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lundi 19 février 2018
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Ruée vers la présidentielle 2018: l’inconséquence politique

Par un aggiornamento, les préalables de la Plateforme ‘’An te a bana’’ étaient la libération des localités occupées et le retour de l’administration et de ses démembrements ; le retour des forces armées et de sécurité dans lesdites localités pour garantir la tenue du scrutin dans des conditions de sécurité adéquates ; la possibilité pour toutes les populations de l’intérieur et de l’extérieur de participer à cette consultation nationale. Dès l’annonce du retrait du projet de révision, le 7 août 2017, c’est la ruée vers les élections locales et régionales et la présidentielle. Pourtant les préalables demeurent. Où est la cohérence ?

Alors que les élections régionales, du District et locales, sont prévues pour le mois d’avril prochain, c’est la présidentielle du mois de juillet qui donne plutôt lieu à une frénésie de la part des acteurs politiques. ‘’Le changement’’ sur toutes les lèvres est devenu la poudre de perlimpinpin, y compris de ceux qui sont atteints de cacostomie, ceux-là mêmes qui ont été de tous les râteliers et de toutes les aventures politiques de ce pays. Le plus affligeant, c’est l’inconséquence dont ils font montre dans leur course effrénée à la présidence de la République.

Les exigences
Pour rappel, la Plateforme ‘’An te a bana-Touche pas ma Constitution’’, dans son communiqué en date du 23 juin 2017, avait posé pour préalables à toute consultation référendaire :
-Le retrait du texte en sa forme actuelle et l’ouverture d’une large concertation des Forces Vives de la Nation en vue d’aboutir à l’adoption d’un texte consensuel ;
– La libération des localités occupées et le retour de l’administration et de ses démembrements ;
– Le retour des forces armées et de sécurité dans lesdites localités pour garantir la tenue du scrutin dans des conditions de sécurité adéquates ;
– La possibilité pour toutes les populations de l’intérieur et de l’extérieur de participer à cette consultation nationale.
Cette Plateforme éclectique comprenant des Partis politiques essentiellement de l’Opposition qui en seraient d’ailleurs les bailleurs de fonds, les syndicats, le tout porté par une société civile déterminée.
Après l’annonce du retrait du projet de révision constitutionnelle par le Président IBK, en août dernier, c’est à une véritable ruée vers la présidentielle que l’on assiste. Les candidats, des plus anonymes aux plus célèbres, piaffent d’impatience et exigent même la tenue de cette échéance. Les déclarations de certains leaders politiques, figures de proue de la Plateforme ‘’An te a bana-Touche pas ma Constitution’’ sont à cet effet édifiantes.

