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dimanche 23 juillet 2017
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SANS TABOU, ébola : le virus de la désertion

Impréparation du personnel soignant, forte odeur de mercantiliste, légèreté coupable des autorités, trahison du Serment d’Hippocrate, résument à peine les circonstances de  l’attaque fulgurante de notre pays par le virus Ebola ne laisse que pantois.

Comment après avoir assisté aux premières loges, à l’apocalypse qui s’est abattu sur certains pays de la sous-région, connu une chaude alerte après la mort d’un enfant atteint de la maladie à Kayes, le Mali a-t-il pu se laisser surprendre d’une façon aussi impromptue? Telle est la question légitime alimentée par une colère sourde contre les principaux acteurs en charge de la protection des populations au cœur de toutes les conversations, depuis les révélations catastrophiques relatives à la mort d’un patient à la clinique Pasteur et les conséquences qui s’en suivent.

Aucun subterfuge, aucun dilatoire, désormais le virus à fièvre Ebola est dans la nature, il a fait son entrée au Mali et de la manière la plus fracassante et fulgurante. Aucun bilan, pour le moment, ne saurait être exhaustif sur la portée du péril. Nul alarmisme, l’heure est grave et ce serait faire preuve d’une inconscience criminelle que de présenter autrement la situation.

Ce qui s’est passé à la clinique Pasteur appelle à un certain nombre de réflexions.

Il y a l’impréparation du personnel médical. Il a fallu la première alerte chaude pour qu’il déserte les lieux hormis les médecins qui sont placés en quarantaine. Selon le Président de la clinique, au cours d’une conférence de presse, mercredi dernier, les patients n’étaient plus alimentés ni en nourriture, ni en eau potable. La raison? Aucun membre du personnel soignant ne veut plus risquer sa vie (après la mort d’un infirmier de 25 ans) à jouer les bons Samaritains. Ce qui autorise à soutenir qu’il n’était pas préparé à faire face à ce genre de situation. Quelque part, il y a eu donc négligence.

Cette débandade n’est pas sans rappeler bien d’autres. Au Nord, au premier accrochage sérieux, nos braves et valeureux soldats effectuent un repli tactique devenu synonyme de désertion au combat. Le slogan malheureux étant désormais: « Qui est maudit pour mourir pour rien ». La présentation au drapeau est devenue une cérémonie folklorique qui consacre juste le début d’une carrière professionnelle.

Les soldats de la santé n’ont pas dérogé d’un iota à la tradition de désertion qui a plus que jamais pignon sur rue dans notre pays.

Qu’il est loin le temps où les jeunes pionniers chantaient allègrement et  fièrement : «Nous faisons ce serment, nous ferons le Mali, nous ferons l’Afrique, même s’il faut notre sang, nous irons de l’avant, même s’il faut notre sang, nous irons en courant ».

En recoupant les informations, il est permis de retenir une combinaison de faute professionnelle et d’un mercantilisme morbide. Après toute la communication faite autour de la fièvre à virus Ebola à travers le monde et au Mali, les importants moyens déployés dans le cadre de la prévention, la détection d’un cas suspect ne devrait plus être au-dessus des capacités des structures sanitaires réputées du pays. Auquel cas,  le patient à l’origine de tous les malheurs serait admis en toute connaissance de cause. Une décision médicale que l’on explique par une offre financière mirobolante de 15 millions FCFA.

Vrai ou faux pour la somme avancée par de nombreuses sources ? Dans tous les cas le soupçon de mercantilisme qui rôdait déjà dans les parages ne va que se consolidant.

En toile de fond de ce désastre dont tous les ingrédients sont en train d’être réunis, il y a en fait la trahison du Serment d’Hippocrate que fait tout médecin avant de commencer à exercer sa profession. Il est ainsi libellé :

Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.

J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.

Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services  qui me seront demandés.

J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.

Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.

Ce qu’il faut aussi mettre à l’index, c’est la décision politique de faire de notre frontière (suivez la direction de mon regard) une vraie passoire pour tous les malades atteint de la fièvre à virus Ebola. Sans verser dans l’homophonie (au vrai sens du terme, sans aucun rapport avec les homosexuels), il y a comme un acharnement à transporter le virus au Mali. C’est ce qui ressort des deux cas mortels importés chez nous.  On peut dire que la mission facilitée par un grave laxisme à divers niveaux est accomplie à souhait.

A présent, en plus de l’épineux dossier du Nord, du scandale des malversations financières au sujet de l’acquisition d’un aéronef et des contrats de fourniture d’équipements et de matériels militaires, il y a le très explosif dossier de la fièvre à virus Ebola. Le régime du Président IBK est décidemment bien servi en matière de scandales.

 

Par Bertin DAKOUO




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