Sans Tabou: ces médaillés qui ne sont pas des médailles

Dans la mouvance du 22 septembre, fête d’indépendance nationale, le président IBK, grand maître des ordres nationaux, a décerné, le week-end dernier, plus de 1 000 médailles (Etoiles d’argent du mérite avec effigie abeille, chevaliers de l’ordre national du Mali, grand officier de l’ordre national du Mali, officier de l’ordre du mérite de la santé, commandeur de l’ordre du mérite agricole, officier de l’ordre national du Mali), à des fonctionnaires et autres serviteurs de l’Etat, dans des domaines les plus divers de l’activité publique.
Quelle fierté pour tous les récipiendaires, dont le mérite est récompensé au service de la charge publique. Mais, à voir, depuis belle lurette, la liste kilométrique, sans aucune référence au sacrifice patriotique, dont requiert ce genre de distinctions honorifiques, pour certains récipiendaires, on tombe des mues. Et pour cause ? Tout y passe : serviettes et torchons, complaisance politique et duplicité…
Au fait, comme disent les maîtres de la parole, «en mettant tous les hommes sur le même panier, c’est méconnaître la souffrance des mères de certains». Cet adage, bien connu de chez nous, révèle une triste réalité de ces distinctions honorifiques qui obéissent le plus souvent à des considérations peu adulatrices, car n’entrainant, pour certains récipiendaires, que de la gloire usurpée.
Il y a peu, on a assisté à des lauréats désignés dans la salle même de la cérémonie des oscars des médaillés. On a pensé que ce genre de remise de médaille est désormais dévolu dans notre pays. Erreur ! Les critères sont mal ordonnancés et les intentions dévoyées, au point d’être là où il le faut, dans le sens du vent, pour être sûr d’être pistonné jusqu’en haut. Sans tri scientifique, ni allusion sérieuse au sacrifice patriotique, des vrais faux récipiendaires continuent à bénéficier de ces médailles « souillées » qui ternissent le mérite réel de ces hommes et femmes de devoir et de sacrifice, méritant leur charge honorifique au nom de la reconnaissance de la nation pour services rendus.
Au rythme où ça se passe, ces décorations d’un genre particulier, il y a fort à parier que les anonymes de la république seront les oubliés des médaillés, car nul n’est récipiendaire s’il n’échoit sur un piédestal public ou autre affinité politique, par laquelle hélas on est flanqué récipiendaire de ces marques d’honneur sans y avoir droit. Dommage pour le mérite et la récompense…
En tout cas, ces facteurs négatifs sur ces médailles qui se reproduisent d’année en année, vont jusqu’à offusquer les vrais méritants, ces légitimes récipiendaires qui pourront avoir honte de leur récompense. Ce n’est donc pas un hasard si les réseaux sociaux sont inondés de ces commentaires choc, qualifiant ces distinctions honorifiques de « déshonorantes »
S’il est vrai, comme le disait l’ancien grand chancelier des ordres nationaux, que la médaille confère du respect et beaucoup d’avantages dans la vie quotidienne, donc un honneur d’être médaillé, il est urgent de revoir la copie de ces distinctions honorifiques. Et cela, pour le crédit même de l’Etat. Car, comme disent les anciens, la médaille honorifique, c’est comme le miroir dans lequel tout Etat se projette, à travers le mérite pour les plus méritants de ses fils. Attention donc à ne pas banaliser ces distinctions honorifiques…

. Par Sékou CAMARA

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