Sans Tabou: communales du 20 novembre, la souveraineté échangée contre des billets de banque

Pour une énième fois dans notre pays, la tenue des élections a été entachée par la violation des bonnes manières, par-ci par-là, au vu et au su tout le monde. Les observateurs déployés dans les lieux de vote, tout comme les citoyens ordinaires, ont été témoins des scènes de distribution de billets de banque et des comportements de propagande, le jour du vote pour détourner les électeurs.
Des observateurs ont affirmé avoir observé avec beaucoup d’amertume, pendant le déroulement du scrutin, les achats de conscience. C’est dire que des électeurs maliens sont loin de rompre avec le système d’échanges de leur souveraineté contre des billets de banque.
En plus des nombreuses tractations consistant à convaincre sans argument solide, en vain, lors de la campagne, les politiques ont adopté la manière la plus forte pour s’offrir le maximum de voix le jour du scrutin. Certains ont mis le paquet pour s’imposer ou imposer leurs candidats.
Ces élections communales qui constituaient un test grandeur nature pour les partis politiques pour préparer le terrain en vue des élections présidentielles et législatives de 2018 ont suscité beaucoup de commentaires. Certains partis ont payé le prix fort pour contrôler le maximum de mairies. Et, il ne faut pas trop se leurrer, la tenue de ces élections communales a démontré encore une fois de plus l’omniprésence des pratiques déloyales et des irrégularités qui portent gravement atteinte à la démocratie et justifient les déficits qui caractérisent la non maturité des électeurs maliens.
Des électeurs qui, en grande partie, ne votent pas par conviction ou sur la base des projets de sociétés des candidats. Ils sont Beaucoup d’électeurs qui n’hésitent pas d’échanger leurs voix contre quelque chose d’insignifiant. Par ce fait, ils foulent au pied leur souveraineté qui ne doit être échangée contre rien au monde.
Face au phénomène de l’achat de voix dont notre pays peine à se sortir, il revient donc aux électeurs de privilégier leur souveraineté en votant pour des candidats crédibles qui peuvent gérer la municipalité au grand bonheur des populations.
A côté des électeurs qui monnayent leurs voix, beaucoup d’autres préfèrent la rétention. Alors que la rétention de voter ne favorise que les marchands de voix de siéger aux conseils communaux. L’abstention des électeurs de voter donne purement et simplement plus de liberté aux responsables de la mauvaise gestion à occuper les mairies.
En tout cas, cette attitude des électeurs qui consiste à rester à la maison sans voter porte des coups durs à la démocratie. Cela défavorise le plus souvent les candidats intègres et crédibles, au profit des falsificateurs et les marchands de voix.
Au sortir des élections communales du 20 novembre, l’opinion s’interroge déjà sur la capacité de certains nouveaux élus ou d’autres qui ont été réélus, une énième fois sans résultat tangible auparavant, à pouvoir gérer les affaires de la commune.
Malgré le fait que le législateur ait élaboré un solide arsenal juridique qui sanctionne l’illégalité, les élections dans notre pays continuent à être entachées par des irrégularités. Les réseaux de corruption ne lésinent pas sur les moyens pour se tailler la part du lion. Face à cette situation, l’Etat doit sortir de la passivité pour que les cas flagrants d’achat de conscience soient bannis de nos habitudes électorales, pour de bon.

PAR MODIBO KONE
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