appropriés pour assurer la transparence et l’efficacité de la dépense publique. Nul ne pourra s’enrichir de manière illicite sur le dos du Peuple Malien. Je bâtirai avec le concours de tous, un Etat fort, impartial, qui sera totalement dédié au service du Bien-Etre moral et matériel de la Nation Malienne.»

 

Une cascade d’affaires

La floraison et la persistance des affaires, tout au long de la première année de mandat, sonne comme un démenti cinglant des engagements du Kankelentigi en matière de lutte contre la corruption et l’impunité. Qu’il soit dit que sous le probe et l’intègre homme d’Etat en qui les Maliens ont investi leurs derniers espoirs que les dizaines de milliards soient détournés, au moyen de trafic d’influence et de favoritisme, est un affront pour l’espérance d’un Mali nouveau, un crime que le peuple attend de voir puni avec la dernière rigueur.

La volonté affichée d’instaurer une tolérance zéro, spécifiquement en matière de lutte contre l’impunité, est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Après la publication du rapport du BVG (qui n’a subi aucune pression de la part de Koulouba), les Maliens sont en droit d’attendre de leur Président que les actes riment avec les engagements, que l’exemplarité annoncée commence par s’appliquer. L’occasion est offerte avec le rapport du BVG.

L’inversion de la courbe de la déception

Par ailleurs, si l’on peut mettre la libération des terroristes et de criminels aux mains trempées dans le sang de notre peuple dans le chapitre des concessions officiellement appelées « mesures de confiance», rien, absolument rien, n’imposait au Mali souverain l’acceptation de conditions permissives(la limitation du nombre de soldats à Kidal) qui entravent l’uniformisation de la souveraineté du Mali sur l’ensemble de son territoire et celles qui donnent le sentiment légitime de renoncement, d’abandon, de capitulation face au chantage des alliés et aux diktats des partenaires, sentiment aujourd’hui diffus dans l’opinion que tout se fait comme par le passé. Parce qu’après tout, l’on n’était pas obligé d’accepter l’inacceptable sous la pression du FMI : renoncer au secret défense pour équiper notre armée avec la modification de l’article 8 du Code des marché public, s’engager à auditer des acquisitions sur décisions souveraines de l’Etat malien, et, pire, s’engager à publier les résultats de ces audits et de punir les coupables. Pour avoir quoi en retour ? Mais le vin est tiré, il faudra désormais à MARA et à son gouvernement qui se sont aplatis devant Christian Josz, de le boire, jusqu’à la lie, sans aucune entrave.

Aussi, urge-t-il que le Président de tous les Maliens procède par des décisions audacieuses et idoines à l’inversion rapide de la courbe de la déception et du pessimisme pour relancer l’espoir et restaurer la confiance, en attendant de restaurer « l’Honneur du Mali » et « le Bonheur des Maliens ».

IBK peut, et il le doit aux Maliens.

Par Bertin DAKOUO

 




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