Le paradoxe
Dans un entretien accordé à RFI, le 10 janvier dernier, le Président du PARENA, Tiébilé DRAME, affirmait : “je ne vois pas encore ce qui se met en place pour préparer l’élection présidentielle de 2018. C’est-à-dire réunir sans tarder toutes les forces vives du pays pour faire l’audit du fichier électoral, pour prendre les mesures législatives nécessaires, pour renforcer le pouvoir de la commission électorale. Donc, il y a des mesures urgentes à prendre pour clarifier le rôle de la Cour constitutionnelle du Mali. Il y a une nécessité de réunir les parties prenantes. Nous devons nous parler. Et que le gouvernement se mette au travail pour élaborer un chronogramme précis, afin que nous soyons prêts pour juillet-août 2018”.
Mieux, pour réussir le challenge du changement, il plaide pour une candidature unique des Partis politiques de l’Opposition républicaine et démocratique : “au regard de l’immense échec du président de la République, au regard de l’immense gâchis auquel nous assistons aujourd’hui quatre ans et demi qui ont vu la situation du pays se dégrader, maintenant, parce que l’alternance est la question la plus importante, je suggère le plus large rassemblement possible de toutes les forces du pays autour d’un projet, pour, justement, relancer le processus de paix au nord, éteindre le feu au centre. J’appelle à une candidature commune de l’opposition, autour d’un projet’’.
Cet autre cacique de la Plateforme, Modibo SIDIBE, président des FARE AN KA WULI, qui s’est évanoui lors d’un meeting, n’est pas en marge de cette agitation, lui qui écume les ‘’grins’’ de longue date pour justifier la gestion de ‘’l’Initiative riz’’ qui continuent à faire des vagues. En effet, lors de sa visite au siège de l’ASSEP, il a été impératif : ‘’l’élection présidentielle doit être tenue à la date indiquée, dans les conditions de transparence totale, et dans une stabilité minima’’.
Le Chef de file de l’Opposition, président de l’URD, Soumaïla CISSE, lors de la clôture de la 8e conférence nationale de son Parti, en novembre 2017, lui, sonne carrément la mobilisation générale, en ergotant au passage le régime en place : ‘’préparez-vous, car l’élection de 2018 se tiendra inchalla. Nous sommes convaincus que l’élection aura lieu. Sinon, dans le cas contraire, c’est l’aventure pour le Mali. Et nous ferons tout pour remporter la bataille. On ne peut pas confier le pays à des gens qui ont échoué’’.
Le Président du CNID-FYT, s’il ne s’est pas affiché aux côtés de la Plateforme ‘’An te a bana-Touche pas ma Constitution’’, n’en partageait pas moins ses préoccupations comme l’atteste cet extrait de la déclaration du Comité directeur du CNID-FYT du 17 juin 2017 : ‘’constatant aussi que certaines autres dispositions sont fortement contestées par une partie de la classe politique et de la société civile’’.
L’ancien ministre d’IBK a pourtant lui aussi les yeux rivés sur la présidentielle qui devient une obsession chez plus d’un, certains jouant pratiquement leur dernière carte.
Selon le compte-rendu d’un confrère, le président du Congrès national d’initiative démocratique, Me TALL, lors de la traditionnelle présentation de vœux à la presse, le mardi, 16 janvier dernier, à la Maison de la presse, a soutenu : ‘’il est important que les élections se tiennent à bonnes dates, (Juillet pour la présidentielle). Car il ne faut pas se faire d’illusions, notre pays ne pourrait pas supporter les conséquences d’une crise politique. Or, le Mali peut tout obtenir si les élections démocratiques, crédibles et transparentes sont organisées en juillet et août 2018. Pour ce faire, il a invité tous les Maliens à s’impliquer le plus fortement possible’’.

Les enseignements
Pourtant, les mêmes préalables demeurent : libération des localités occupées et le retour de l’administration et de ses démembrements ; retour des forces armées et de sécurité dans lesdites localités pour garantir la tenue du scrutin dans des conditions de sécurité adéquates ; possibilité pour toutes les populations de l’intérieur et de l’extérieur de participer à cette consultation nationale. Quels enseignements tirer d’une telle inconséquence ?
Au plus fort de la crise de la révision constitutionnelle, les considérations d’ordre personnel ont pris le pas sur le débat de fond. Pour certains politiques, il fallait faire échec à IBK en tant qu’IBK, non en tant que Président de la République porteur d’une réforme constitutionnelle.
Pour l’écrasante majorité des manifestants, il s’agissait plutôt d’exprimer un ras-le-bol face à une gouvernance qui fait des laissés pour compte. Ce que reconnaît d’ailleurs la Présidente de la Plateforme, Mme SY Kadiatou SOW, dans une interview accordée au confrère ‘’Aujourd’hui : ‘’Ah oui. C’est très clair ! Il n’y a pas que la question du référendum. La plateforme a mobilisé autour de cela, mais au-delà, il y a beaucoup d’autres préoccupations qui s’y greffent, notamment la mal gouvernance’’.
Autre enseignement et non des moindres, c’est que la soif du pouvoir prend nettement le pas sur le Mali. Le projet de révision visait une mise à jour de notre Loi fondamentale vieille de plus de 25 ans et qui servirait davantage le confort de notre démocratie, la paix et la réconciliation souhaitées de tous, même du bout des lèvres pour certains. Cela n’a pourtant pas requis l’adhésion de ceux-là qui ont développé des talents exceptionnels de manipulation de l’opinion, et le projet a été suspendu.
Maintenant qu’il est question de l’élection présidentielle, l’élection d’un homme pour présider aux destinées de l’État, personne n’est en reste. On s’en fout de la sécurité, de l’administration qui organise l’élection, des réfugiés qui ont le droit de vote… Ce qui compte, pour la plupart de ces candidats potentiels, c’est d’être à Koulouba. Point barre.
Bien sûr, il ne saurait être question de remettre en cause de l’élection présidentielle qui s’impose. Tout autre scénario précipitant le pays dans une instabilité aux conséquences incalculables. Mais juste pour démonter à quel point la quête débridée du pouvoir peut mener.
Vivement la présidentielle de juillet et que le meilleur gagne.

Par Bertin DAKOUO




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