Sans Tabou: processus de paix, à qui profite l’insécurité ?

Presque quinze mois après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, la situation sécuritaire reste tendue dans les zones précédemment occupées par les groupes armés. Malgré une forte présence des forces internationales et de l’armée malienne, les populations peinent à retrouver la quiétude tant attendue. Aujourd’hui, le commun des Maliens s’interroge comment arriver à une paix véritable ?
À cause de l’insécurité grandissante sur routier Gao, Ménaka via la localité d’Ansongo, dans le nord, les transporteurs privés ont décidé d’interrompre le trafic sur cette voie, pendant une semaine. Du coup, la question du ravitaillement des zones concernées se trouve posée. Ce mouvement des transporteurs est une interpellation des autorités nationales face à la situation qui prévaut afin de prendre les mesures idoines pour leur protection qui est aussi celle des populations. Solidaire des syndicats de transporteurs, un des représentants de l’Association des jeunes de la localité d’Ansongo explique sa situation sur cet axe routier : « tous les jours, c’est des braquages, c’est des morts, c’est des enlèvements. On informe l’armée, on informe Barkhane, on informe la Minusma, personne ne réagit ». C’est désormais, les populations qui se ravitaillent grâce aux mouvements de ces transporteurs qui sont abandonnés à leur triste sort. Alors, l’insécurité grandissante dans la localité consécutive à l’absence de l’autorité de l’État ne fait qu’aggraver le calvaire des populations.
Aujourd’hui, l’on constate avec regret toutes les difficultés qui entravent la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation, dans notre pays : blocage du MOC, blocage des autorités intérimaires qui devait conduire au retour définitif de l’État sur toute l’étendue du territoire. Depuis un certain temps, le gouvernement a pris des décisions courageuses relatives à la mise en place des organes et leur fonctionnement, procédé à des réformes constitutionnelles, législatives et règlementaires. En ce qui concerne les réformes institutionnelles, une commission a été déjà mise ne place. Sur le plan législatif, beaucoup de modifications de lois ont été faites pour prendre en compte la mise en œuvre de l’accord.
Sur le plan de la défense et de la sécurité, des organes ont été mis en place : le décret de nomination de la Commission d’intégration, la création de la Commission nationale de la réforme du secteur de sécurité, la mise en place du Comité technique de sécurité, la mise en place du Mécanisme opérationnel de coopération.
Aussi, des efforts sont en train d’être faits pour la mise en œuvre du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC). Dans ce cadre, le coup d’envoi des patrouilles mixtes annoncé pour le 15 août 2016 lors de la 10e réunion du Comité de suivi de l’accord n’a pas eu lieu à cause des tensions récurrentes entre la Plateforme et la CMA à Kidal. Il était prévu que les groupes armés déposent les listes des combattants auprès de la MINUSMA. Ce qui n’est pas encore été fait.
Pour une bonne mise en œuvre de l’accord, une conférence d’entente nationale est prévue en octobre prochain. À cette occasion, la question de l’Azawad sera largement abordée.
Aujourd’hui, il est regrettable de constater avec certains observateurs que 75 % des délais du plan d’action de la mise en œuvre de l’accord sont dépassés, à cause non seulement de la qualité des ressources humaines, mais aussi de la mauvaise foi de certains groupes armés partisans de la division du Mali. Comme quoi, « on peut avoir les meilleurs textes du monde et ne pas avoir les meilleurs interlocuteurs ».

Par Sidi Dao

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