Sanogo et ses coaccusés aux assises de Sikasso: qui sont les juges ? qui sont les accusés ? quelles sont les charges ?

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C’est ce matin, dans la cité du Kénédougou, que s’ouvre le procès d’assises de Amadou Aya Sanogo, ex-chef de la junte militaire qui a renversé le régime d’ATT, et autres Amadou Konaré. C’est un procès symbolique et historique qui est attendu, depuis fort longtemps dont les échos iront aussi loin que le cadre restreint du pays. Les faits, relevant des charges criminelles, sont liés à e graves violations des droits humains, imputables à des militaires qui ont focalisé sur eux l’actualité politique brûlante du pays, en renversa, en 2012, le régime du président ATT. C’est aussi, dit-on, un moment décisif dans l’histoire du pays où la page sera refermée sur l’un de ses épisodes les plus obscurs, lié à l’incursion violente de l’armée sur l’arène politique…

Dans la ville de Sikasso, ce matin, l’ambiance, déjà inhabituelle, sera lourde : fraichement remise des joutes des communales, la cité du Kénédougou est au cœur de la convoitise judiciaire. Avec le procès d’assises des Amadou Haya Sanogo, ex-patron de la junte militaire, et autres Amadou Konaré, Yamoussa Camara, tous ex-hauts dignitaires de l’armée, incriminés dans différentes charges criminelles, qui y démarre. C’est tout un monde qui sera à ce rendez-vous historique : les journalistes, provenant d’un peu partout dans le monde ; les parents des victimes, depuis des années, ils n’ont pas baissé les bras et ont cru à la justice. Ce n’est pas tout : hommes de droit ; avocats, juges, observateurs et défenseurs des droits de l’homme, même s’ils ne sont pas logés dans la même enseigne, y sont également grassement représentés. Côté avocat de la défense, le ton est déjà lancé. Ils l’ont dit à qui veut l’entendre qu’ils ne sont pas là pour faire la figuration et entendent bien défendre les accusés. Idem pour la partie civile qui aussi va jouer son va-tout. Les familles des victimes, elles, regroupées dans une association de défense des victimes, n’entendaient que ce moment dont elles espèrent qu’il sera celui de vérité.
Les faits évoqués, dans cette procédure judiciaire, sont graves. Et les personnalités poursuivies sortent elles de l’ordinaire : Amadou Sanogo, alias Haya, l’ex-patron de la CNREDRE, flanqué général de l’armée, qui a renversé le régime du président ATT, devra répondre de ses charges avec plusieurs anciens membres de son équipe. Au total, on parle, dans le dossier, de 28 suspects, dont l’ex-ministre de la Défense, pendant la transition, le général Yamoussa Camara, éphémère chef d’état-major particulier du président IBK, avant d’être remis à la justice ; le général Dahirou Dembelé, l’ex-chef d’état-major des armées. Mais, dit-on, sur les 28 suspects, à la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Bamako, le parquet général avait requis un non-lieu pour 11 personnes. C’était le mardi 22 décembre 2015. Il s’agissait de Sidy Alassane Touré, ex-DG de la SE, Siriman Fané (un policier décédé en détention), Mamadou Cissé, Drissa COULIBALY, Seydou Baba Diakité, MADY Oulé Dembélé, Ibrahim Keîta, Bakary Coulibaly, Tahirou Mariko et Adama Diarra.
À ce jour, on retient que les accusés sont regroupés à trois groupes. Il s’agit de ceux qui sont inculpés pour enlèvement et assassinat :
Enlèvement et assassinat : Fousseyni Diarra dit Fouss, Mamadou KONE, Tiémoko Adama DIARRA, Lassana SINGARE, Cheickna SIBY et Issa TANGARA. Il y a les inculpés pour complicité d’enlèvement et d’assassinat. Ce sont : Amadou Haya SANOGO, Bloncoro SAMAKE, Amassongo DOLO (décédé), Simeon KEÏTA, Oumarou SANAFO dit Kif Kif, Soïba DIARRA, Christophe DEMBELE, Amadou KONARE, Mohamed Issa OUEDRAGO, Ibrahim Boua KONE. Et puis, il y a le dernier groupe des inculpés : complicité d’assassinat. Ce sont Yamoussa CAMARA, ex-ministre de la Défense, Ibrahim Dahirou DEMBELE, ex-chef d’état-major général des armées.
La Cour d’assises, qui va juger les inculpés, sera présidée par Mahamadou BERTHE, assisté de Boureima GARIKO, conseiller et de Taïcha MAIGA, conseiller. Comme c’est un procès d’assises, ces magistrats seront assistés de quatre (04) assesseurs tirés au sort. On le sait, c’est Mamadou Lamine COULIBALY, âgé de 57 ans, procureur général près la Cour d’appel de Bamako, qui occupera les bancs du ministère public. Ce magistrat de grade exceptionnel, qui a occupé différentes fonctions au sein de la magistrature, fera l’intendant de ce procès, en plus de son rôle d’inquisiteur attitré. On dit de lui qu’il est un magistrat des grands procès.
« Un tel procès est l’occasion de faire transparaître la vérité sur un épisode difficile de l’histoire récente du Mali au cours duquel, alors que le pays était attaqué au Nord, un quarteron d’officiers n’a pas hésité à faire exécuter froidement 21 militaires pour conserver le pouvoir acquis quelques jours plus tôt par un coup d’État militaire. Le Mali s’honore à rendre justice et donner aux accusés un droit que ces derniers ont nié à leurs victimes ».
Les propos de Me Clémence Bectarte, coordinatrice du GAJ et avocate des victimes, tranchent nettement avec la position des avocats de la défense, à l’instar de Me Mariam DIAWARA, qui, elle, parle et dénonce de graves irrégularités autour de ce procès. Un son de cloche différent qui en dit long sur le caractère singulier de ce procès d’assises qui n’a pas encore fini de parler de lui.
Déjà, si les familles des victimes plaident, elles, pour le maintien du procès à la date prévue, en soutenant clairement que les « autorités maliennes doivent démontrer leur capacité à tenir ce procès et à faire en sorte qu’il soit juste et équitable», comme l’a affirmé, dans la presse, Yacouba Dembélé, le secrétaire général de l’Association des parents et épouses des 21 bérets rouges disparus, les avocats de la défense, eux, sont sur un autre registre. Celui d’un renvoi du procès à cause, dénoncent-ils, de nombreuses irrégularités procédurières. Ils le pensent ainsi afin que le procès se tienne correctement. À l’évidence, au-delà de la polémique judiciaire, inhérente à tout procès de cette envergure, plusieurs observateurs sérieux se sont déjà félicités de la tenue de ce procès qui représente, pour eux, un pas décisif dans la lutte contre l’impunité des crimes graves commis, depuis 2012, au nord et au sud du pays.
En tout cas, ce procès d’assises, tel qu’il se présente, ne manquera pas d’intérêt à la fois symbolique et historique, pour le Mali, voire l’Afrique, en ce sens qu’il est annoncé pour sonner la fin de l’impunité dans notre pays.

Sékouba Samaké

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