Sans tabou: ce petit Avion qui trouble le sommeil

Transactions douteuses ; malversations ; surfacturations ; détournement et complicité de détournement de fonds publics ; délit de favoritisme, de faux et usage de faux, de trafic d’influence, la République exemplaire promise avec zéro impunité a-t-elle tourné court pour devenir « fereke niagami bougou » ?

En cause, un avion ! Un satané petit avion qui vaut à notre cher pays encore le déshonneur et l’humiliation. Comment en est-on arrivé là ? Comment un Etat sensé reposer sur la compétence et la probité morale de ses serviteurs, avec tous les fol espoirs que les Maliens ont nourris avec l’élection du Kankelentigi, a-t-il pu se laisser entrainer dans une telle mécanique mafieuse ?

Notre Maliba n’étant pas une République bananière, le gouvernement n’avait pas besoin, pour acquérir un avion de commandement pour le Président IBK, de monter une «ingénierie financière diabolique» avec des mafieux (les Tomi et consorts), à travers des sociétés écrans dans les paradis fiscaux.

L’histoire de l’avion relève d’une crapulerie financière qui devrait interpeler chaque patriote et chaque électeur qui a mis son bulletin dans l’urne en faveur d’IBK. Parce qu’il est incompréhensible et inconcevable que pour un seul achat, les autorités ne parviennent pas à s’accorder pour dire la vérité au peuple malien. Premier à s’exprimer sur le prix de l’avion, le Président IBK avait déclaré que c’était à 17 milliards de nos francs. Dans un Etat organisé, on s’en tient à cela, parce que la vérité de personne ne devrait être au-dessus de celle du premier magistrat du pays.

Interpellé par l’opposition, le Premier ministre, fort du soutien de sa majorité triomphale, balance le prix de 20 milliards sans se soucier des incidences de la contradiction au sein de l’opinion. Dans une majorité républicaine cohérente, MARA qui a répondu à l’opposition son refus de démissionner (« N’tè, n’te ta yorossi ») devrait être démis de ses fonctions le même jour, soit par le vote des députés, soit par le Président IBK lui-même. Puisqu’on n’est pas à une contradiction près, Mme le ministre des finances en rajoute à la confusion en évoquent 21 milliards comme prix de l’Avion présidentiel. Et pour couronner le tout celui qui a signé les papiers, au nom de l’Etat, l’ancien ministre de la Défense, lui, dit qu’en fait l’avion n’a coûté au Mali que 7 milliards 470 millions FCFA. Et pire, il est dit dans le rapport du Végal que les papiers du fameux petit avion qui coupe le sommeil à l’Etat ne sont pas au nom du Mali, et le Parena ajoute qu’il est loué comme n’importe quel Moto Taxi !

Troublés, les Maliens se posent la question : où est la vérité dans tout ça ?

Une opération d’acquisition qui pouvait être montée en toute transparence et limpidité est scandaleusement compliquée pour déboucher sur une grosse arnaque au détriment des intérêts du Mali et de l’image du Président IBK, et de la crédibilité de la gouvernance qu’il propose. Jusqu’à quand cet avion continuera-t-il à troubler le sommeil des Maliens et de leurs dirigeants ? Et dire qu’on a crié ici sur tous les toits que tout était clair et que se sont les «aigris» et les opposants qui font les «nafigiya».

Pour sortir l’avion de la zone de turbulence et dissiper les malentendus, le Parena exige des clarifications et des mesures de redressement pour rassurer l’opinion malienne et internationale que « le Mali n’est pas devenu un Etat mafieux ».

Voici la déclaration du Parena sur les révélations contenues dans le rapport du BVG sur le Boeing présidentiel :

«Le rapport désormais définitif du Vérificateur Général sur l’acquisition d’un second avion présidentiel contient des informations graves qui méritent la réaction des plus hautes autorités de l’État, en particulier du président de la République.

 

  1. Selon l’ancien ministre de la Défense, entendu par les vérificateurs, l’avion présidentiel n’aurait coûté que 7milliards 470 millions alors que le président avait déclaré qu’il avait coûté 17 milliards, tandis-que le Premier ministre avait solennellement affirmé devant l’Assemblée nationale que le Boeing 737 avait été acquis à 20 milliards. De son côté, le ministre de l’Économie et des finances avait avancé le chiffre de 21 milliards!

 

  1. En outre, l’ex-ministre de la Défense soutient que le ministre de l’Industrie et des investissements, Moustapha Ben Barka, était le négociateur principal pour l’achat dudit avion.

