Sans Tabou: solidarité ou exploitation de la misère des démunis ?

Les Saintes écritures nous enseignent : « Quand la main droite donne, la main gauche ne doit pas le savoir ». Le respect de ce précepte religieux, symbole de l’humanisme, semble être le dernier des soucis de nos « humanitaires d’occasion », lors du mois de la Solidarité en cours, depuis le 1er octobre dernier. En réalité, nos humanitaires dans ce domaine ne font qu’exploiter la misère des leurs gestes humanistes
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A l’occasion du mois de Ramadan ou celui d’octobre, dédiés à la solidarité et à la lutte contre l’exclusion, ils sont nombreux (autorités publiques, partis politiques, ONG, leaders religieux et particuliers) à offrir des vivres (riz, viande et repas) et autres dons (sucre, habit, moustiquaires, enveloppes) aux personnes démunies, à l’occasion des cérémonies organisées, pour la circonstance, sous les projecteurs des hommes de média, pour une très large diffusion.
Autant ceux qui donnent et ceux qui reçoivent ne se gênent plus à s’exhiber à la face du monde ces gestes pour les besoins de la cause, malgré que ces donations sont censées être venues du fond du cœur comme des actes de foi.
L’essentiel pour le second, c’est d’avoir quelque chose à mettre sous la dent, peu importe la provenance ou l’auteur. Quant au 1er (donateur), son objectif est de réussir un coup médiatique afin de motiver d’autres clients (partenaires) à le choisir comme son interface après des nécessiteux.
Ainsi, l’acte, qui est censé être de grande portée sociale et religieuse, tombe directement dans la propagande. Dans ce cas, le geste présumé du cœur du donateur perd son sens doublement (humaine et divine). En effet, la règle de l’aide aux nécessiteux doit respecter ce principe, selon lequel : « Quand la main droite donne, la main gauche ne doit pas le savoir ».
Le Mali, réputé une terre de solidarité et de partage, est ainsi parvenu à maintenir ses équilibres sociaux dans ce sens, pendant des siècles.
D’ailleurs, pratiquement toutes les familles « aisées » réservaient plats et même chambres à coucher pour des étrangers de passage. Mieux, les plus nantis passaient nuitamment, à l’abri de tous regards indiscrets, remettre de l’argent ou des vivres aux plus démunies. On appelle cela acte de foi et de solidarité envers Dieu et à cause de Dieu.
De nos jours, même pour une simple remise d’un kilo de sucre ou de riz, on fait appel à la télévision et à d’autres médias pour une large diffusion de la cérémonie, qui n’est que du tape-à-l’œil. Parfois, il se trouve que le coût de l’organisation (médiatisation, location des chaises et tribunes, les artistes, etc.) est nettement supérieur à celui de la donation. Où est la discrétion ? Où est la dignité humaine ?
Le gouvernement malien est allé jusqu’à créer un ministère en charge de la Solidarité, et des actions humanitaires et consacre, depuis 1994, un mois (octobre) à la solidarité et la lutte contre l’exclusion. Une belle initiative en soi, mais dont l’approche laisse à désirer. Pour preuve : ce sont toujours les mêmes personnes qui reçoivent chaque fois les mêmes dons. Toute chose qui prouve l’inefficacité du don qui n’enlève en rien à leur vulnérabilité.
Cette façon de faire, contraire à nos valeurs est au cœur de beaucoup de polémiques. En effet, certains généreux donateurs (des relais pour la plupart des cas) expliquent la médiatisation de leur geste des besoins de transparence, vis-à-vis de leurs mentors qui sont les vrais donateurs.
En tout état de cause, il n’empêche que le mois d’octobre soit devenu un moment de traite pour bon nombre de responsables de structures gouvernementales et non gouvernementales, qui y ont fait fortune, à travers la distribution des dons des partenaires aux plus démunies, sous couvert d’action humanitaire.

Par Sékou CAMARA

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