Sans Tabou: autorités intérimaires, le nouveau dilatoire de la CMA

En application de l’Entente du 19 juin 2016 qui prévoit des collèges transitoires dans les régions de Taoudenit et Ménaka ainsi que la nomination de conseillers spéciaux auprès des représentants de l’État dans ces régions, dans le souci de faire avancer le processus de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale au Mali, le Conseil des ministres, en sa session extraordinaire du vendredi dernier, a adopté, deux projets de décret qui font déjà l’objet de contestations au sein de la CMA.

À peine la nouvelle tombée, des voix se sont fait entendre contre cette décision du gouvernement qui n’est qu’un dispositif de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale. En effet, le premier porte sur la nomination des membres de l’Autorité intérimaire des régions de Tombouctou, Gao et Kidal et des membres du Collège transitoire des régions de Ménaka et de Taoudénit, tandis que le second est relatif à la nomination des conseillers spéciaux auprès des représentants de l’État dans ces régions.
Le gouvernement, dans son argumentaire, estime que la mise en place des autorités intérimaires et des collèges transitoires contribuera au renforcement des services sociaux de base dans les régions concernées et à la préparation du retour, de la réinstallation et de la réinsertion des réfugiés et des populations déplacées.
Par contre, l’adoption de ces projets de texte a créé un tollé au sein de la CMA, cet ex-mouvement rebelle qui s’est toujours illustré par la contestation, le dilatoire dès les premières heures des pourparlers jusqu’à l’aboutissement du processus d’Alger. En fait, pendant que les Maliens s’interrogent sur l’opportunité de cette mesure gouvernementale en cette veille des élections communales, si ce n’est « des yeux doux des pouvoirs publics » à l’endroit des ex-rebelles, c’est au sein de la CMA encore que des voix s’élèvent contre une avancée de la mise en œuvre de l’accord pour la paix.
Selon des sources concordantes, des composantes de la CMA contestent et protestent contre la décision du gouvernement et menacent même de tout mettre même en œuvre pour bloquer le processus si leurs préoccupations n’étaient pas prises en compte. Les responsables des composantes de la CMA qui s’opposent à la mesure reprochent au directoire du mouvement leur non-concertation préalable. Ils sont 4 groupes armés de la CMA, à savoir (des dissidents du MNLA, de la CPA, de la CMFPR-II et du MSA), à rejeter la liste des représentants et dénoncent « un choix sélectif et non consultatif ». Pour leurs responsables, « le décret n’engage pas la majorité de la CMA ».
Ces frondeurs de la CMA disent ne pas comprendre pourquoi « un Conseil des ministres extraordinaire a été réuni si soudainement pour faire passer un décret, une réunion de consultation sur les autorités intérimaires était prévue pour hier lundi.
En effet, si les responsables du MNLA et du HCUA approuvent les choix et évoquent «une lueur d’espoir», le porte-parole des groupes dissidents émet des menaces en déclarant : « Je vous informe solennellement, la CMA ne fera ni DDR ni cantonnement ni patrouilles mixtes sur la base de ce décret. Il doit être revu, il doit être concerté, il doit être consultatif. Un accord ne sera pas mis en œuvre par des autorités intérimaires qui nous ont été imposées en tant que majorité écrasante de la CMA. Nous ne sommes pas sous la tutelle d’une région quelconque, encore moins d’un mouvement quelconque venu de Kidal ou d’ailleurs ».
Par contre, l’un des partisans de ceux qui sont favorables à l’adoption des projets de textes, est on ne peut plus clair: «Cette décision était attendue depuis très longtemps, pas seulement par les parties signataires, mais également par la communauté internationale qui commençait un peu par s’impatienter. Donc, la décision du gouvernement est à saluer, ça prouve sa volonté cette fois-ci de prendre le taureau par les cornes. Ça prouve également qu’on veut aller rapidement dans la mise en place des dispositions de l’accord».
Du côté des pouvoirs publics, l’on estime, de source crédible, qu’il s’agit là d’une guerre de cuisine interne de leadership et de positionnement dans laquelle le gouvernement n’entend pas fourrer son nez.

Par Sékou CAMARA

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