 

  1. Selon les enquêteurs du BVG, un «mandat de recherche exclusif» a été signé, le 22 décembre 2013, en faveur d’un prétendu « conseiller du gouvernement» pour effectuer des «recherches» et acheter un avion. Les frais de «recherche» ont coûté au contribuable malien 145. 350. 000 francs CFA. Ce « conseiller du gouvernement» est la société Sky Color, immatriculée à Hong-Kong avec un numéro de téléphone mobile du Gabon! Les honoraires de conseiller payés à Sky Color se sont élevés à un milliard 28 millions de francs CFA. Le représentant de Sky Color est M. Marc Gaffajoli, par  ailleurs Administrateur de la compagnie d’aviation Afrijet dont le propriétaire est, selon l’ancien ministre de la Défense, M. MICHEL TOMI qui fait l’objet d’une enquête judiciaire en France pour « blanchiment» et « corruption d’agent public étranger»!!!

 

4- le 10 février 2014, la société Akira Investments Limited immatriculée aux Îles Vierges britanniques (petites Antilles) a établi avec le Mali un « contrat de cession-acquisition» d’un Boeing 737. Les signataires étaient le ministre de La Défense du Mali et M. Marc Gaffajoli de Sky Color agissant en lieu et place d’Akira Investments Ltd. L’ancien ministre de la Défense  a dit, le 24 août, aux vérificateurs, que Akira Investments est une «société-écran» créée pour l’opération d’acquisition du Boeing présidentiel!!

5- Le ministre signataire du contrat d’achat du Boeing 737 a avoué, selon le BVG, que l’avion n’est pas propriété du Mali malgré les décaissements effectués à hauteur de 19 milliards de francs CFA.

6- Le 737 a été immatriculé sur le registre de l’aviation civile de l’île d’Aruba (Antilles néerlandaises) située au large du Vénézuela au nom de la société « Mali BBJ Limited». Cette

Société a été constituée le 7 mars 2014 à Anguilla (un territoire britannique d’outre mer situé dans les petites Antilles) selon un mandat donné, le 5 mars, à un avocat d’affaires par le Gouvernement du Mali aux fins de constituer une société pour immatriculer l’avion et l’exploiter.

7- Pour l’exploitation du Boeing, le Gouvernement d’Aruba a attribué une licence radio avec des fréquences à une société dénommée «Jet Magic Limited» située à St-Julian sur l’île de Malte!

8- En vue de l’utilisation de l’avion par le Président du Mali, un contrat-bail a été signé entre le ministère de la Défense du Mali et la société «Mali BJJ Ltd» (une société créée par le Gouvernement du Mali).

«Mali BJJ Ltd» étant une société créée par le Mali, les redevances générées par l’exploitation de l’avion devraient être payées au Mali.  Or, nul ne sait si un franc a été versé au trésor au titre de la location de l’avion par le Gouvernement malien ou par d’autres.

Car Jet Magic loue l’avion à d’autres quand IBK ne l’utilise pas. Ainsi le 737 « malien» a été aperçu récemment sur les aéroports d’Istanbul (Turquie) et de Dakar (Sénégal).

Ainsi donc, l’histoire du Boeing 737 malien n’est rien d’autre que l’histoire d’une « ingénierie» financière diabolique d’essence mafieuse mêlant sociétés-écrans et paradis fiscaux, le tout, au détriment du trésor et du contribuable maliens.

Face à des révélations aussi graves dans un rapport officiel et public, le PARENA invite le président de la République,  pour donner le minimum de crédibilité à son «année de lutte contre la corruption» à :

* S’adresser à la Nation par rapport aux conclusions des investigations du BVG et de la Cour Suprême;

* Ordonner une expertise indépendante du prix d’achat de l’avion et rendre publiques les conclusions de cette expertise;

* Ordonner, le cas échéant, le reversement au trésor public des montants indûment encaissés par les intermédiaires maliens et étrangers concernés;

* Diligenter, en tant que président du Conseil Supérieur de la Magistrature, des enquêtes judiciaires sur les révélations contenues dans les rapports du BVG et de la Cour  Suprême;

* Rassurer que le Mali n’est pas devenu un Etat mafieux en clarifiant les relations entre notre pays et Sky Color, Akira Investments Ltd, Mali BBJ Ltd, Jet Magic Ltd d’une part et les hommes d’affaires corso-gabonais qui rôdent autour de ces sociétés d’autre part.

 

Bamako, le 4 novembre,

Le Comité Directeur.

 

PS: Une autre déclaration sera publiée prochainement sur les mic-macs financiers du contrat attribué à Guo-Star».

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